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L: xirqui» de Pâitorct, d'aprè» Paul Delaroche

diats. Bervic, de qui il avait été l'élève après quelques années passées dans l'atelier de Pierre Guérin, Bervic a pu lui enseigner Part de vaincre les difficultés matérielles, celles qui sont inhérentes au métier proprement dit; mais l'influence exercée par le graveur de Laocoon et de Déjanire ne s'est certainement pas étendue au delà de cette initiation toute technique. Les exemples de Desnoyers lui-même, quelque instructifs qu'ils fussent à certains égards, n'ont pas été si docilement acceptés par M. Henriquel que celui-ci ait cru devoir, pour les suivre, faire le sacrifice de son goût et de son sentiment instinctifs. Par la netteté de ses doctrines comme par les caractères élevés de son talent, le graveur de V Hémicycle se rattache au passé de notre école et aux maîtres qui en sont le principal honneur; mais par les formes d'expression particulières qu'il emploie, par ce qu'il y a de très imprévu dans sa manière et de très personnel même dans son culte de la tradition , il s'isole jusqu'à un certain point de ses devanciers et fait acte de novateur, sans en afficher, tant s'en faut, la prétention. Nous le disions tout à l'heure, M. Henriquel a le secret d'assouplir si bien les moyens dont il dispose qu'il peint avec le burin ou avec la pointe là où d'autres et des plus habiles, comme M. Laugier et M. Richomme , n'avaient suv un peu avant lui, que graver. Aussi l'action exercée par le maître, soit sous forme d'enseignements directs, soit au moyen des œuvres signées de son nom , a-t-elle eu pour effet de rajeunir à plus d'un égard les conditions de la gravure dans notre pays, et de susciter des talents dont quelques-uns, tout en accusant clairement leur origine, n'en devaient pas moins avoir leur importance

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Portrait d'AlcxanJre Brongniart, d'après un dcssiu du gr.vci.r.

propre et mériter une place très honorable dans l'histoire de Part contemporain.

Parmi les élèves les plus distingués de M. Henriquel, plusieurs ont déjà cessé de vivre : M. Aristide Louis, dont les deux figures de Mignon d'après Scheffer avaient obtenu, au moment de leur apparition, un succès populaire; M. Jules François, à qui Ton doit, entre autres belles planches, un véritable chef-d'œuvre, le Militaire offrant des pièces d'or à une femme , d'après le tableau de Terburg conservé au musée du Louvre; M. Rousseaux, le mieux doué peut-être des graveurs de sa génération, et dont les œuvres , si peu nombreuses qu'elles soient, suffiront pour faire vivre le nom. Qui sait même si, quelque jour, le Portrait d'homme d'après le tableau du Louvre attribué à Francia et le portrait de Mme de Sévigné, d'après le pastel de Nanteuil, ne seront pas recherchés avec autant d'empressement qu'on en met aujourd'hui à se procurer les pièces gravées par les anciens maîtres?

Si la mort prématurée de ces habiles graveurs a privé notre école d'une partie des talents sur lesquels elle semblait le mieux en droit de compter, combien d'autres heureusement nous restent dont les œuvres sont de nature à soutenir la vieille renommée de l'art français et à défier les comparaisons avec les produits de l'art étranger! Où trouver, par exemple, en dehors de la France, des équivalents au Couronnement de la Vierge d'après Jean de Fiesole ou au Mariage de sainte Catherine d'après Memling par M. Alphonse François, — à VAntiope d'après Corrège par M. Blanchard, ou à la Vierge de la consolation d'après M. Hébert par M. Huot, — à

