LES KO.MA'.NS
l 11 chef de romains, c'est-à-dire celui qui a l'entreprise des succtS'd'nn théâtre, est un homme prépondérant, un homme avec lequel on est bien aise d'être en bonne relation; ajoutons à cela que ce peut être encore un fort brave et fort honnête homme. Paris en compte plusieurs qui, dans les moments difficiles où se trouvent quelquefois les auteurs dramatiques, ont été pour eux des banquiers et non des usuriers ; et ce ne sont jamais ces banquiers-là qui ont fait faillite.
Un chef de romains a des lieutenants, ou, si vous l'aimez mieux, des hommes chargés de commander aux différents groupes placés dans le parterre; car le chef principal ne peut pas être partout, et ensuite, lorsqu'une pièce est bien établie, il abandonne le service à ses lieutenants, et ne se donne plus la peine de venir.
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In jour de première représentation, il faut voir avec quel art l<chef distribue les romains dans le parterre. Il en place mie masse énorme au centre. La partie de cette masse qui touche au public payant s'appelle la lisière; c'est celle qui doit être toujours la mieux composée, vu son contact avec le public.
11 y a ensuite d'autres groupes placés çà et là, et dirigés par les lieutenants. Puis on envoie quelques romains en solitaire, c'est-àdire qu'on permet à ceux-là de se placer seuls au milieu des payants. La place de solitaire est très enviée, parce qu'elle vous donne toutà-fait l'air d'une personne qui a pris son billet au bureau et qui applaudit par conviction ; mais pour avoir droit à cette faveur, une mise très soignée est de rigueur.
Avant qu'on ne commence la pièce, le chef dit à ses romains :
— Vous ferez madame B (faire ici veut dire applaudir ou
soigner), Vous ferez mademoiselle D ; vous laisserez en plan
monsieur X (cela signifie vous ne l'applaudirez pas); vous irez
doucement au premier acte, vous rigolerez un peu au second, mais vous rirez aux éclats au troisième et vous enlèverez le dénouement. L'auteur est un client, sa dernière pièce a été un peu polissonnée (siffïée) ! 11 s'agit de lui donner une revanche pour celle-ci ! Ne lavez (vendez) aucune contremarque qu'après le second acte, et encore que ce ne soit qu'à des pratiques.
11 y a des romains amateurs, c'est-à-dire des personnes qui, ne voulant pas payer le prix entier d'un billet de parterre et ayant très envie de voir le spectacle, sont admises dans les cohortes moyennant une demi-tasse, ou un petit verre dont ils paient le prix à quelque lieutenant qui ne consomme pas. Le service des amateurs est ordinairement un peu mou , mais cela fait nombre, et quelquefois le chef est bien heureux d'en trouver, parce que ses romains, ennuyés de voir cinquante, soixante fois de suite la même pièce, désertent souvent leurs drapeaux.
Ecoutez quelques romains causant entre eux après la première