‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 83 sur 111 · LES HUMAINS · texte numérisé non relu

LES HUMAINS

représentation d'une pièce qui, malgré lotis leurs efforts, a été considérablement polissonnée.

— Le premier acte allait. Mais pourquoi fait-un reparaître la duègne au second?.». Tuutes les duègnes devraient mourir au premier acte.

— Qu'est-ce que tu penses? Bertrand, tu ne dis rien?

- Je pense que lorsqu'un a du linge blanc et un chapeau neuf, on pourrait bien être placé à la lisière. Pas du tout, on me flanque dans le centre à côté de deux novices qui applaudissaient à tort et à travers, même quand un figurant apportait une lettre... J'avais beau leur dire : Fichttre! taisez- vous donc! Attendez le commandement l ils allaient toujours... Pas moyen de travailler avec ces gens-là.

— Et moi donc, qui avais fait une toilette soignée... eau de Cologne sur mon mouchoir, comptant être en solitaire, et on me met dans le groupe à gauche... Faites donc des frais de costume !

Pendant que les romains causent entre eux, leur chef est monté sur le théâtre ; il aperçoit l'auteur causant avec le directeur ; ni l'un ni l'autre n'ont l'air content : il s'avance avec courtoisie.

LKS UOMAINS.

— Cela n'a pas été bien du tout, dit le directeur.

— On nous a un peu égayés, dit l'auteur... Il me semble que vous n'avez guère applaudi?

— Guère applaudi! reprend le chef des romains avec assurance. Ah! monsieur... mais demandez plutôt à tout le monde!... On n'entendait que moi !

Le directeur ne peut s'empêcher de rire de la réponse. L'auteur se pince les lèvres, et le romain reprend :

— Au reste, soyez tranquille ! ce n'est pas là une pièce tombée!. . . Vous verrez la seconde comme ça ira... et je ferai tous les acteurs! même ceux qui ne me donnent pas de billets.

LES GIIAMPS-ELY8KKS.

C'est une charmante promenade, qui commence à la place de la Concorde, et s'étend presque jusqu'à la barrière de l'Étoile. Cependant on ne devrait appeler Champs-Elysées que le côté qui longe le faubourg du Houle : la partie qui s'étend le long de la Seine est le Cours-la- Heine; mais il est maintenant d'usage de confondre ces deux côtés sous la même dénomination.

En 1670 les Champs-Elysées étaient encore couverts de maisons. C'est seulement à cette époque que l'on commença à planter des arbres; cette nouvelle promenade reçut le nom de Grand-Cours , pour ne point le confondre alors avec le Cours-la-Reinc.

Depuis ce temps les plantations furent souvent renouvelées. Aujourd'hui les arbres des Champs-Elysées sont grands, forts, touffus, et leur ombrage garantit de l'ardeur du soleil les nombreux promeneurs qui se donnent rendez-vous sous leur feuillage.

Les Champs-Elysées sont la seule promenade champêtre que les i. 37

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Parisiens aient conservée dans leur ville, où tous les arbres disparaissent pour faire place aux pierres el aux moellons. Ta longueur des Champs-Elysées est d'environ 100 toises; vous voyez qu'il y a de la place pour se promener; aussi les habitants de la grande ville viennent-ils souvent aux Champs-Elysées se délasser, se reposer du tracas des affaires. Cette promenade est aujourd'hui pour les Parisiens ce qu'était le Prc aux Clercs pour leurs aïeux.

Le Pré aux Clercs embrassait l'espace où se trouvent aujourd'hui les rues Jacob, de Verneuil, de l'Université, des Saints-Pères, des Petits-Augustins, etc. C'était une vaste prairie, coupée en deux par le canal appelé la Petite-Seine, qui commençai! à la rivière el allait ensuite remplir les fossés de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. C'est pourquoi il y avait le grand et le petit Pré aux Clercs. Les écoliers de l'Université allaient s'y divertir les jours de fête, comme aujourd'hui les étudiants vont s'amuser aux Champs-Elysées ; le Pré aux Clercs servait aussi de lieu de rendez-vous pour les duels ; nos Champs-Elysées sont plus pacifiques : on ne se bat guère sous leurs arbres, et les raffinés d'honneur de notre temps se donnent la peine d'aller jusqu'au bois de Boulogne quand ils ont une que relie à vider.

fl est difficile de se faire une idée de tout ce (pie l'on trouve maintenant réuni aux Champs-Elysées en jeux, en divertissements , en récréations, en plaisirs de toute espèce. D'abord les restaurateurs n'y manquent point : le restaurateur est indispensable dans tous les points de réunion, il est L'âme d'une fête, c'est presque toujours chez lui qu'elle se termine.

Les traiteurs des Champs-Elysées ont des petits jardins, des petits cabinets entourés de verdure; tout cela leur donne un aspect semi-champêtre qui fait que l'on se plaît chez eux, où l'on se croit à la campagne, quoiqu'on paie tout aussi cher que dans l'intérieur de la ville, et souvent davantage, il y a ensuite des cafés ; ils ne sont pas brillants et dorés comme dans les rues de Paris, mais on

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peut s'y reposer, \ causer, et à la rigueur on peut s') rafraîchir.

Une charmante salle de spectacle d'équitation vieni de s'élevei dans les Champs-Elysées; elle mérite que nous lui consacrions un article particulier; en attendant, nous devons dire que la présence du Cirque attire constamment la foule dans cette partie des tehamps- Élysées pendant toute la belle saison.

Promenons-nous un moment sous ces arbres : ici c'est un homme qui montre la lanterne magique : pour un sou il vous fait voir la pièce curieuse. Les bonnes, les enfants, les gamins, les tourlouroux

se pressent pour voir cette pièce-là ; on les enferme sous un rideau de toile bleue, où ils sont très serrés les uns contre les autres, ce qui ne les empêche pas d'avoir beaucoup d'agrément, à en juger par les exclamations de joie, les cris de surprise et une foule d'autres cris qui sortent de dessous le rideau. Heureux ceux qui, pour un sou, éprouvent tant de plaisir! C'est une bien belle chose que la pièce curieuse!... Nos théâtres nous montrent rarement cette pièce-là.

Après la lanterne magique vous apercevez un bateleur, ou joueur

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