la Maîtresse de Titien par M. Danguin, ou au Portement de croix, gravé d'après Lesueur par M. Bertinot, — à plusieurs planches encore, diversement remarquables, signées des mêmes noms ou des noms de quelques autres artistes? Enfin quelle rivalité M. Gaillard pourrait-il craindre dans le genre de gravure dont il est à vrai dire l'inventeur et qu'il pratique avec une habileté si extraordinaire? Soit qu'il grave d'après Van Eyck, Ingres ou Rembrandt, des planches comme YHomme à V œillet 9 VŒdipe et les Pèlerins d'Emmaus, soit qu'il nous donne d'après ses propres dessins ou ses peintures des Portraits comme ceux du pape Pie IX et de Dont Guéranger, il intéresse aussi vivement l'intelligence qu'il étonne le regard par l'incroyable subtilité de ses travaux. Même quand il reproduit les œuvres d'autrui, M. Gaillard se montre ouvertement original. Ses procédés sont absolument à lui et rendent toute contrefaçon impossible, parce qu'ils tiennent à la délicatesse exceptionnelle de ses organes; mais il ne serait pas moins difficile de s'approprier la finesse de son sentiment et, quelque bonne volonté qu'on y mît, de se donner une pénétration d'esprit égale à la sienne.

La gravure au burin a donc parmi nous des représentants assez nombreux, et surtout assez méritants, pour démentir les appréhensions de ceux-là mêmes qui la croient ou qui affectent de la croire irrévocablement atteinte par le succès des procédés héliographiques. Que si l'on jette les yeux sur les travaux accomplis de nos jours dans un autre ordre de gravure, si l'on examine les œuvres produites en France par les graveurs à l'eauforte contemporains, de ce côté encore, on aura lieu

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d'être suffisamment rassuré. Ne saurait-on même sans exagération appliquer le mot de renaissance à la série des progrès que nous avons vus s'opérer dans le genre de gravure illustré jadis par Callot et Claude le Lorrain? A quel moment, depuis le xvne siècle, la pointe a-t-elle été maniée dans notre pays par autant d'artistes habiles et avec un sentiment aussi vif de la couleur et de l'effet? Qu'on ne se méprenne pas d'ailleurs sur la portée de nos éloges. Nous ne parlons ici, bien entendu, ni de ces mille croquis griffonnés sur le vernis avec un laisser-aller auquel en réalité l'ignorance naive a beaucoup plus de part que la verve, ni de ces autres semblants d'oeuvres d'art dont l'adresse de l'imprimeur ut les ruses du tirage ont principalement fait les frais; c'est aux dupes de ces jactances ou de ces artifices qu'il faut laisser le soin de s'en occuper; mais il n'y aura que stricte justice à reconnaître dans beaucoup de pièces à l'eau-forte gravées de notre temps une singulière intelligence des ressources exactes du procédé et, le plus souvent, une science pittoresque assez ferme, assez maîtresse d'elle-même, pour se maintenir à égale distance de la facilité excessive et du pédantisme.

Bien des noms propres mériteraient d'être cités, s'il ne fallait s'en tenir ici aux indications générales sur les progrès qu'ils représentent et sur le mouvement qu'ils résument. Comment toutefois ne pas rappeler celui d'un jeune maître mort tout récemment, M. Jacquemart, qui dans un genre qu'aucun graveur n'avait abordé avant lui, a fait preuve d'un goût si ingénieux et d'une habileté si originale? Les planches dont se compose le recueil intitulé les Gemmes et Joyaux de la couronne,

apa LA GRAVURE.

d'autres planches à l'eau-forte gravées d'après des modèles

analogues, pièces de sculpture ou d'orfèvrerie, vases ou reliures, émaux ou camées, toutes sont dignes de figu-

FIC. IOI. — JULES JACq,UEM»»T.

TrépieJ ciselé p*r Gouthicre.

rer à côté des planches d'histoire les plus savamment traitées, comme les « natures mortes » peintes par Chardin au dernier siècle excitent le même intérêt et ont droit à la même estime que les meilleures toiles des peintres d'allégories ou des portraitistes de l'époque.

