‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 89 sur 111 · LE CANAL · texte numérisé non relu

LE CANAL

peupliers. Le monsieur a passé la cinquantaine, il est devenu obèse : son venir*' ne veut plus rester captif dans son pantalon, ce qui a forcé ee monsieur à renoncer à l'emploi des bretelles , et à préférer la boude qui se lâche à volonté ; il la lâche tellement, que sa chemise se montre et forme une espèce de ceinture bouffante qui sépare le pantalon du gilet, mais du moins ce monsieur est à son aise, et c'est tout ce qu'il désire. Son pantalon à pieds est entré dans des pantoufles vertes; il aune robe de chambre de bazin, une cravate nouée en Colin et un grand chapeau de paille sur la tète. Ce monsieur pourrait presque passer pour un colon, mais il n'a pas du tout 1 air d'un amoureux.

La dame qui est pendue à son bras est presque aussi volumineuse (pie lui. Elle est vêtue d'un grand peignoir qui ne marque aucune taille, ce qui d'ailleurs serait difficile sur cette masse de chair ; elle a trois mentons qui redescendent par étages, elle soufïe en marchant, et n'a sur sa tête qu'un petit chapeau de paille appelé bibi, et dont la passe très courte ne couvre pas la moitié de son front.

Certes ce n'est pas là un couple qui cherche la solitude. Ce sont de bons époux, d'anciens marchands retirés du commerce qui demeurent sur les bords du canal, et descendent le soir, après une journée brûlante, pour se promener à la fraîche, dans le simple costume qu'ils portent chez eux ; ce qu'ils n'oseraient pas faire, sous peine d'être montrés au doigt, s'ils habitaient tout autre quartier de Paris.

Ln peu plus loin voilà un père de famille avec ses deux enfants et un chien que l'on va faire baigner; c'est encore un des immenses agréments que l'on se procure sur les bords du canal : on y fait baigner son chien, et pour peu que ces animaux aient du penchant pour la natation, ils doivent être bien heureux dans ce quartier-là.

Les enfants courent devant leur père, le chien court après les enfants; le père double le pas pour rejoindre les coureurs; c'est un tableau de famille très animé.

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