OBJECTIONS
Il est évident que de nombreuses objections ont dû être faites contre la valeur réelle des arrêts rendus par la Graphologie. L’allemand Adolf Henze , l’un des premiers graphologues qui ait écrit sur cette matière (nous avons parlé de sa Chirogrammalomancic), en donne quelques-unes dans son ouvrage et y ajoute les réponses appropriées :
1*“° Objection. — Les caractères de l'écriture sont enseignés à l'école y et ne sont en conséquence que des formes mécaniques démontrées par le professeur.
Il répond : Gomment se fait-il alors qu’un enfant n’écrive pas comme un autre? Que l’on compare les écritures de tous les enfants d’une école; on restera convaincu que, parmi tous les élèves, il ne s’en trouvera pas deux qui aient une écriture absolument semblable. Sans doute les caractères sont enseignés par le même maître, mais il n’en peut enseigner l’esprit, de même que l’enfant n’imitera pas les gestes
et les habitudes des personnes qu’il aime le plus et même des parents dont il a reçu ses qualités intelligentes.
Et maintenant que les écritures ont adopté telle ou telle forme à l’école, comment pourra-t-on expliquer que l'écriture des femmes soit plus tendre et plus molle que celle des hommes? Cela est incontestable, et dans le rapport de la force avec la faiblesse , dans le rapport de Vesprit sérieux avec l'esprit sensible.
Le dernier alinéa de la réponse d’Adolf Henze prête le flanc à la critique sous plusieurs côtés, quoique le fond de son appréciation générale reste vrai néanmoins. Pourquoi, dit-il, l’écrilure des femmes est-elle plus tendre et plus molle que celle des hommes?... D’abord, l’écriture n’a pas de sexe, nous l’avons déjà dit. Telle femme a une écriture plus que masculine; tel homme a une écriture d’une finesse, d’un penché, d’un velouté qu’envierait plus d'une duchesse... Mais la raison de celte écriture tendre et molle chez la femme se trouve tout naturellement dans la conformation physique de la poitrine du sexe réputé faible (nous allons parler de cette faiblesse). Le garçonnet et la fillette ont la poitrine aussi plàte l’un que l’autre; aussi leurs écritures sont absolument semblables. Mais quand la fillette est devenue femme, il est évident que si elle veut prendre la position habituelle à l’homme pour écrire, elle est forcément gênée; sa main droite n’est pas libre; elle est obligée d’écrire sans grands mouvements : elle est pour ainsi dire immobilisée par l’obstacle qu’oppose à sa marche le développement du corsage; le poignet ne change pas de place le long do la ligne, comme chez l’homme, au bout de quelques mots; il reste absolument fixé sur la table, le corps un peu en arrière, et les doigts écrivent toute la ligne sans que le poignet ait quitté le papier. De là l’écriture penchée et plus ou moins écartée , car, la main ne voulant pas bouger, elle a hâte de terminer la ligne pour revenir à sa position normale, et elle y met le moins de mots possible. On peut donc en conclure que plus une écriture féminine est penchée, et moins les lignes contiennent de mots, plus son corsage esL volumineux.
« Dans le rapport de la force avec la faiblesse », dit l’Allemand; mais chacun sait que le sexe dit faible a autant et plus de force nerveuse que le sexe réputé fort. Le lecteur en a cent fois vu la preuve dans les exercices des foires, cirques ou hippodromes, où les femmes exécutent des tours de force prodigieux qui effrayent les hommes! Certaines font du trapèze comme feu Léotard; d'autres supportent sur leurs épaules mignonnes un échafaudage de cinq ou six hommes robustes; d’autres supportent dans leur faible mâchoire un cerceau de fer dans lequel un homme vigoureusement musclé et pesant deux fois plus qu’elles fait du trapèze : nous en avons vu une à l’Hippodrome de Paris qui, se suspendant par les pieds à un trapèze, tenait dans les dents une barre de bois à laquelle était suspendu un cheval monté par son cavalier! Personne n’ignore qu’à la campagne les plus durs travaux sont accomplis comme en se jouant par les femmes et les fraîches jeunes filles; les femmes du peuple ne font-elles pas, dans nos villes, des travaux de force dont ne viendraient pas à bout bien des hommes? Tout n’est donc qu’affaire d’exercice et d’habitude; chez l’homme, pas plus que chez les animaux, il n’y a pas d’infériorité
sensible pour la femelle, el la force musculaire de nos gommeux, qui ne font œuvre de leurs dix doigts, est à cent degrés au-dessous de celle de la femme du peuple, habituée au travail.
Cet hommage rendu au sexe dit faible, revenons à nos objections sur la graphologie.
2 e Objection. — L'écriture est formée d'après la construction des mains , et plus spécialement d'après la construction des doigts.
L’Allemand répond : Ceci est absolument faux. Que l’on écrive avec les pieds ou avec les dents, on obtient absolument le même esprit, le même caractère dans l’écriture.
