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CAMÉES ET INTAILLES CHAPITRE PREMIER

L'art de graver les pierres fines, soit en creux, soit en relief, s'appelle la glyptique (de y'XuTUTw^ Je grave). La gravure en relief produit les camées ; la gravure en creux produit les intailles ou cachets ^

Le domaine du graveur en pierres fines s'étend à toutes les pierres qui, dans la nature, sont susceptibles de recevoir un beau poli, et de subir, sans se désagréger, un travail de sculpture exécuté à la loupe, à

I. Étymologiquement, le mot glyptique signifie la gravure dans tous les genres. Les Grecs appelaient «i/ao-Z^^p^f^ue (ôtayXucpri) la gravure en creux, et anaglyptique (àvay^vU^vl) la gravure ou sculpture en bas-relief; le graveur en pierres fines est un >^i6o- Y>vijço(; ou un oay.T:\i'k\.o-{k\i(ùaz- Chez les Romains, les graveurs de camées sont désignés par les termes de cœlatores, scalptores ; les graveurs d'intailles s'appellent cavatores ou signarii.

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Paide de la pointe métallique la plus ténue. Toute la gamme des pierres précieuses et à grain tin, depuis le diamant jusqu'au marbre et à la pierre lithographique, est exploitée par le graveur, qui, toutefois, recherche de préférence les gemmes aux couleurs chatoyantes, pour rehausser en quelque sorte Tœuvre de ses mains parla beauté de la matière. S'il grave en relief un camée, il choisira une pierre à plusieurs teintes superposées, afin de tirer parti de cette polychromie naturelle dans la composition de son sujet; s''il grave en creux une intaille, ses préférences se porteront, au contraire, sur une gemme d'une seule couleur, translucide et, comme on dit en joaillerie, de la plus belle eau, pour que le travail si minutieux de son burin soit souligné par rintensité ou l'harmonieuse délicatesse des tons et des nuances. Considérez, par exemple, les plus beaux des camées de nos musées: ce que nous en admirons, ce n'est pas seulement, comme en sculpture , le mérite artistique, ce sont aussi ces couches multicolores, ici fermes et éclatantes, là atténuées, mourantes, qui donnent à la composition l'élégance d'une miniature due au pinceau du plus habile coloriste. Voyez, d'autre part, une belle intaille sur une améthyste ou une cornaline sans défaut, telles que l'Apollon citharède de Pamphile ou le Cachet de Michel-Ange; présentez-la à la lumière en la regardant par transparence, et vous serez émerveillé à la fois de la splendeur de la gemme, comme disaient les anciens, et des proportions sculpturales, amples et gracieuses que revêt le sujet. La plus achevée des gravures sur la plus belle des gemmes: tel est l'idéal du genre.

En glyptique, la matière, loin donc d^être indifférente, est un des éléments essentiels de l'art et de l'appréciation que nous portons sur ses produits. Dans quelles conditions la nature offre-t-elle cette matière première à l'artiste? Comment désigne-t-on les variétés principales de ces précieuses gemmes que le graveur convoite avec une si légitime avidité?

Pour les anciens, comme pour le vulgaire aujourd'hui, les noms attribués aux pierres reposent exclusivement sur l'observation de leurs couleurs. Une pierre violette est une améthyste; une pierre bleue, un saphir; une pierre verte, une émeraude; une pierre rouge carmin, un rubis; une pierre rouge orangé, une hyacinthe; une pierre jaune, une topaze. Mais ces appellations ne sont pas complètement d'accord avec la nomenclature scientifique, et, de plus, nous ne donnons pas toujours aux gemmes les noms sous lesquels elles étaient désignées dans l'antiquité. Nous appelons péridot la pierre que Pline désigne sous le nom de topaze; topaze ce qu'il nomme chrysolite; enfin, le saphir des anciens est notre lapis-lazuli.

