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I. J.-F. Leturcq, Jacques Guay, pp

jofl LA GRAVURE EN PIERRES FINES.

de Mécènes, les artistes s'en vont. Les graveurs, bien rares, qui ont su, depuis un siècle, s'élever à un rang digne du passé de leur profession et ne pas se faire simples pourvoyeurs d'un commerce populaire, n'ont guère été soutenus que par les encouragements officiels; ils n'ont pas réussi à réchauffer l'enthousiasme d'un public d'élite. Les causes de ce fâcheux abandon sont multiples. D'abord, à un art aussi délicat que la gravure en pierres fines, il faut, pour s'élever, autre chose que l'encouragement pécuniaire et banal d'un bureau ministériel : il demande surtout à être apprécié et passionnément recherché par de fins connaisseurs. Il lui faut un choix d'amis dévoués. La foule lui est indifférente, ou même nuisible, car on pourrait démontrer que c'est surtout l'instinct populaire qui a perdu la glyptique. Il est si difficile de distinguer une pierre vraie d'avec une fausse, une gemme d'avec son imitation en pâte de verre, un original d'avec un surmoulé, que le public inexpert, n'y voyant pas de différence, porte naturellement ses préférences vers le meilleur marché, c'est-à-dire vers la fausse gemme, la pâte de verre, le surmoulé; il les estime et les apprécie tout autant que les originaux. Dès lors, les procédés chimiques et mécaniques de falsification se sont multipliés, perfectionnés, et nous avons vu, en Italie surtout, les vitrines des bijoutiers de second ordre se meubler de prétendus camées en pâte de verre, en corne fondue et en toute sorte de matières fusibles que la chimie sait teinter, nuancer et rendre plus ou moins translucides ou opaques. Approchez-vous des sébilles disposées à l'étalage des marchands de bric-à-brac de nos fau-

LE XIX" SIECLE

bourgs, et vous y ramasserez à la douzaine ces témoins de la dépravation du sens artistique, qui ont trouvé là leur dernier refuge.

La gravure des pierres fines ne saurait être confondue avec une telle industrie: elle veut être appréciée, mise à sa place, — une des plus nobles, — dans réchelle des arts, et, nous venons de le démontrer, elle ne saurait Pétre que par une élite d'amateurs riches et éclairés. De même qu'un diamant serait déplacé au cou d'une bergère, la gravure en pierres fines ne saurait être un art populaire et, comme on dit aujourd'hui, démocratique ; c'est en s'engageant dans cette voie qu'elle s'est suicidée : en se vulgarisant, elle a perdu sa distinction aristocratique.

Quelques rares artistes, pourtant, ont su résister à ce déplorable entraînement et perpétuer jusqu'au milieu de nous les traditions du xvin'' siècle. Le premier, que son éducation rattache directement aux anciennes écoles, est Louis Pichler, le second fils d'Antoine. Ses œuvres nombreuses sont signées en grec, A.TTIXAEP.

Comme son père et son frère, il traita surtout le portrait et des sujets mythologiques imités de l'antique :

nous donnons comme exemple le portrait du sculpteur Canova (fig.

202. Cabinet des médailles). Louis Pichler reçut les encouragements de l'empereur d'Autriche François P''; il avait le titre de graveur de la cour en 1808, et il professait à l'Ecole des beaux-arts de Vienne. Le

Fig. 202.

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pape Pie VII Pappela à Rome, où il continua à Jouir de la faveur pontificale sous Léon XII. On lui doit un traité didactique sur ses procédés de gravure^.

A Vienne, la collection impériale renferme quelques œuvres d'artistes qui ont dû être les compagnons ou les élèves de Louis Pichler. Une intaille sur cornaline, avec la tête de Tempereur François I", est signée BOEHM.F. ; un camée sur onyx, avec le portrait du même prince, porte la signature de Tltalien BELTRAMI (f vers i832). Enfin, une intaille représentant François-Joseph I"' est signée SC H ARF* F. 2.

Les graveurs qui ont travaillé en Angleterre au cours de ce siècle sont, presque tous, des ouvriers plutôt que des artistes, sans originalité, n'ayant pour eux qu'une habileté de métier, fabricants gagés d'armoiries, de cachets, de camées destinés à alimenter la vitrine des joailliers de Londres. Nous n'en citerons qu'un seul, c'est B. Pistrucci, qui, né à Rome en 1784, fut appelé à Londres pour graver les coins monétaires et les gemmes de la cour; il mourut à Windsor en i855 ^.

La France a été, depuis la Révolution, un peu mieux partagée que l'Angleterre. Le meilleur peutêtre de ses artistes fut Mayer Simon, l'élève de Guay. Mayer Simon, souvent désigné sous le nom de Simon de Paris, pour le distinguer de son frère dont nous parlerons tout à l'heure, naquit à Bruxelles en 1746 et mourut à Paris le 17 mars 1821. Arrière-petit-fils de Thomas Simon que nous avons vu à l'œuvre plus

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