POST-SCRIPTUM
ette lettre venait d’être écrite et imprimée lorsque je reçus la visite de
quelques amis, et, par la même occasion, des avis divers renfermant des questions intéressantes
ou même des objections affectueuses .
Je m’aperçus alors que, dans les lignes précédentes, je ne m’étais préoccupé exclusivement que de l’art meme. J’avais oublié trois choses fort sérieuses : i° d’indiquer d’une manière technique le procédé; 2“ de donner à l'ouvrier meme le moyen de reproduire approximativement une plaque qui, en principe, doit être unique; 3° deprendre un brevet d’invention.
Je ne peux pas réparer toutes ces omissions d’un seul coup., mais je veux répondre tout de suite par quelques mots au reproche amical qui m’est fait et remercier tous ceux qui daignent discuter 1 œuvre en la regardant {au lieu de la rejeter sans lavoir vue); et pour nommer quelqu’un spécialement, je dois remercier ici M. Martial, le graveur bien connu du Paris disparu, qui m’a suivi dans le cours de mes recherches., et qui, dès le début, a partagé mes idées et mes expériences, et m’a puissamment encouragé. En outre,* je suis particidièrement touché de l attention donnée à mes épreuves par un vrai maître, par Bracquemont . Il est venu les voir, et lui, qui avait aussi essayé dépeindre sur des plaques., mais qui n’a pas malheureuse-
ment donné suite aux recherches^ il m’écrit : « Je ne puis que vous encourager à continuer à employer ce moyen. Cela donne des effets qu’il serait impossible d’obtenir autrement et qui constituent une œuvre originale, bien à vous. L’importayice des planches que vous ave^ dessinées, et le seul fait d’exécuter tout d’abord, complètement, le dessin sur cuivre sans vous servir d’aucune indication préalable, tout cela assure une place à part à votre travail. »
A côté de ces encourageantes sympathies, il faut noter les critiques. Comment par exemple reproduire, en nombre indéfini., un effet improvisé que le tirage même fiait disparaître ? — Réponse : en reproduisant le procédé de l’artiste. Or, l’expérience m’a démontré qu’un ouvrier habile, après m’avoir vu faire, peut arriver en peu de jours à répéter le travail et à obtenir sur la plaque., sinon V effet identique., du moins l’effet analogue.
Quel est, en définitive, le secret de l’eauforte, telle que je l’obtiens ? C’est l’emploi de l’encre et du chiffon ; avec ces deux armes., on veut tout obtenir d’une plaque. Je suis maître
devant ma plaque, comme devant ma toile; je puis transformer tous les sujets suivant ma fantaisie, modifier leurs effets.
Ce procédé a existé du temps des grands maîtres graveurs., et je Vai retrouvé.
Mes essais, très-nombreux, sont classés chei Cadart., et visibles à tous. Un paysage des bords de l’Escaut a été transformé de 85 manières différentes, et je suis certain que ceux qui voudront user de mon procédé obtiendront ces résultats étonnants et cependant artistiques.
Troisième question, pourquoi n’ai- je pas pris un brevet? Ne croira-t-on pas que moimême j’hésite à appeler du nom de découverte le résidtat de mon travail ? Ces questions sont fort graves pour moi, s’il s’agit del’art ; elles ne me touchent pas autant s’il s’agit de la précaution commerciale que je devrais prendre. Il y a en réalité ici deux choses dans un même mot : un brevet d’artiste et un brevet de marchand. Je réclame le premier, sans aucune pudeur. Au risque de subir encore des critiques, des attaques., des ironies terribles^ je m’avoue l’inventeur et l’apôtre d’un genre nouveau. Bien
plus ^ je défendrai mon enfant, de la plume et de la pointe : j'accepte la lutte.
S'agit-il au contraire de me réserver à moimeme, au moyen d’un paraphe gouvernemental, la propriété et V emploi du procédé ; je mf refuse. Il appartient à mes amis et à mes camarades. Je fais appel à tous les graveurs artistes, à tous les peintres, à quiconque désire la reproduction intelligente de son œuvre, enfin et surtout aux esprits libres qui veulent sortir du chemin banaf et qui le peuvent par ce moyen nouveau.
En un mot ^ je réclame la paternité de l’eauforte mobile, c’est-à-dire le travail d’art qui nous permettra de rompre avec l’usage vulgaire, et la liberté de l’encre et du chijfon qui nous donne de tels résultats. Mais, d’ailleurs, point de monopole, point de secret, point de brevet : Je livre mon chijfon à tous les artistes, sans qu’ils aient à le demander, et même à tous les éditeurs de gravure qui me le demanderont.
Essai historique