Ce fut seulement à la fin du siècle dernier, lorsqu'on commença à analyser la composition chimique des pierres et leurs formes cristallines, que l'on s'aperçut que nombre d'entre elles, jusque-là séparées à cause de leurs nuances diverses, constituaient au contraire un même groupe scientifique, tandis que d'autres, rapprochées à cause de la similitude de leurs couleurs, devaient être placées dans des groupes souvent fort éloignés. Bref, la couleur, due à des causes accidentelles et à des substances étrangères à la composition

chimique des gemmes, ne saurait être la base de leur classement scientifique.

Les minéralogistes partagent aujourd'hui les pierres précieuses en trois grandes classes :

La première, dont le charbon est Pélément constituant, ne comprend qu'une seule pierre, le diamant. La seconde, dont le principe est Valumine, est formée des pierres très nombreuses groupées sous le nom indien de corindons. La troisième comprend les pierres à base de silice, c'est-à-dire tous les quartz.

Le diamant, la pierre la plus dure qui existe, a rarement été gravé; on sait qu'on ne peut même le tailler qu'à l'aide de sa propre poussière. Les anciens, qui l'ont connu, lui prêtaient des propriétés merveilleuses, mais ils ne surent ni le tailler, ni à plus forte raison le graver; à grand'peine réussissaient-ils à le réduire en éclats (crustœ) ou en poudre, pour tailler les autres pierres précieuses. On cite comme curiosités quelques diamants gravés dans les temps modernes. Ambrogio Caradosso grava, en i5oo,un diamant qu'il offrit au pape Jules II; Clémente Birago, qui vivait à la cour de Philippe II, au milieu du xvp siècle, exécuta sur diamant le portrait de l'infant don Carlos. A l'Exposition universelle de 1867, on voyait dans la section italienne un diamant qui avait été gravé au xvi'^ siècle par Jacopo da Trezzo. Les deux Costanzi, qui travaillaient à Rome au xvui" siècle, gravèrent sur diamant quelques figures; Natter, vers le même temps, fit un essai du même genre, qu'il déclare lui-même peu heureux. Enfin, à l'Exposition de 1878, M. Coster, le chef de la célèbre maison de diamantaires d'Amster-

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dam, avait exposé un diamant sur lequel était intaillé le portrait du roi de Hollande. Mais ce sont là des cas exceptionnels, des curiosités, ou, si l'on nous permet cette expression, de véritables tours de force dont les auteurs ne sont récompensés ni par le résultat atteint ni par l'appréciation du public : le diamant est fait pour être taillé, nullement pour être gravé.

Tous les minéraux composés essentiellement d'alumine cristallisée portent le nom générique de corindons, quelle que soit leur couleur. Il y en a de trois espèces : le corindon vitreux ou hyalin (de uaXoç, verre), le corindon lamelleux et le corindon granulaire. Le corindon hyalin, l'espèce minérale la plus dure après le diamant, comprend toutes les pierres précieuses qu'on groupe parfois abusivement sous le nom de saphirs. Identiques par leur constitutron chimique, les corindons se distinguent entre eux par leurs couleurs dues à la présence accidentelle du peroxyde de fer ou de l'oxyde chromique. Quand il est incolore, le corindon hyalin ressemble beaucoup au diamant : on l'appelle saphir blanc; le corindon blanc laiteux, avec reflets étoiles, est en joaillerie le saphir girasol ; bleu d'azur, il prend le nom de saphir oriental; rouge sang, celui de rubis oriental; jaune d'or, celui de topa:{e orientale; violet, celui d'amethyste orientale; bleu verdâtre, celui à'' aiguë marine orientale; vert jaunâtre, celui d''émeraude orientale; rouge aurore, enfin, il reçoit le nom àliyacinthe orientale.

