Archiv filr die Zeichnenden Kunste. Année i
des maîtres, le premier sculpteur et le premier peintre, à proprement parler, qui aient paru en Italie, bien que la sculpture et la peinture ne fussent rien moins que des nouveautés à l'époque où ils naquirent. Que la Paix de Florence, à ne consulter que la chronologie, ne soit pas le premier monument de la gravure, je le veux bien ; toujours est-il qu'aucun des essais antérieurs, aucune des pièces dont on s'arme comme d'arguments irréfutables pour ruiner la tradition accréditée ne permettrait de soupçonner ce que nous montre cette estampe si justement célèbre. Donc, celui qui Ta faite, loin de rien usurper, a légitimement tout conquis.
Par une coïncidence singulière , la découverte de l'imprimerie et celle de l'art de tirer sur papier les épreuves d'une planche gravée en creux, ou, pour parler plus exactement, les perfectionnements suprêmes des deux procédés furent à peu près simultanés en Italie et en Allemagne. Un intervalle de deux années seulement sépare le moment où Finiguerra imprime sa première estampe (1452) de celui où Gutenberg fait paraître ses premiers essais typographiques (1454). Jusque-là, les copies dessinées, peintes ou manuscrites avaient été les seuls moyens pratiques de multiplier les chefs-d'œuvre. Personne, même parmi les plus capables de penser et d'agir pour leur propre compte, ne dédaignait de descendre à ce rôle d'éditeur de la pensée d'autrui, et tandis que Boccace et Pétrarque s'adressaient réciproquement des ouvrages entiers de Tite-Live ou de Cicéron qu'ils avaient patiemment transcrits, des artistes de profession ou des moines retraçaient sur le vélin des missels les peintures que l'on admirait sur les murs des églises ou
les tableaux qui décoraient les autels. Quant aux pièces gravées en bois, elles Savaient d'autre objet que de stimuler tant bien que mal la dévotion des fidèles. Par l'insuffisance de l'exécution, comme par l'usage spécial auquel on les destinait, elles s'isolaient en réalité des œuvres de l'art et ne relevaient guère que de l'industrie.
En dehors de la miniature et de la gravure en bois, il existait cependant un procédé dont on se servait quelquefois pour reproduire certains modèles, des portraits ou des sujets de fantaisie, mais que les orfèvres employaient le plus habituellement dans la décoration des vases sacrés, des reliquaires ou des canons d'autel. La chalcographie, c'est-à-dire la simple gravure sur métal et l'émaillerie étant dès longtemps connues, il n'y avait, dans le" procédé dont il s'agit, qu'un mode d'application particulier, une combinaison des ressources propres à l'une et à l'autre. On remplissait les tailles creusées par le burin dans une plaque d'argent ou d'argent et d'or, d'un mélange de plomb, d'argent et de cuivre, dont la fusion avait été facilitée par une certaine quantité de borax et de soufre. Ce mélange, de couleur noirâtre [nigelhim, d'où niello, niellare), laissait à découvert les parties non gravées et s'incrustait, en se refroidissant, dans les tailles où on l'avait introduit; après quoi, la plaque soigneusement polie présentait à l'œil un dessin en émail noir découpé dans le champ métallique et, par conséquent, l'opposition sur une même surface de parties ternes et de parties brillantes.
Vers le milieu du xve siècle, ce mode de gravure était fort usité en Italie, surtout à Florence, où se trouvaient les plus habiles niellatori. L'un d'eux, Tommaso ou,
PREMIERS ESSAIS DE GRAVURE EN CREUX. 6j
par abréviation, Maso Finiguerra était, comme beaucoup d'orfèvres de son temps, à la fois graveur, dessinateur et sculpteur; mais ni les dessins qu'on lui attribue, ni les bas-reliefs en argent ciselés, dit-on, par lui de moitié avec Antonio Pollaiuolo, ni ses nielles n'auraient suffi peut-être pour faire vivre son nom : l'invention, — dans la mesure que nous avons dite, — de l'art d'imprimer les gravures en creux, ou plutôt l'invention de l'art même de la gravure l'a immortalisé.
Quoi de plus simple, cependant, en apparence que cette découverte? Comment n'avait-elle pas été faite plus tôt? On a peine à le comprendre, non seulement lorsqu'on songe que l'impression des planches gravées en relief était pratiquée dès le commencement du xve siècle, mais aussi lorsqu'on se rappelle que les niellatori avaient coutume de prendre avec de la terre, puis avec du soufre, une empreinte et une contre-empreinte de leur travail avant de l'émailler. Il semble que l'idée aurait dû se présenter tout naturellement à l'esprit d'obtenir, sur un corps souple et mince comme le papier, une épreuve directe , avant le moment ou la planche serait niellée; mais il est aisé de critiquer ainsi après coup et d'indiquer la marche à suivre quand le but a été atteint. Qui sait si nous-mêmes aujourd'hui nous ne sommes pas à proximité de quelque secret dont nous ne songeons nullement à nous emparer, et si notre aveuglement actuel ne sera pas un sujet d'étonnement pour ceux qui viendront après nous!
Quoi qu'il en soit, Finiguerra, dès 1452, avait trouvé la solution du problème. C'est ce qui reste hors de doute depuis le jour où l'abbé Zani visitant, vers la fin du
siècle dernier (1797), le Cabinet des Estampes à la Bibliothèque de Paris, y reconnut imprimé sur papier à une date incontestable un nielle de Finiguerra.
Cette petite estampe ou plutôt cette épreuve, tirée avant que la plaque fût niellée, d'une paix1 gravée par l'orfèvre florentin pour le baptistère de Saint-Jean, représente le Couronnement de la Vierge. Elle ne mesure pas plus de i3o millimètres en hauteur, sur une largeur de 87 millimètres. Par ses dimensions, le Couronnement de la Vierge n'est donc en réalité qu'une vignette; mais cette vignette est traitée avec un goût et une science si amples, avec un sentiment si profond du beau, qu'elle supporterait impunément l'épreuve de telle opération matérielle qui en centuplerait les proportions et en transporterait les lignes sur une toile ou sur une muraille. Et quant à son caractère de monument archéologique, quant au prix que donnent à cette frêle petite feuille de papier les quatre siècles qu'elle a traversés pour arriver jusqu'à nous, sans doute il n'est permis à personne d'oublier ou de méconnaître des titres aussi particulièrement considérables; pourtant bien malavisé serait celui qui s'en souviendrait à l'exclusion du reste, et qui ne saurait voir qu'une curiosité historique dans un pareil chefd'œuvre de l'art.
1. L'usage est de désigner ainsi une plaque en métal que, dans les messes solennelles, le célébrant, pendant qu'on chante YAgnus Dei, donne à baiser aux membres du clergé et aux fidèles en adressant à chacun d'eux ces paroles : pax tecum. La paix faite par Finiguerra pour le baptistère de Saint-Jean a passé de cette église dans le musée des Offices, où elle se trouve encore aujourd'hui.
F1G. l6. F1NICURRRA.
La Paix du baptistère de Saint-Jean, à Florence.
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LA GRAVUK li