VIO. II. SAINT BERNARDIN
Gravure en criblé de 1454.
vure criblée primitive; mais n'y avait-il pas quelque
excès de zèle dans les efforts tentés par certains érudits
PIO. 13. SAINT CHRIITOr-HC.
Gravure en criblé ( xv« siècle).
pour concentrer sur ces types mêmes, sur ces défectueux
essais, les regards d'un public plus naturellement attiré ailleurs? C'est que, ici comme dans les questions relatives aux commencements de la gravure en bois et de l'imprimerie, il s'agissait de plaider une cause intéressant l'amour-propre national, et d'avoir raison, dans le champ clos de l'archéologie, de rivalités et de prétentions qu'on aurait pltfs difficilement combattues sur un autre terrain.
Entre les écrivains des Pays-Bas et de l'Allemagne, habitués de longue main à des rencontres de cette sorte, la nouvelle guerre aurait pu s'engager sans surprendre personne, et se continuer sans beaucoup d'émotion au dehors; mais, contre l'ordinaire, les revendications ne s'étaient produites ni en Allemagne, ni dans les Pays- Bas. Pour la première fois, le nom de la France se trouvait mêlé aux débats sur les origines de la gravure, et, bien qu'il n'y eût au fond de celui-ci qu'un assez mince honneur à conquérir, cette concurrence imprévue ne laissait pas d'ajouter un surcroît d'intérêt à la lutte et, dans notre pays au moins, de rencontrer une certaine faveur.
En lisant ou en croyant lire les mots Bernhardinus Milnet au bas d'une vieille estampe criblée représentant la Vierge et V enfant Jésus, on avait prétendu non seulement retrouver la signature d'un graveur français, mais encore profiter de la découverte pour mettre au compte de ce « Bernard ou Bernardin Milnet » toutes les pièces du même genre, toutes ces estampes qui, lors même qu'elles appartiendraient à une seule école, ne peuvent, — cela est bien évident, — appartenir à une seule époque. L'invention et le monopole de la gravure
criblée une fois attribués à un pays ou plutôt à un homme, ces assertions firent fortune pendant quelque
VIO. IJ. — j£sUS AU JARDIN OEI OLIVIER».
Gravure en criblé (xv« siècle).
temps et furent reproduites même dans les livres de littérature ou d'histoire. Un jour vint cependant où elles
commencèrent à perdre de leur crédit, et le doute ayant fini par gagner jusqu'aux compatriotes du prétendu Bernard Milnet, celui-ci se trouve aujourd'hui aussi bien dépossédé de son nom que de ses titres et réduit, très légitimement, suivant nous, à l'état de personnage imaginaire.
Suit-il de là qu'il faille, comme l'exige M. Passavant1, restituer à l'Allemagne toutes ces estampes un moment naturalisées françaises? La perte pour notre pays ne serait pas grande, à ne considérer que la valeur intrinsèque des pièces ; mais les caractères équivoques qu'elles présentent, quant au travail même et au style, nous permettent, sans mauvais vouloir, d'hésiter.
Rien de moins significatif, en effet, que de pareilles oeuvres, en dehors des conditions particulières du procédé.- On ne reconnaîtra ni dans les contours des figures ce dessin ferme jusqu'à la raideur, ni dans le jet des draperies ce goût pour les formes saccadées, qui distinguent dès le début les productions de l'école allemande. A peine les moins faibles de ces pièces, — la Sainte Barbe entre autres que possède la Bibliothèque de Bruxelles ou le Saint Georges à cheval conservé dans le département des Estampes de la Bibliothèque nationale, à Paris, — trahiraient-elles parfois chez ceux qui les ont faites quelque conformité d'origine ou de manière avec l'école des Van Eyck. Est-il bien nécessaire, après tout, de pousser loin les investigations à ce sujet? Qu'elles aient été fabriquées en France, dans les Pays-Bas ou en Allemagne, les gravures criblées du xve siècle font trop
i. Le Peintre -Graveur. Leipzig, 1860. T. 1", p. 84.
CARTES A JOUER. — CRIBLES. sj
peu d'honneur au pays qui les aura vues naître pour que le scepticisme, en ce qui concerne leur provenance,
doive peser d'un poids tort lourd sur la conscience de personne. Les estampes criblées forment dans l'ensemble des documents sur les origines de la gravure une série
toute différente, quant au mode d'exécution, des spécimens antérieurs ou contemporains; la date de 1454 que porte Tune d'entre elles nous fournit une donnée authentique sur l'époque à laquelle se rattachent ces
essais particuliers, ces curiosités du métier plutôt que de l'art.
Cela suffit pour les souvenirs qu'il convient d'en garder, et pour la part à faire au tout dans l'histoire des tentatives rudimentaires qui précèdent ou qui déjà dépassent de quelques années les commencements en Italie de la gravure en creux.
Nous voici parvenus à ce moment décisif où la gravure, riche de nouvelles ressources, est pratiquée pour la première fois par des maîtres. Jusqu'ici la maigre habileté de quelques graveurs en bois ou les procédés bizarres de la gravure criblée ont pu seuls donner la mesure des efforts provoqués par la recherche ou par la possession des secrets techniques. Plus de progrès douteux maintenant, plus d'efforts interrompus ni d'hésitations d'aucune sorte. A peine l'art de reproduire au moyen de l'impression une planche gravée en creux