‹ La gravure en pierres finesChapitre 65 sur 75 · J.-F. Leturcq, Jacques Guay, p · texte numérisé non relu

J.-F. Leturcq, Jacques Guay, p

père et fils, d'origine milanaise, et J.-B. Certain, qui fit une copie de la cornaline dite cachet de Michel-Ange, méritent à peine d'être tirés de l'oubli. Il faut prononcer un Jugement moins sévère sur François- Julien Barier, qui, né à Laval en 1680 et mort à Paris en 1746, obtint le titre de graveur ordinaire du Roi en pierres fines. Il excellait, paraît-il, dans les sujets microscopiques ; ses portraits de Fontenelle et du marquis Rangoni le mirent hors de pair, et Voltaire le cite dans un quatrain adressé à une dame à qui il envoyait une bague avec son portrait :

Barier grava ces traits destinés pour vos yeux; Avec quelque plaisir daignez les reconnaître. Les vôtres dans mon cœur furent grave's bien mieux; Mais ce fut par un plus grand maître.

Jean-Conrad MulJer, né à Strasbourg où son père (f 1733) exerçait la profession de graveur, vint s'établir à Paris, où il ne grava guère que des armoiries sur des cailloux du Rhin et d'autres pierres dures. De tels ouvriers de commerce étaient loin de pouvoir soutenir la comparaison avec les artistes que nous avons énumérés pour l'Italie et l'Allemagne, bien qu'on leur doive des bijoux aussi élégants que ce camée (fig. 199) monté en bague, qui appartient à M. Taburet-Boin. Ils étaient loin surtout de faire présager le nom qui éclipse tous les autres, tant en France qu'à l'étranger, l'homme de génie qui incarne, à lui seul, l'apogée de la gravure en pierres

Fig. 199.

fines au xviii® siècle, et se présente devant Thistoire comme le digne émule de Pyrgotèle, de Dioscoride, de Valerio Vicentini : j'ai nommé Jacques Guay.

Jacques Guay naquit à Marseille le 26 septembre 171 r. Élève de François Boucher, il prit le goût de la glyptique en examinant la collection de Pierre Crozat {j- 1744), conseiller au Parlement, qui possédait jusqu'à 1,400 pierres gravées. Il alla en 1742 à Florence, pour étudier le riche cabinet du grand-duc; puis à Rome, où il commença à produire différentes œuvres d'après l'antique : une tête d'Octave; un Marc- Aurèle; un Antinous, qui, à Paris, excita l'admiration de tous les connaisseurs sous le nom de le Lantin. Rappelé de Rome à Paris, Guay exécuta, sur commande, des compositions plus importantes. Une charmante intaille sur une sardoine blonde, représentant le Génie de la poésie, d'après un dessin de Bouchardon; une autre intaille, aussi d'après un dessin de Bouchardon, figurant l'enlèvement de Déjanire, sont les principales œuvres qui assoient sa réputation.

Après le succès de ces débuts, Guay prit confiance en lui-même, et bientôt il fut remarqué par M'"^ de Pompadour, qui, non seulement le protégea et l'encouragea, mais voulut elle-même se faire son élève. « La marquise emmena Guay à Versailles, installa son touret dans ses propres appartements et lui commanda cette intéressante série de sujets qui nous ont transmis les principaux faits du règne de Louis XV et les galants intermèdes qui distrayaient l'ennui du Roi ^ » Un

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