La qualification impropre d'orientale donnée à la plupart de ces pierres est pourtant nécessaire pour

distinguer les corindons des quartz de même couleur, dont nous parlerons bientôt, et qui sont loin d^avoir la même valeur et le même éclat. En joaillerie, les corindons sont les gemmes les plus rares et les plus recherchées après le diamant; ce sont les pierres de couleur qui jettent les feux les plus étincelants; Pline les qualifie chefs-d'œuvre de la nature, et il ajoute que d'aucuns taxent de sacrilège le burin qui essayerait de les graver {yiolari etiam signis gemmas nef as ducentes). Mais ce qui a empêché les anciens de graver les corindons, c'est leur dureté, qui égale presque celle du diamant, bien plutôt que le respect superstitieux de leur beauté irradiante. Même dans les temps modernes, des corindons gravés sont presque aussi exceptionnels que des diamants gravés. Nous citerons cependant une belle topaze orientale sur laquelle Jacopo da Trezzo grava les portraits de Philippe II et de son fils don Carlos.

Les pierres fines à base de silice sont toutes les variétés du quartz ; comme dureté et comme éclat, elles viennent immédiatement après les corindons, et ce sont elles qui constituent le véritable domaine de la glyptique. C'est dans ce groupe que prennent rang, sauf de bien rares exceptions, les gemmes nobles (lîGoi ii[j.\oi], que les anciens ont gravées ou utilisées en cabochons dans l'ornementation et la joaillerie, comme nous les montrent encore les châsses, les vases de prix et les autres produits de l'orfèvrerie du moyen âge. Les pierres siliceuses susceptibles d'être gravées se groupent en deux grandes familles : les quartz hyalins et les quariz compacts ou amorphes.

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I. Qiiart:^ hyalins. — Lorsqu'il est limpide et incolore, le quartz prend le nom de cristal de roche; c'est sous cette forme qu'on le trouve garnissant les druses de certains rochers des Alpes; il y en a aussi dans les Indes ; à Madagascar, on en a recueilli des blocs pesant jusqu'à 400 kilogrammes. Depuis le xv'' siècle, cette substance naturelle est peu employée dans la joaillerie et la glyptique, parce qu'on la remplace par le cristal artificiel, beaucoup plus facile à travailler. Mais les anciens ont gravé sur cristal" de roche dès la plus haute antiquité : on a quelques cylindres chaldéo-assyriens en cette matière. Les Grecs et les Romains en ont fabriqué des statuettes et des vases de diverses formes. Au moyen âge, les Occidentaux, aussi bien que les Persans et les Arabes, ont su graver le cristal de roche naturel, et Paris, au xin*^ siècle, avait une corporation de cristalliers ; la Renaissance a prodigué, surtout à Milan et à Venise, les aiguières, les drageoirs, les chandeliers, les lustres, les girandoles en cristal de roche naturel ou artificiel, et la galerie d'Apollon, au musée du Louvre, nous en offre de merveilleux spécimens. Les produits artificiels des verreries de Murano sont célèbres sous le nom usurpé de cristal de Venise; les verres de Bohême sont aussi souvent désignés sous le nom de cristaux. Dans l'antiquité, d'aillenrs , la gravure sur verre était assimilée à la taille des gemmes et traitée par les mêmes procédés techniques.

Le quartz coloré en violet par l'oxyde de manganèse forme ce qu'on appelle couramment améthyste occidentale^ ou même simplement améthyste^ bien que

cette dernière dénomination ait l'inconvénient d^établirune confusion entre ce quartz violet et le corindon de même couleur. Les anciens comme les modernes ont fréquemment gravé l'améthyste dont la nuance et la limpidité flattent si agréablement la vue.

Beaucoup plus rare dans les produits de la glyptique est le saphir d'eau, dont la teinte bleue est due à la présence d'une certaine quantité de fer et d'alumine.

Coloré en rouge sang ou en rose par l'infiltration dans sa substance du fer et du manganèse, le quartz hyalin s'appelle tnibis de Bohême, rubis du Brésil, ou quelquefois simplement rubis : c'est l'escarboucle [scarbunculus) des anciens qui lui donnèrent ce nom, dit Pline, à cause de sa ressemblance avec la flamme. Le nom de rubis balais est celui de la variété dans laquelle un peu de bleu se trouve mêlé au rouge; le rubis spinelle est, au contraire, rouge violacé. Les lapidaires et les inventaires du moyen âge et des derniers siècles citent souvent ces différentes espèces de rubis, enchâssées à l'état de cabochons ou de gemmes gravées dans les produits de l'orfèvrerie et de la bijouterie.

