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DES LETTRES FINALES

L’ctudc des finales d’un mot est exlrêmement importante. Elle dénote presque à coup sur l’état particulier du caractère et du tempérament de la personne. Celle-ci peut se contraindre un peu dans la composition d’un mot : elle est, en effet, obligée d’écrire bout à bout un cerlain nombre de lettres; mais à la fin du mot la contrainte cesse, le soulagement arrive — à la fin de la phrase surtout, mais principalement à la fin d’une longue période — et ce soulagement se manifeste par un brusque coup de plume final, de directions multiples et d’aspects divers; que si, au contraire, ce coup de plume n’existe pas, nous avons encore là un diagnostic dont il faut grandement tenir compte et qui ne trompe jamais : la contrainte n’a pas eu lieu, l’esprit est toujours froidement pondéré, etc.

Comme le disent Desbarolles et l’abbé Miclion dans leur livre des Mystères de Vécriture : « Pour peu qu’on ait observé les écritures, il y a un fait dont on est frappé au premier abord : c'est que, au lieu de terminer chaque mot par un très petit trait mourant, aminci, tel que tous les professeurs d’écriture renseignent, et tel qu’il se voit sur tous les modèles d'écriture (1) qu’on met sous les yeux des enfants, un mouvement brusque et spontané nous porte, suivant l’immense variété des caractères, à ne tenir aucun compte de celte règle si simple de calligraphie, et à donner à ce trait, si insignifiant en apparence, les formes les plus diverses.

Toutes les lettres finales reçoivent donc, par ce fait étrange mais incontestable, une signification capitale au point de vue de la graphologie. II faut donc, quand on veut étudier une écriture, donner à ces finales une attention particulière.

Quand les finales s’arrêtent brusquement, de façon presque qu’on peut dire que l’écrivain a eu peur de dépenser de son encre, on doit conclure à un grand instinct de possessivité, d’économie, de retenue, instinct qui peut quelquefois aboutir à l’économie sordide, à la ladrerie.

Quand, au contraire, les finales sont longues , de forme plus ou moins relevée et arrondie, de telle sorte qu’on peut dire que la main n’a pas songé à économiser de l’encre, c’est le signe type de la générosité, ou mieux de l’instinct de prodigalité plus ou moins prononcé. I! y a un mot qui dit : « L’argent lui glisse entre les doigts. » Les prodigues ont tous ce signe : leurs finales sont longues, leurs mots très allongés sur les lignes et bien espacés ensemble. Le proverbe dit encore : « C’est un panier percé ». Il semble que leurs pages d’autographes soient des filets à très larges mailles au travers desquelles passent les pièces d’or.

Si les finales sont ascendantes et terminent des mots ascendants, c’est le signe type de la vivacité, qui peut aller jusqu’à la colère et l’emportement ; il semble que la colère soit une ébullition de l’àme, et que la plume, dans sa marche ascendante, traduise au regard le mouvement qui emporte et fait qu’on semble ne tenir plus au sol.

Toutes les finales bien arrondies , bien douces , qui n’empruntent rien à l’angle

(1) Il y a néanmoins une foule de modèle d’écriture lithographiés, surtout pour Vanglaise, dont chaque lettre finale est agrémentée d’un formidable crochet plus ou moins lîoriluré. Affaire de goût et de coquetterie de plume

droit, à l’angle aigu, en un mot dans lesquelles la courbure n’a rien de brise, disent les natures douces, bienveillantes, insinuantes, molles, paresseuses.

Toutes les finales anguleuses , c’est-à-dire formant un angle plus ou moins aigu avec la partie principale de la lettre, disent les natures vives, ardentes, obstinées. C’est le type universel des esprits tenaces : les idées entrées dans de tels cerveaux n’en sortent pas.

Les finales mollement arrondies indiquent aussi les esprits gracieux, les natures qu’on pourrait appeler élégantes, qui ont le sentiment de la forme.

Toutes les finales prenant des courbes à plusieurs segments brises, comme si la plume avait voulu faire plusieurs angles, disent les esprits sans goût, privés du sentiment exquis de l’art. C’est le lype de la rudesse, de l’oubli de la forme. Les caractères durs, égoïstes, malveillants, peu sympathiques, ont de ces angles.

Voici donc les principaux genres de finales , et les divers caractères qu'ils représentent :

Quand la finale est gladiolée , c’est-à-dire terminée pnr une pointe fine après avoir commencé par un trait fort ), elle indique un caractère entreprenant, hardi,

capable de tout pour réussir, sûr de lui; — quand elle est massuée , c’est-à-dire lorsque, ayant commencé par un trait fin, elle se termine par un trait fort (—•■«»), elle indique la violence, l'entêtement,lasuprème volonté et une énergie peu commune.

Quand la finale est ascendante , elle indique les qualités de l’écriture ascendante; il en est de même pour la finale descendante .

Quand la finale manque , ou est à Yétat rudimentaire , elle dénote la dureté de l’esprit et du caractère, la sécheresse du cœur, l’avarice, la violence, l'entêtement.

Fine et un peu prolongée , elle dénote les habiludes et le caractère de l’homme aristocratique, bien élevé; serpentine , elle indique un caractère tortueux, fin, diplomatique, astucieux; elle dénote l’habitude de la ruse et de la méfiance.

Lancée diagonalement au-dessus de la ligne y elle est le signe de l’audace, de la vivacité, du caractère prime-sautier, de la prodigalité et do la générosité.

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