H0. 4O. ALBERT DURER
Portrait de Pirkciœer.
enthousiasme; mais c'est sur la nouvelle école allemande, sur celle dont MM. Cornélius et Kaulbach ont été les chefs, que le maître de Nuremberg semble avoir exercé une influence principale , regrettable même à certains égards. Il serait injuste pourtant de faire porter à Durer la peine d'erreurs dont il n'est que la cause involontaire. Quelque excessive qu'ait pu être la réaction opérée par ses continuateurs à trois siècles de distance, il n'en demeure pas moins, pris isolément, un artiste éminent, le plus considérable de tous ceux de son pays. Peintre et sculpteur, « il aurait, dit Vasari, égalé les grands maîtres de l'Italie si la Toscane l'avait vu naître, et s'il avait pu, par l'étude de l'antique, donner à ses figures autant de beauté et d'élégance qu'elles ont de vérité et de finesse»; mathématicien, il tint le premier rang parmi les savants allemands de son temps ; graveur, — et c'est comme tel seulement que nous devons l'envisager ici, — il fit faire à l'art des progrès signalés. Personne, avant lui, n'avait manié le burin avec cette dextérité et cette vigueur; personne n'avait creusé des contours dans le métal avec une aussi rigoureuse précision, ni rendu aussi scrupuleusement tous les détails du modelé.
Les mérites qui caractérisent le talent et la manière d'Albert Durer se retrouvent presque au même degré dans toutes les œuvres qu'il a laissées. On peut néanmoins citer comme des exemples particulièrement significatifs de ce talent à la fois puissant et subtil : le Saint Hubert ou, plus probablement, le Saint Eustache à la chasse, s'agenouillant devant un cerf qui porte sur sa tête un crucifix miraculeux, — le Saint Jérôme dans sa
cellule, — l'estampe dite le Chevalier de la Mort, — enfin la pièce connue sous le nom de la Mélancolie, et qui devrait plutôt porter celui de l'Etude, mais de l'étude dans ce qu'elle a de plus grave, de plus sombre, on dirait presque de plus désespérant. Cette pièce qui Vasari lui-même qualifie d'à incomparable », représente une femme assise, la tête appuyée sur une main et tenant de l'autre un compas avec lequel elle semble jouer machinalement. Autour d'elle sont jetés çà et là, comme pour indiquer l'insuffisance ou le néant des connaissances humaines, un sablier et divers instruments scientifiques, tandis qu'au second plan un enfant, image sans doute des illusions de Ja jeunesse, écrit attentivement, et contraste par son calme avec l'agitation des traits et l'attitude désolée de la figure principale. Durer n'eût-il gravé que cette planche extraordinaire, n'cût-il produit que cet ouvrage d'une originalité aussi saisissante par l'exécution même que par les intentions qu'il exprime, il en aurait fait assez pour marquer à jamais sa place dans l'histoire de l'art et pour recommander son nom à un impérissable respect.
Combien d'autres œuvres de la même main pourraient toutefois être ajoutées à celle-là et confirmer ou renouveler l'admiration qu'elle aura inspirée! Combien d'autres planches, à côté de la Mélancolie, ou l'énergie presque farouche du style s'allie, dans l'expression des détails, aune finesse d'outil merveilleuse! Sans doute il arrive que, sous le burin d'Albert Durer, cette énergie dégénère parfois en violence et cette fermeté en sécheresse, que souvent aussi, le plus souvent même, les formes partielles, à force d'être détaillées, nuisent à
l'effet général et que la beauté de ces formes se trouve au moins compromise par le soin minutieux avec lequel elles ont été étudiées et rendues une à une ; mais ces imperfections, ces fautes si Ton veut, qu'on a le droit de