Le quartz hyalin coloré en Jaune est dénommé topaze de Bohême, occidentale ou fausse topaze, par rapport au corindon de même nuance. Les topazes sont les chysolithes o\i pierres dorées de l'antiquité; au moyen âge, on les désigne sous le nom de péridot oxxpirodot, qu'on leur applique encore parfois aujourd'hui. Suivant le degré d'intensité de la couleur jaune, les joailliers distinguent : la topaze jaunâtre, presque incolore, ou goutte d^eau du Brésil; la topaze jaune de vin blanc ou chrysolithe de Saxe; la topaze jaune

safran ou topaze indienne; la topaze jaune d'or ou topa:{e pure; la topaze jaune bleu clair ou saphir du Brésil; la topaze jaune vert de mer ou aigiie-tnarine; la topaze jaune rosé ou rubis du Brésil^ topaze brûlée.

Une certaine quantité de substance bitumineuse donne au quartz hyalin une couleur- brune, l'aspect du verre légèrement obscurci : c'est la topaze enfumée ou diamant d'Alençon, dont on fait aujourd'hui des cachets. Le peroxyde de fer donne au quartz une coloration rouge violette qui constitue Vhyacinthe de Compostelle ou le quart^ hématoïde.

C'est l'oxyde de chrome qui colore l'émeraude, qu'elle soit un corindon ou un quartz. « Il n'est point de pierre, dit Pline en parlant des belles émeraudes, dont l'aspect soit plus agréable; aussi avait-on posé en loi qu'on ne la graverait jamais... Au reste, ajoute-t-il, la dureté des émeraudes que nous envoient la Scythie et l'Egypte rendrait les incisions impossibles. » Néron aimait à contempler les jeux du cirque à travers une émeraude. Mais le quartz hyalin vert n'a pas la beauté ni l'éclat de ces corindons que les artistes anciens étaient impuissants à graver. Cette fausse émeraude, que l'Inde, l'Egypte, Cypre fournissaient à Rome, est commune en France même, et l'on distingue dans le commerce : l'émeraude proprement dite, qui est vert d'herbe; l'émeraude vert de mer ou aiguë-marine^, l'émeraude vert pomme ou bérjyl^ l'émeraude jaune verdâtre ou chrysolithe. Toutes ces pierres ont été souvent gravées, tant dans l'antiquité que durant les siècles modernes.

U'iriS;, Vœil'de-chat (le leucophtalmos de Pline),

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Vaventurine; Vanthrax sont des quartz peu translucides employés plutôt dans la joaillerie commune qu^en glyptique. La tourmaline est le Ijrnciirhim des anciens, que Théophraste définit une pierre plus jaune et plus pâle que Panthrax. Mais, en réalité, la tourmaline, dont la composition chimique est très complexe, se présente sous toutes les nuances, depuis le brun jusqu'au blanc en passant par le rouge, le bleu et le vert, et suivant ces couleurs elle usurpe, dans le langage vulgaire, les noms de rubis^ de saphir^ à'' émeraude du Brésil, de péridot de Ceylan, etc. Les belles tourmalines sont employées en bijouterie, rarement en glyptique.

2. Qiiart^ compacts. — Les quartz amorphes ou compacts présentent, comme les quartz hyalins et les corindons, des colorations variées. On groupe sous le nom à'' agates xouxts les variétés de quartz amorphe qui ont une demi-transparence, comparable à celle de la corne ou de la nacre. Les agates se rencontrent dans la nature à Pétat concrétionné, sous forme de rognons ovoïdes, formés par les sédiments de la matière siliceuse; elles étincellent sous le briquet. Les Romains les recueillaient principalement en Sicile, dans le fleuve Achates (le Drillo), qui a donné son nom à la gemme; aujourd'hui même, les lapicides romains et napolitains font venir de Sicile leurs agates et leurs jaspes. Les Orientaux exploitaient les fleuves de la Perse, de Flnde et de TEgypte.

