LES REVERBERES
Les réverbères voient chaque jour le gaz envahir la place, la rue, le boulevart qu'ils éclairaient jadis, ou qu'ils étaient censés éclairer; car, en vérité, les réverbères n'ont jamais répandu autour d'eux une lumière vive et franche ; leur flamme vacillante était souvent tourmentée par le vent , qui trouvait le moyen de pénétrer par des fentes entre les carreaux mal joints de la lanterne; au dessous du réverbère , une lumière rougeâtre attristait les objets sans permettre de bien les distinguer; puis, à quelques pas, l'ombre était plus épaisse, plus ténébreuse encore.
Mais l'huile est petit à petit chassée de tous les postes qu'elle occupait. Le réverbère ne servira plus de rendez-vous à des duellistes comme cela se voyait autrefois, et ce temps n'est pas fort loin de nous; car, sous Louis XVI encore, lorsque deux gentilshommes se disputaient à la comédie , ils allaient sur-le-champ vider leur querelle dans la rue voisine , à la clerté d'un réverbère.
i() LES RÉVERBÈRES.
En remontant plus haut, nous ne trouverions plus de réverbères (jue dans les principales rues de la ville, dans les quartiers qui avoisinaient le séjour habité par la cour ; tout le reste de Paris était dans l'obscurité, et alors il n'était pas prudent de sortir de chez soi sans s'être muni d'une lanterne.
Vers le commencement du seizième siècle, pour tâcher de mettre fin aux nombreux brigandages qui avaient lieu dans Paris , la police avait ordonné aux habitants de cette ville de placer des lanternes allumées devant leur maison.
C'est à M. de la Heynie, lieutenant du prévôt de Paris, que l'on est redevable de l'établissement des lanternes. D'abord elles n'étaient garnies que de chandelles ; la chandelle était alors dans tout son éclat, dans toute sa puissance!... L'huile vint ensuite.
Les véritables réverbères furent inventés par l'abbé Matherot de Preguey et Bourgeois de Châteaublanc. Ce fut vers l'année 1774 que l'on commença à employer dans Paris ce mode d'éclairage.
L'allumeur de réverbères est un être à part, et d'autant plus à part, qu'étant presque toujours imprégné d'huile de la tête aux pieds, il trouve peu de personnes disposées à lui faire compagnie. C'est presque toujours un petit homme, dont on ne saurait deviner l'âge sous l'huile qui couvre sa figure : il doit avoir de trente-cinq à soixante ans ; son costume n'a point de couleur ; l'étoffe de son pantalon et de sa veste semble être une grosse toile d'emballage; il a aussi un petit tablier attaché derrière lui ; tout cela est tellement gras, qu'on en fuit le contact encore plus vite qu'on ne se gare d'un charbonnier ou d'un maçon.
Du reste, l'allumeur de réverbères fait sa besogne fort tranquillement et sans jamais s'occuper de ce qui se passe autour de lui ; il ne fait pas même attention aux voitures; mais ce sont les voitures qui doivent se garer de lui quand il est au beau milieu de la rue dans l'exercice de ses fonctions.
LES REVEKBERES.
Pauvre homme ! que deviendra-t-il quand le gaz aura tué tous 1rs réverbères?
Vous le voyez, tout ee qui brille dans ce monde n'y jouit que d'un règne passager.
La chandelle a été détrônée par l'huile; l'huile est détrônée par
le gaz...
Sic transit glorin mundil