PLUIE D'ORAGE
C'est un coup d'œil curieux à Paris, lorsque par une belle journée d'été les habitants de la grande ville ont voulu se donner le plaisir de la promenade, de voir le changement, le bouleversement, la révolution causée par une pluie d'orage qui fond tout à coup sur les promeneurs, les flâneurs et les marcheurs.
Les dames songent à leur chapeau qui sera perdu ; elles cherchent des yeux un abri, un auvent, une porte cochère ou une voiture... Elles se mettent à courir... Il faut voir comme les moins lestes se retroussent et sautent les ruisseaux.
Dans un pareil moment, on s'inquiète peu si on montrera le bas de son jupon, le haut de son molet, et même la couleur de sa jarretière... Pour les amateurs de jambes, une pluie d'orage est l'incident le plus heureux qui puisse arriver ; il y a des études délicieuses à faire.
Les hommes dont la toilette est fraîche, dont le chapeau est neuf i. , ... 42
PLU1U DORAGE
ne se soucient point non plus de recevoir l'averse; ils courent d'un côté, les dames d'un autre; les enfants en font autant, niais cela les amuse; les marchands ambulants tâchent de courir avec leur boutique. Les habitants de la grande ville ont l'air alors de se disputer le prix de la course.
SERMAîîD
Les portes-cochères ouvertes sont bientôt tellement encombrées que les premiers arrivés sont forcés de reculer et de recevoir la pluie qui tombe dans la cour. Les derniers venus reçoivent encore la pluie de la rue, et tous ces gens-là ont l'agrément d'être dans un courant d'air fort dangereux pour des personnes qui viennent de courir.
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Le désagrément de cette situation n'empêché pas tontes les personnes qui ont trouvé cette espèce d'abri de rire et de se moquer de ceux qui passent trempés par la pluie, et qui, pour arriver jusqu'à eux, ne peuvent plus traverser le ruisseau, qui en peu de minutes esl devenu un torrent.
Vous voyez un bon bourgeois qui a tiré son mouchoir de sa poche et l'a mis par dessus son chapeau, en ayant soin de bien tenir les deux bouts pour qu'il ne s'envole pas. En moins dune minute le mouchoir est parfaitement trempé; c'est égal, ce monsieur se ligure que cela lui sert de parapluie.
Voilà quelques dames qui, pour garantir leur tête, ne craignent pas de dégarnir et d'enrhumer une autre partie de leur personne. Elles courent cachées sous leur robe, qu'elles ont retroussées sur leur tête. C'est le tableau de Paul et Virginie mis en action; mais les Virginie sont seules.
En ce moment l'observateur peut encore faire d'utiles réflexions sur le danger de se fier aux apparences.
Cette dame qui avait une robe de soie très élégante vient de montrer un jupon sale.
Celle-ci, qui porte des fleurs et des dentelles sur sa tête, a une jupe toute rapiécée et des trous à ses bas...
* V mutas vanitum, et omnià vanitas ! »
C'est en ce moment que les omnibus sont courus, recherchés. Du plus loin qu'on les aperçoit, on leur fait des signes, on les appelle... Mais l'omnibus dédaigné il n'y a qu'un instant, parce que le temps était superbe, est déjà encombré de voyageurs... la plaque fatale est levée... Vous pouvez lire le mot: Complet ! et malgré cela vous vous obstinez à faire des signes au conducteur et à courir après la voiture.
Ah ! qu'il est heureux alors celui qui, par une prévoyance bien méticuleuse, s'est muni d'un parapluie; celui qui s'est dit : Il fait trop chaud aujourd'hui, nous aurons de l'orage!
PLUIE l> ORAGE,
Comprenez-vous que son parapluie est devenu le mouchoir qu'il peut jeter à ces odalisques surprises par l'averse ; il n'a que l'em barras du choix. En ce moment, un homme qui offre a une dam< la moitié de son parapluie est toujours bien reçu, lors même qu'il serait affreux de figure, mal bâti, borgne et boiteux.
Et vous comprenez encore tout le parti que l'on peut tirer de la circonstance : il est permis d'être fort aimable, fort galant sous un parapluie... A Paris, les averses ont donné naissance à bien des aventures.
Mais, en général, ce ne sont pas les jeunes gens qui ont la pensée d'emporter un parapluie dans la prévoyance d'une averse ; les hommes mûrs, les séducteurs sur le retour se chargent de ce soin. Quand on a passé l'âge où l'on plaît par sa tournure, il n'est pas défendu de chercher à plaire par son parapluie.
LE BITUMR.
Ce liquide noir et inflammable que vomissent les volcans est devenu notre terrain habituel. Le Parisien, qui jadis faisait le voyage de tapies et gravissait le mont Vésuve pour voir bouillonner' ce bitume, foule maintenant aux pieds cette matière qu'il ne regardait autrefois qu'avec crainte et respect, et, tout en se promenant sur les boulevarts, il peut encore voir bouilloner le bitume , non pas sur la bouche d'un cratère, mais dans une grande chaudière de fer placée sur une espèce de poêle, dans lequel des individus fort noirs entretiennent un grand feu, en ayant soin de remuer avec une pelle le liquide visqueux qui répand au loin une fumée épaisse et une odeur fort désagréable.
Les gamins, les badauds ne manquent jamais de s'arrêter autour de la chaudière, et vous entendez là de ces réflexions, de ces dialogues qui peignent tout de suite le caractère et l'humeur d'une nation.
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