Au point de vue de la glyptique, les agates se partagent en deux grandes séries : celles qui ont, dans leur structure interne, plusieurs couches superposées

et diversement colorées; celles qui sont monochromes, comme les pierres hyalines.

Uonj^x est une variété d^agate qui présente ordinairement de deux à cinq couches diversement colorées et disposées en rubans parallèles. Quelquefois ces couches sont planes; d'autres fois elles sont ondulées, ou même orbiculaires et concentriques comme la prunelle de Poeil. Les onyx dont les bandes colorées sont planes et bien parallèles sont très recherchées par les graveurs, qui en font des camées.

La sardonyx est une agate dont les couches sont principalement, comme son nom l'indique, le blanc de Pongle humain et le rouge incarnat ou brun de la sarde. Les plus belles des sardonyx employées pour les camées ont trois couches : brun foncé, blanc laiteux et rouge tirant sur le jaune.

On donne le nom de nicolo (de l'italien owzco/o^ petit onyx) aux agates qui ont une couche blanche ou plutôt bleuâtre entre deux couches brunes.

L'agate arborisée renferme dans sa pâte des dessins naturels, noirs ou rouges, pareils à de petits arbrisseaux et dus à des infiltrations de fer, de manganèse ou de bitume. Les anciens croyaient y voir des figures, et Pyrrhus, au dire de Pline, avait pour anneau une agate arborisée qui représentait naturellement Apollon et les Muses. L'agate mousseuse laisse apercevoir en elle une sorte de végétation qui ressemble à la mousse. Ces dernières variétés sont rares en glyptique, mais elles ont pris une place importante dans les Lapidaires, surtout au moyen âge. Il importe, au surplus, d'observer que parfois les joailliers communiquent souvent

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aux agates des nuances artificielles, en les trempant dans certaines matières colorantes. Les anciens connaissaient déjà des procédés analogues, et Pline en fait mention.

Les agates monochromes sont les suivantes :

La calcédoine^ quartz assez commun, d^in blanc mat, nébuleux, quelquefois légèrement bleuâtre : dans ce dernier cas, on l'appelle calcédoine saphirine. Les anciens tiraient leurs calcédoines de TÉgypie, de la Perse et du pays des Nasamons, en Afrique. Aujourd'hui, les plus belles viennent d'Islande, des Indes et d'Oberstein, en Allemagne.

La sarde ou sardoine, qu'on trouvait dans l'antiquité, comme son nom l'indique, dans les fleuves et les montagnes des environs de Sardes, n'est qu'une variété de calcédoine dont la couleur va du rouge orange au rouge brun. On l'estimait particulièrement pour en faire des cachets, parce que, dit Pline, « seules parmi les pierres précieuses, les sardoines n'enlèvent pas la cire quand on appose le sceau ».

La coi'ualine, appelée autrefois corniole, n'est, à son tour, qu'une calcédoine rouge cerise ou rouge chair; elle est demi-transparente, d'une pâte très fine et facile à travailler ; on la trouve en. Saxe et en Arabie. C'est, avec la sardoine, la gemme la plus commune parmi les produits de la glyptique gréco-romaine et orientale.

Les jaspes se distinguent des agates en ce que ces dernières sont toujours un peu translucides, tandis que les jaspes sont des quartz complètement opaques et fortement chargés de matières étrangères. Les variétés ne se différencient guère que par leurs couleurs. Le

jaspe lydien ou pierre de touche est noir foncé; le plasma est vert poireau ; le jaspe S9nguin ou héliotrope est vert foncé avec de belles taches rouges ; le jaspe égyptien ou caillou d'Egypte est brun clair. 11 y a aussi des jaspes blancs, rouges, jaunes; enfin des jaspes à plusieurs couches dits rubanés.