De quatre mois écrits par la même personne, le premier l’a été avec la main droite, c’est l’écriture habituelle; le deuxième avec le pied droit; le troisième avec la main gauche et le quatrième avec les dents. Il est impossible de nier que, dans ces quatre écriis, le même caractcre-base ne soit remarquable, et qu’en présence do pareils faits toute objection reste sans valeur.
C’est exact, et nous ajouterons ceci (le lecteur peut en faire immédiatement l’expérience lui-même) : écrivez une ligne avec la main droite.
Écrivez maintenant la même ligne, les mêmes mots, avec la main gauche, mais en écrivant les lettres et les mots de droite à gauche , comme les Arabes...
Soit par exemple la ligne ci-dessous, écrite par la main droite :
tance/
Écrivez la même phrase à rebours sur du papier transparent, avec la main gauche; vous aurez :
Retournez ce papier et lisez au travers; vous verrez que le caractère général des lettres est identique : cependant votre main gauche n’a jamais appris à écrire, à rebours du moins, et pourtant elle rend exactement la forme générale de vos lettres.
3° Objection. — Il V a beaucoup de personnes qui peuvent employer plusieurs écritures différentes , et pourtant chaque homme n'a qu'un caractère particulier.
Noire auteur répond : L’écriture est à peu près le tarif des capacités humaines. Toutes les tendances intelligentes, les dispositions, les aptitudes particulières où l’homme a obtenu une certaine habileté, doivent naturellement, si la ebirogrammatomancic est une vérité, s’exprimer dans l’écriture. L’homme habile peut donc prendre tous les types qui lui conviennent en toutes choses, et même en écriture aussi.
4° Odjection. — Il y a des hommes qui peuvent changer leur écriture, mais pour cela leur caractère n'est pas changé.
Il répond : Il y a aussi des gens qui peuvent cacher leur figure, sans pour cela changer de caractère. De môme que l'on reconnaît les gens à des détails sans importance, de même le possesseur d’une écriture à lui ne peut, dans les détails, se dépouiller entièrement de son écriture personnelle : ces copies intéressent l’apparence extérieure, mais jamais l’esprit.
5 e Objection. — L'effet des passions et d'autres particularités changent l'écriture, et cependant le caractère n'est pas modifié .
Il répond : les circonstances extérieures exercent sans aucun doute une influence sur l'écriture sans altérer le type.
Je me suis très souvent occupé de ces différences qui, à la vérité, ne peuvent être comprises que par un homme de la profession, et je me suis toujours réjoui des intéressants résultats que j’ai pu obtenir. C’était surtout des variations dans la vie amoureuse, du commencement à la lin, que s’intéressait ma curiosité. Nous trouvons déjà que l’écriture se modifie selon l’àge des personnes. Mais l’écriture qui suit les degrés de l’amour est plus intéressante à vérifier encore. II est remarquable, en effet, que l’écriture d’un jeune homme qui obéit au souffle des plus tendres sentiments devient plus gaie, plus vive. La jeune fille met dans son écriture ses douces espérances et scs aspirations. Un jeune homme dont l’écriture était tout à fait insignifiante, et qui n’écrivait pas une lettre sans y jeter une douzaine de taches d’encre, changea tout à coup cette écriture, au grand étonnement de ses parents; elle devint plus agréable à l’œil, plus claire et plus souple; on ne pouvait comprendre d’où venait ce changement; enfin, on fut sur la trace : il était devenu amoureux.
6 a Objection. — Les instruments de l'écriture , les plumes surtout , exercent une grande influence. Les plumes d'oie émoussées , comme on les donne quelquefois dans les ministères , forment des caractères lourds , épais , et d'une forme peu heureuse Les plumes de fer élastiques , pointues , donnent des caractères plus nets , plus hardis.
Il répond : Expliquez-moi comment on dit souvent : Je ne peux pas écrire avec cette plume, il m’en faut une pointue, ou à long bec bien fendue?... Croyez-vous qu’un caractère pointu pourrait employer une plume épaisse, et un caractère tranquille une plume pointue?... Je prétends que déjà la taille des plumes doit être en harmonie avec le caractère !
7° Objection. — L'écriture change avec la profession à laquelle on se consacre , mais elle n'indique pas la profession qu'on doit choisir.
Henze répond : Si cette observation était vraie, alors tous les médecins, tous les hommes do loi, tous les théologiens devraient avoir un genre d’écriture particulier qui dénoterait la profession, et, comme on sait, cela n’existe pas.
(Et notez cependant que, dans le courant de sa Chirogrammatomancie , Henze établit l’écriture particulière des médecins , des hommes de loi , des théologiens , des commerçants , des littérateurs , des danseurs , des aubergistes , etc. Mais, naturellement, ces indications ne sont faites qu’à grands traits généraux; néanmoins il y a dans ce fait une contradiction flagrante avec sa réponse à la septième objection.)