La supériorité de notre école de gravure, quels que soient les genres qu'elle traite, n'a-t-elle pas été d'ailleurs publiquement reconnue et proclamée dans une occasion assez récente? N'est-ce pas tout d'une voix que les membres du jury international chargé de décerner les récompenses à la suite de l'Exposition universelle de 1878 ont fait dans la distribution de ces récompense» une part prépondérante aux graveurs de notre pays? Peut-être même la part eût-elle pu, sans dommage pour la justice, être plus large encore, si le jury, composé en majorité de Français, n'avait cru devoir tenir grand compte des conditions spéciales du concours ouvert à Paris et de l'empressement avec lequel les artistes étrangers avaient répondu à notre appel.

La situation de l'art dans les divers pays de l'Europe et l'importance respective des talents n'ont pas changé depuis lors. Si, pour apprécier l'état de la gravure contemporaine, on juge bon de s'en tenir strictement au moment où nous sommes, nul doute que le plus rapide examen des œuvres représentant les différents procédés de gravure ne justifie les observations qui précèdent et que nous croyons devoir résumer en quelques mots.

La gravure à l'eau-forte, nous l'avons dit, a, depuis quelques années, si bien repris faveur qu'à aucune époque peut-être ses produits n'ont été plus nombreux ni plus généralement recherchés. Il n'y a que justice à cela,

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et ce n'est pas en France seulement que cette prédilection du public pour les gravures, grandes ou petites, exécutées avec la pointe, est légitimée parle mérite des artistes qui les publient; pour ne citer que quelques noms parmi ceux que recommandent, à des degrés divers, des preuves fréquemment renouvelées déjà d'habileté ou de sentiment, M. Unger en Autriche, M. Redlich et M. Massaloff en Russie, M. Gilli en Italie, M. Seymour Haden en Angleterre, concourent par leurs talents au succès d'une réforme dont les graveurs français avaient pris Tinitiative et qu'ils poursuivent aujourd'hui avec une autorité croissante et une intelligence exceptionnelle du moyen.

La gravure en manière noire et la gravure à l'aquatinte n'ont pas eu à beaucoup près une aussi heureuse fortune. De ces deux modes de gravure le premier semble partout tombé, ou peut s'en faut, en désuétude. Même en Angleterre, où le procédé inventé par Ludwiu von Siegen une fois importé, toute une école s'était formée pour en exploiter les ressources, en Angleterre où, depuis Earlom jusqu'à Samuel-William Reynolds et M. Cousins, les graveurs en manière noire avaient pendant si longtemps excellé, c'est tout au plus si quelques artistes se rencontrent encore pour essayer de soutenir la tradition.

Dans les autres pays, en France comme en Belgique, en Allemagne comme en Italie, la gravure en manière noire n'est plus, à vrai dire, pratiquée. Elle a été remplacée par la gravure à l'aquatinte qui, elle-même, nous l'avons dit dans le chapitre précédent, n'est guère en usage que là où il s'agit de pourvoir à des besoins

tout commerciaux, sauf les cas où quelques graveurs d'un talent recommandable remploient en la combinant dans leurs ouvrages avec les travaux de la pointe ou du burin.

Quant à la gravure en bois, dont les progrès à certains égards ont été remarquables dans le cours des dernières années, elle produit presque chaque jour, en France et en Angleterre, des œuvres qui, en confirmant ses progrès, permettent d'en pressentir de nouveaux; plusieurs même, parmi les estampes récemment publiées, — celles de M. Robert par exemple, — impliquent déjà quelque chose de plus que des promesses et réalisent ce que d'autres nous autorisent seulement à espérer. Toujours est-il que, en général, et quelle que soit d'ailleurs leur habileté, les graveurs en bois semblent se méprendre un peu sur les conditions toutes spéciales de l'art qu'ils pratiquent et oublient trop souvent qu'il ne s'agit pas pour eux de contrefaire dans leurs ouvrages l'apparence des gravures en taille-douce. Loin de chercher à simuler les travaux compliqués du burin, ne devraient-il pas, suivant la nature même du procédé dont ils disposent, s'en tenir à des indications sommaires d'effet et de modelé, à l'imitation résumée du coloris et de la forme? Les vignettes gravées d'après Holbein par Leuczelburger et d'autres Allemands du xvie siècle, les portraits et les différents sujets gravés en bois vers la même époque par des artistes italiens ou par des artistes français tels que Geofroy Tory et Salomon Bernard, sont des modèles auxquels les graveurs de nos jours feraient bien de se conformer, au lieu de s'aventurer, sous prétexte de perfectionnements, dans des essais d'innovation aussi