Le lapis-la:{uli (peut-être le cyanus des anciens), pierre argileuse dont les belles variétés sont bleu d'azur, a souvent été gravé; il a surtout servi à faire des coupes, des cassettes, des cubes de mosaïque, des bijoux. Il en est de même de la turquoise (peut-être la callaïs de Pline), qui est d'un bleu clair ou verdâtre. L^opalCj recherchée en joaillerie, mais peu propre à la gravure, réunit en elle, au dire de Pline, « le feu de l'escarboucle, la pourpre éclatante de l'améthyste, le vert marin de l'émeraude ». Ces couleurs variées se détachent sur un fond blanc laiteux, bleuâtre.

Le grenat^ ainsi appelé à cause de sa couleur, se rencontre en abondance dans les roches granitiques, et il a souvent une demi-transparence qui peut le faire classer parmi les pierres hyalines. Quand il est rouge foncé (vin de Mâcon), il prend le nom (^alabandine ou almandine, parce qu'on l'extrayait jadis des mines d'Alabanda, en Carie; celui qu'on apptlÏQ grenat sj^rian (du nom de la ville de Syrian, capitale du Pégu) est un peu moins cramoisi : c'est le lapis carchedonius des anciens; le grenat rouge sang est dit grenat de Bohême; le grenat rouge clair est le grenat du Cap ; le grenat orangé, tirant sur le jaune par transparence, porte le nom àliyacinthe.

La prase est un quartz opaque vert d'herbe qu'on

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appelle parfois fausse émeraude ou prime d^émeraude. La chrysoprase est vert pomme, plus ou moins clair; elle doit sa couleur à l'oxyde de nickel qui entre dans sa composition ; on en trouve une belle variété dans les roches magnésiennes de Kosemûtz, en Silésie.

Le plasma^ qui est vert foncé, de même que le çacholong, d''un blanc mat, opaque, sont moins employés que les gemmes précédentes par les graveurs. Il en est de même de toute la série des pierres qu'on désigne en joaillerie sous le nom ai agates grossières ou de silex, telles que le silex pyromaque ou la pierre à fusil ; le silex corné ou pierre de corne ; le silex molaire ou pierre meulière; la stéatite, ou pierre de lard ; le, diorite, les marbres, les porphyres, les schistes et les basaltes.

Pour la même raison, nous ne ferons que mentionner les feldspaths, tels que la pierre de lune, la pierre des Amazones, le labrador, Pobsidienne ou miroir des Incas^ et d'autres cailloux dont on fabrique des coffrets, des tabatières, des statuettes, des breloques, mais que leur fragilité rend incapables de supporter la gravure. Exception doit pourtant être faite en faveur du jade et de l'hématite.

Le jade, que les Chinois appellent pierre de Yii. est une variété de feldspath dont la couleur varie depuis le blanc jusqu'au vert foncé. Il a une légère translucidité que l'on peut comparer à celle de la cire vierge, et il conserve, même après le poli, un aspect gras et onctueux. Dans l'Inde et la Chine, on en fabrique des amulettes, des statuettes, des boîtes et mille petits objets de luxe,. Dès les temps préhistoriques, divers

outils, tels que les haches, étaient en jade ou en jadéite, et les sauvages de PAmérique et de l'Océanie fabriquent encore leurs armes en cette matière, qui est très tenace, raye même le quartz et fait rebondir le marteau.

Parmi les substances métalliques, l'hématite ou pierre à btmnir est une pierre noire, parfois rougeâtre, formée de sesquioxyde de fer en masse mamelonnée ; elle a beaucoup de rapport avec la malachite de couleur verte, qui est du cuivre carbonate. L'hématite se laisse facilement entamer par le burin ; aussi a-t-elle été souvent gravée, surtout par les Assyro-Chaldéens, qui en ont fait des cylindres-cachets. « Les plus belles hématites, dit Pline, viennent de l'Ethiopie; l'Arabie et l'Afrique en fournissent également. »

Le jais, substance bitumineuse d'un très beau noir, provenant de la décomposition de végétaux résineux; le succin ou ambre jaune de la mer Baltique; l'ambre gris de l'Arabie; la lave du Vésuve et de la mer Morte; le corail, produit de la sécrétion de certains polypes marins ; la coquille de la moule margaritifère, qui donne la belle nacre de perle; celles du burgau, du nautile-chambre et de quelques autres espèces qu'exploite surtout aujourd'hui la petite joaillerie italienne : tels sont les derniers et plus vulgaires éléments de parure que l'homme emprunte à la nature et qu'il n'a cessé de tailler et de graver depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours.

