J. Arnetli, Die cinque cento Cameen, p
LE XIXe SIECLE. jii
sont les portraits, sur cornaline, de Charles X, du duc d^Angoulême, du duc de Berry, de Louis-Philippe et des nombreux princes et princesses de la famille royale. Le travail est consciencieux et soigné, et cependant il serait difficile de voir des œuvres d'art dépourvues au même degré de charme et de vie.
Dans les Salons qui furent ouverts à la fin du dernier siècle et sous Napoléon, on voyait figurer les œuvres de quelques autres graveurs. C'étaient, notamment, Baër et Jouy, dont la postérité a bien fait d'oublier les œuvres ; A, Mastini, à qui nous devons un camée sur sardonyx, avec le buste de Napoléon ; Tiollier, qui fut graveur général des monnaies; Domard; Sylvestre Brun; Antoine Desbœufs; Vatinelle; Lelièvre, élève de Taraval, et enfin un véritable artiste, Romain-Vincent Jeuffroy, dont le Cabinet des médailles possède deux camées et six intailles. Jeuffroy naquit à Rouen en 1749 et mourut en 1826. 11 fit des portraits e: traita, d'après l'antique, divers sujets mythologiques; ses œuvres les plus intéressantes sont le buste de Louis, dauphin, fils aîné de Louis XVI , qui mourut en 1789, le portrait de Napoléon en 1801 , enfin ceux de l'architecte Charles de Wailly et du chimiste Fourcroy. L'engouement pour l'antiquité, qui caractérise cette époque, fait rechercher les camées anciens pour les utiliser dans la parure : des épingles, des broches, des peignes sont ornés de camées antiques, et l'on en voit autour de la couronne impériale aussi bien que sur les diadèmes de la reine Hortenseetde l'impératrice Joséphine. L'effet produit par ces camées-toilette fut médiocre et ne put que nuire à l'art contemporain.
A Pétranger, la gravure en pierres fines n'a pas été, dans ce siècle, plus florissante qu'en France. Rome et Naples se sont peuplées de faussaires, plus ou moins conscients, qui ont inondé l'Europe entière de leurs productions de pacotille. Des connaisseurs, voire même des musées, s'y sont laissé tromper : en 1847, ^^ musée de Berlin a acheté comme antiques une série considérable de pierres gravées qui, depuis lors, ont été reconnues pour être de la fabrication de l'Italien Calandrelli ; M. Furtwaengler soupçonne même ce dernier d'avoir gravé la signature AFAGOnOTC- €n' sur un camée antique du même musée.
A l'Exposition universelle de 1867, on voyait, dans la section des Etats pontificaux, des camées importants par leur dimension, la beauté de la matière et même le soin apporté à leur gravure : l'artiste Pietro Girometti, mort à Londres en i85o, avait su s'élever par de telles œuvres au-dessus de ses contemporains de tous pays. Mais il a fait exception et non pas école. Aujourd'hui, la glyptique italienne est tombée aux mains de pauvres artisans qui travaillent, avec une rapidité de main-d'œuvre étonnante, la lave du Vésuve, certains coquillages ou des silex grossiers, à deux couches, comme ceux qu'on recueille, chez nous, dans le cours de la Durance ou d'autres torrents alpins.
Les grandes maisons parisiennes Froment-Meurice et Bapst ont produit, dans les cinquante dernières années, de remarquables ouvrages en pierres dures : camées dans un style Renaissance ou moderne, intailles, coupes de toutes formes. Voici un charmant bijou de M. Froment-Meurice (fig. 2o3), dans lequel
LE XIX" SIECLE
un petit camée s'harmonise élégamment avec une trop riche monture en émail. Cet artiste éminent, qui doit surtout sa réputation aux grandes pièces d'orfèvrerie qu'il composa, avait exécuté, pour l'ancien Hôtel de Ville de Paris, un monument somptueux dont le motif central était un buste de Napoléon III taillé dans un magnifique morceau d'aiguë- marine supporté par un piédouche de jaspe sanguin incrusté d'argent. Ce buste se détachait sur un fond de jaspe rouge orné de perles et d'étoiles de topazes, et bordé d'un rinceau dont les rosaces étaient formées d'améthystes. A droite et à gauche, deux figures de femmes, la Paix et la Guerre, en cristal de roche, assises sur des consoles, s'appuyaient chacune sur un enfant. Ce monument a disparu dans l'incendie
Fig. 203.
de PHôtel de Ville en 187 1; nous le citons à cause de sa somptuosité exceptionnelle. Il avait été exécuté d'après un dessin de Victor Baltard ; le buste impérial, en aigue-marine, ainsi que les figures en cristal de roche, étaient l'œuvre de J. Lagrange, qui avait obtenu, en j86o, le prix de gravure en médailles et en pierres fines. C'est vers la même époque que fut
commencé, par M. Adolphe David, le plus grand camée des temps modernes : l'Apothéose de Napoléon P% sur une sardonyx de o ™ , 2 4 sur o '" , 2 2 (fig. 204). Ce camée reproduit le plafond peint par Ingres en 1854, dans le salon d'honneur de l'ancien Hôtel de Ville.
Fig. 20^.
L'œuvre consciencieuse de M. Adolphe David, achevée seulement en 1874, est d'un style qui nous semble un peu lourd et sans charme. Mais ne nous hasardons pas à juger nos contemporains et restons dans le domaine de l'histoire. Constatons seulement que, en dehors de quelques louables efforts, tentés surtout par l'administration des Beaux-Arts, pour restaurer l'art de la glyptique, le XIX® siècle a été d'une déplorable pauvreté.
Aujourd'hui, semble-t-il, on voit poindre l'aurore d'une nouvelle Renaissance. La glyptique est, nous
LE XIX" SIECLE
l'avons maintes fois vérifié, la sœur cadette de Part du médailleur ; celui-ci vient de s'élancer, avec Chaplain, Roty et leurs disciples, à des hauteurs d'inspiration et d'exécution technique qui rappellent les G. Dupré, les Warin et même les grands maîtres du xvi'= siècle. Tout fait présager que la glyptique va aussi prendre son essor et suivre cette impulsion admirable. Dans les dernières Expositions on a pu remarquer les œuvres soignées et élégantes d'hommes détalent tels que MM. Galbrunner, B. Hildebrand, G. Tonnelier, et surtout H. François, celui-ci un maître véritable, aussi modeste qu'habile, qui nous paraît avoir, mieux que tout autre, réussi à s'inspirer des nobles traditions du xvni'' siècle. Ces tentatives sont d'un bon augure : pourquoi notre génération ne verrait-elle pas le relèvement d'un art qui, à travers tous les siècles passés, a provoqué le génie de tant d'artistes d'élite, excité le plus sincère enthousiasme, passionné les Mécènes les plus éclairés, et procuré, en un mot, tant de jouissances délicates à l'âme humaine?