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contraires à l'esprit intime du procédé qu'à son objet et à ses ressources exactes.

Enfin, si la gravure en taille-douce est pratiquée dans notre pays plus savamment que partout ailleurs, elle trouve néanmoins au delà de nos frontières des représentants distingués. Outre les graveurs français, allemands ou italiens, que nous avons cités, — M. Weber en Suisse, M. De Kaiser en Hollande, M. Biot et M. Franck en Belgique, M. Jacobi, M. Sonnenleiter et M. Klaus en Autriche, travaillent courageusement à soutenir la cause que M. Henriquel et ceux qui marchent à sa suite défendent si bien ici; mais, dans leurs pays comme dans le nôtre, ce n'est malheureusement pas assez de l'opiniâtreté du talent et du zèle pour avoir raison des modernes préjugés de la foule et de sa confiance exagérée dans les bienfaits des innovations mécaniques.

Depuis les progrès accomplis par la science dans le domaine de la reproduction héliographique, depuis les avantages, au point de vue de l'exactitude matérielle, que la photographie et les procédés qui en dérivent ont offerts ou paru offrir, la gravure au burin est en effet de tous les genres de gravure celui qui, auprès du public, a le plus souffert de cette prétendue concurrence. Par une méprise d'autant plus regrettable qu'elle semble aujourd'hui presque générale, on a cru que c'en était fait de l'art lui-même, à cause de cela seul que, en tant que copies, ses œuvres ne pouvaient avoir l'infaillible fidélité des images photographiques, et que, si sincère qu'elle fût, la main d'un graveur n'arriverait jamais à produire ce fac-similé inévitable, cette imitation sans merci des modèles donnés.

Rien de mieux, si le travail du burin ne devait avoir pour objet que de nous fournir une transcription littérale, une effigie brute de ces modèles, mais, est-il besoin de le rappeler? ce travail est aussi, et fort heureusement, un travail d'interprétation. En raison même du champ sur lequel il opère et du coloris réduit à deux seuls tons dont il dispose, le graveur est obligé de choisir et de combiner les moyens les plus propres à rendre par analogie les couleurs variées de l'original, à en résumer l'effet, à en faire ressortir le caractère et le style, soit par l'expression simplifiée de certains détails, soit par la prédilection avec laquelle il aura insisté sur certains autres. Il y a là non plus l'impartialité niaise ou, si l'on veut, la véracité inconsciente d'un appareil mécanique, mais l'emploi raisonné du sentiment, de l'intelligence, du goût, de toutes les facultés, en un mot, qui constituent le talent d'un artiste et qui en déterminent la fonction.

Or, tant qu'il se trouvera dans le monde des hommes capables de préférer l'idée à la matière et l'art qui intéresse l'esprit au fait qui ne parle qu'aux yeux, la gravure au burin gardera sa part d'influence, si modeste qu'on la suppose, si restreinte en réalité qu'elle soit. En tout cas, ceux qui, de nos jours, s'opiniâtrent, malgré tous les obstacles, à continuer à leur manière la tâche des Edelincket des Nanteuil, ceux-là auront bien mérité de leurs contemporains et reculé autant qu'il dépendait d'eux la déchéance absolue, si par malheur elle doit arriver, de l'art proprement dit, au profit de la fabrication fortuite et du métier.

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