Puisque nous avons mentionné le cristal artificiel, il convient de dire aussi un mot des pâtes vitreuses, diversement coloriées, sur lesquelles ont été reproduits,

par simple moulage, des sujets analogues à ceux des véritables pierres gravées. Par motif d'économie ou pour tromper un public ignorant, on a, dès Tantiquité la plus reculée, fabriqué des pâtes de verre dont Taspect extérieur, au premier abord, est identique à celui des véritables pierres fines. Les anciens savaient, aussi bien que les industriels de nos jours, appliquer des figures en pâte de verre blanchâtre sur un fond très foncé, en donnant aux deux plaques vitreuses ainsi superposées un degré de chaleur suffisant pour les souder Pune à l'autre sans les faire fondre. On fabrique aujourd'hui de cette façon des quantités de faux camées. Quant aux fausses intailles en verre opaque , les Égyptiens avaient poussé à son degré de perfection l'art de les produire. Pline, mentionnant ces gemmce vitreœ^ dit qu'il existe à leur sujet de véritables traités didactiques, et que c'est chose très difficile de distinguer les pierreries fines d'avec leurs imitations artificielles. Au moyen âge, Albert le Grand, puis saint Thomas d'Aquin signalent de leur temps la même industrie. Pour fabriquer ces pâtes, on se sert à présent d'une composition vitreuse particulière, le strass. Le public peu expérimenté se laisse facilement prendre à ces imitations, assez habiles parfois pour que la supercherie ne puisse être dévoilée que par une incision faite à la lime.

Les pierres fines ne se rencontrant dans la nature qu'à l'état amorphe ou cristallisé doivent subir un premier travail d'ébauchage, de taille et de. polissage avant d'être mises entre les mains du graveur. Nous n'avons pas à parler de la taille du diamant et des

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corindons, qui fut perfectionnée plutôt que découverte par Louis de Berquem, à Bruges, en 1465. En i53i, un lapidaire florentin, Matteo dal Nassaro, qui avait été appelé par François P'', construisit à Paris, sur la Seine, le premier moulin à polir les pierres précieuses.

Quant à la taille et au polissage des agates, ils forment Tindustrie principale de la petite ville d'Oberstein, dans le duché d'Oldenbourg, sur les bords de la Nahe, et au pied de montagnes qui fournissaient autrefois en abondance les quartz les plus beaux. Aujourd'hui, ces carrières de pierres fines sont à peu près épuisées, mais on continue à envoyer à Oberstein, à cause du prix peu élevé de la main-d'œuvre, les agates ramassées dans tous les p.iys, même en Amérique, en particulier dans l'Uruguay.

Plusieurs moulins bâtis au pied du bourg, sur la rivière, servent, uniquement à façonner les agates en plaques, en mortiers, en brunissoirs, en coffrets, en pendeloques, et en toutes les formes de bijoux ou d'ustensiles pour lesquels le burin du graveur n'a pas besoin d'intervenir. « Ces moulins, dit M. R. Jagneaux*, sont formés par un arbre portant trois ou quatre meules de grès rouge très dur; l'arbre est mis en mouvement par une roue dentée qui engrène dans une lanterne, et qu'une autre roue hydraulique, mue par les eaux de la Nahe, fait tourner avec beaucoup de vitesse. L'ouvrier est couché (fig, i); il a le ventre et l'estomac soutenus par un siège de forme convenable; deux piquets enfoncés dans le sol lui permettent d'appuyer ses pieds

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