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temps elle est forcée d'avoir pour les roussards. On sait que les roussards sont les agents de la surveillance sanitaire.
A onze heures et demie, chacun rainasse sa ménesse, c'est-à-dire rentre avec sa femme. On fait les comptes, et l'amant de cœur reçoit son dû, dont il va presque toujours, malgré les pleurs de sa maitresse, manger une partie avec une autre femme.
S'il reste, c'est pour être nourri par elle le lendemain.
Quant à l'emploi du temps des filles en carte chez elles, il se divise, comme on le comprend bien, selon les goûts ou les tempéraments. Le plus grand nombre reste couché fort tard. Celles qui savent lire, lisent les romans de Florian ou d'Anne Radcliffe, cherchant dans cette lecture des émotions douces ou terribles, des amours pastorales ou des passions sanglantes : tout ce qui est en opposition enfin avec leur vie habituelle et leurs émotions de tous les jours. Quant aux livres licencieux, si appréciés dans les collèges et si recherchés dans les couvents, ils n'entrent jamais chez une prostituée. Qu'auraient-ils d'intéressant pour elle qui sait toutes les choses infâmes, et qui, sous ce rapport, n'a plus rien à apprendre. C'est elle qui est le livre.
11 y en a d'autres qui cousent, qui brodent, qui font de la tapisserie, mais la chose est rare. La paresse est le défaut capital de la fille publique.
Le soir venu, et en général elles voient venir le soir avec une grande tristesse, elles s'habillent, descendent, et recommencent le métier qu'elles ont fait la veille.
Cette vie si uniforme, si monotone, si pareille, a cependant ses jours tragiques qui se représentent deux fois par mois : ce sont les jours du dispensaire.
Le dispensaire est le lieu où les filles en carte subissent la visite, et son établissement date de l'année 1802.
Chaque fille, comme nous l'avons dit, reçoit au commencement de Tannée une carte sur laquelle est relaté le nom sous lequel elle s'est fait inscrire, et qui présente en outre un timbre sec, et plusieurs petites cases dans lesquelles sont inscrites les dates des visites.
Toute fille en carte qui ne se présente pas au jour voulu, ce qui est facile à vérifier par la date de la première visite, est punie fort sévèrement. 11 en résulte que si terrible que soit cette inspection pour elles, elles préfèrent encore la visite à la punition.
FILLKS.
Le dispensaire est situé au coin de la rue de Jérusalem, près de l'arcade Jean-Goujon. Les tilles en carte s'y rendent avec leurs amans de cœur qui les attendent à la porte : elles entrent alors dans une grand salle où elles attendent leur tour, confondues les unes avecvles autres, sans distinction de hiérarchie, soie, bure, velours et haillons pêle-mêle. Puis leur numéro d'ordre arrive, on les appelle, et elles passent dans la chambre d'examen.
Dans la prison et à l'hôpital, l'inspection se fait sur une espèce de table pareille à celle dont on se sert pour les grandes opérations chirurgicales. La fille se couche sur cette table, et le médecin procède à la visite qui se fait surtout à l'aide du spéculum. .
Mais quels que soient les avantages qu'offraient cette table, on a dû y renoncer au dispensaire. Pourquoi cela? le voici. Écoutez-bien, la raison est étrange :
Les élégantes viennent avec leurs chapeaux; en se couchant sur cette table elles froissaient leurs chapeaux, qu'il eût été trop bng