NIELLE ITALIEN
(XV* siicle).
lières les plus riches, vous n'y rencontrerez, en dehors des nielles, aucun spécimen authentique, aucun monument officiel en quelque sorte de la gravure florentine au moment précis dont nous parlons1. Ouvrez les livres et les catalogues, vous n'y trouverez ni la mention d'une pièce gravée, à titre d'estampe, avant celles que l'on attribue à Baccio Baldini ou à Botticelli, et qui ne parurent guère que dans le dernier quart du siècle, ni une explication quelconque de cette apparente stérilité, de cette absence surprenante d'une école de graveurs dans l'acception exacte du mot, à côté du groupe des niellatori.
Cependant, quelques années se sont écoulées dans le cours desquelles les tentatives d'émancipation et les progrès ont achevé de s'accomplir. Au lieu de demeurer dans une sorte de vasselage industriel et de continuer, à certaines modifications près, les traditions de l'émaillerie ou de la ciselure, l'art de la gravure désormais affranchi prend possession de son domaine et de luimême. Sans doute quelque inexpérience quant au mamaniement de l'outil, quelque hésitation se trahira encore; il y aura dans les procédés de l'exécution quelque chose de sommaire et, en même temps, de curieusement recherché, un mélange d'intentions naïves et de modes d'expression conventionnels; mais si le
i. On ne saurait objecter contre la pénurie que nous prétendons constater le beau profil de femme découvert, il y a peu d'années, à Bologne, et appartenant aujourd'hui au musée de Berlin. Non seulement cette très importante pièce est d'une date incertaine, mais — nous avons eu l'occasion de le faire remarquer ailleurs — les caractères de l'exécution et du style ne permettent pas d'y reconnaître l'œuvre d'un artiste florentin.
burin ne sait que très imparfaitement encore masser des tailles et diversifier la valeur des ombres, il possède déjà, il pratique à souhait le secret de figurer la vie par la précision et l'élégance des contours, par la fine animation des physionomies, quels que soient d'ailleurs les modèles donnés. Personnages sacrés ou mythologiques, prophètes ou sibylles, madones ou dieux de TOlympe, tous, — aussi bien que les hommes ou les femmes du xve siècle représentés à côté de ces images idéales, — tous révèlent au premier coup d'œil leur étroite parenté pittoresque, comme ils confirment , en les continuant sous une forme nouvelle, les inclinations générales et les coutumes de Part quattrocentista florentin. Cette délicatesse qui nous charme dans les basreliefs et dans les tableaux de l'époque, ce besoin commun aux sculpteurs et aux peintres contemporains de raffiner sur le vrai et d'en aiguiser les termes , cette prédilection enfin pour l'expression rare, exquise, un peu subtile, — voilà ce qu'on retrouve chez les peintres-graveurs successeurs immédiats de Finiguerra et dans les œuvres qu'ils nous ont léguées ; voilà ce que les planches gravées alors à Florence démontrent aussi clairement que les sujets peints ou sculptés sur les murs des églises et des palais.
Quel que soit dans ces travaux le lot à faire à Baccio Baldini, à Botticelli, à Poilaiuolo ou à tel autre, avec quelque sagacité que l'on y discerne ou que l'on croie y discerner les inégalités de la pratique et les habitudes particulières de chaque main, les tendances ont au fond un caractère d'unité dont il importe surtout de tenir compte parce qu'il détermine la physionomie de l'école.
Lors donc qu/on réussirait à étiqueter d'un nom propre
PIC. 2J. — BACCIO B A LDI Kl.
Thésée et Ariane.
chacun des ouvrages et des talents qui participent à ce
TIC. 22. BACCIO BAtOIllI
Le prophète Baruch.
FIO. UJ. — BACCIO BALDIN1.
La Sibylle de Cumc».
point les uns des autres, le profit ne serait-il pas en réalité assez mince ? Pourvu qu'on ne méconnaisse ni les qualités ni la signification de l'ensemble, on pourra, quant aux attributions de détail, se résigner à l'incertitude, à l'ignorance même, et se consoler doutant mieux du mystère qui enveloppe ces talents anonymes qu'on en appréciera plus ingénument les mérites, en dehors des hypothèses biographiques ou des commentaires de l'érudition.
Les estampes dues aux peintres-graveurs florentins venus après Finiguerra marquent une époque de transition entre le premier âge de la gravure italienne et le moment où Part entré dans sa période virile n'hésite plus à user de ses forces et se montre à la hauteur de toutes les entreprises. Ce n'est plus à Florence, il est vrai, qu'appartiendra dans cette seconde phase le privilège de la fécondité et des succès. Il semble qu'après avoir coup sur coup donné naissance à tant de talents, l'art florentin se repose épuisé par cette production rapide et qu'il laisse volontairement les écoles voisines prendre sa place. Même avant l'apparition de Marc- Antoine, les preuves principales d'habileté sont faites en dehors de la Toscane, et si, aux approches ou au commencement du xvie siècle, les nombreuses planches gravées par Robetta ne laissent pas de continuer et de soutenir la bonne renommée de l'école florentine, un pareil résultat est dû bien moins au talent personne] du graveur qu'au charme même et à la valeur intrinsèque des modèles.
De tous les graveurs italiens qui, vers la fin du xve siècle, achèvent de populariser dans leur pays l'art
dont Florence avait révélé les premiers secrets et fourni les premiers exemples, le plus fortement inspiré comme le plus habile est sans contredit Andréa Mantegna. Nous