‹ La gravureChapitre 104 sur 278 · JEAN DUVET · texte numérisé non relu

JEAN DUVET

par D.-G. Rossetti et par Burne-Jones. Notre Gustave Moreau a avec lui d'étroites affinités. Qu’il représente les scènes religieuses, celles-ci prendront un accent nouveau. Il imagine un solennel Mariage d’ Adam et Èoe, célébré par Dieu le Père en grand prêtre devant le chœur des Anges. L’ Annonciation (1520) est une scène mystique : l’ange dans sa gloire se révèle à la Vierge qui le sent près d’elle sans l’apercevoir. Il a fait de magnifiques allégories :1a Majesté royale , le Portrait de Henry II, escorté de figures emblématiques. Une série de pièces énigmatiques représentent Y Histoire de la Licorne [R. D. 54-59]. Elles ont été les plus célèbres de son œuvre et il leur dut le surnom « Maître à la licorne » par lequel il fut longtemps désigné. La licorne, symbole de la pureté, passait pour préserver des poisons et Duvet a illustré cette croyance dans une page, Poison et contrepoison, inspirée d’un dessin de Léonard. On croit reconnaître dans ces compositions une allusion aux amours de Henry II et de Diane de Poitiers. Elles ont, au surplus, assez de beauté plastique pour plaire, et l’obscurité de la signification ajoute à leur attrait.

Le génie de Duvet était fait pour interpréter l’Apocalypse. En 1561, dans son extrême vieillesse, il publia une suite de Y Apocalypse préparée évidemment depuis de nombreuses années et où il s’est donné tout entier (fig. 71). Interprétation puissante, excessive, absolument indépendante de toute tradition. Les anges se pressent dans les cieux ouverts, les démons et les monstres, les figures symboliques vivent d’une existence supra-naturelle, et ce sont des chutes de reprouvés, des mêlées confuses et des perspectives de villes, de palais et de temples. Le poème sublime se soutient dans toutes ses parties, pas une répétition, pas une faiblesse et surtout pas une banalité. La traduction a la rudesse littérale deDürer : l’angedont les pieds étaient des colonnes de feu, le livre dévoré, le glaive et les flammes èxhalées par Dieu sont présentés sans réticence, mais avec un merveilleux sens plastique. Quant aux Quatre cavaliers ils peuvent être opposés à la page la plus célèbre de l’Apocalypse germanique, et ils sont totalement différents. J’insiste sur un artiste que la gloire n’a pas suffisamment auréolé et à qui notre époque seule peut-être est capable de rendre justice. Il faut qu’on sache qu’il est la plus attachante figure parmi les graveurs français du xvie siècle.

Un autre orfèvre, Pierre Wœriot de Bouzey (1532-après 1596), dont l’œuvre n’a pas la même envergure, s’instruisit comme Duvet, auprès des Italiens, et montra une semblable tendance - — professionnelle sans doute — à la surcharge. Établi à Lyon, il produisit des œuvres pédan-

ean Cousin. L’Ensevelissement.

l’école de fontainebleau

tesques et médiocres : Pinax iconicum (recueil de funérailles antiques) ; figures bibliques, des portraits nombreux dont un seul, celui de Louise Labbé, mérite d’être retenu ; mais il fît aussi, à l’usage de ses confrères, des planches d’ornements, et là, il se montra vraiment excellent1.

A ces artistes qui interrogèrent directement les maîtres italiens, on peut opposer ceux qui reçurent l’influence italienne à travers l’École de Fontainebleau. Ces derniers furent surtout entraînés par le Primatice, qui leur transmit la tradition du Parmesan. Leur œuvre affecte donc un caractère factice, mais aussi une élégance, une noblesse facile; l’impression en est superficielle et agréable. Ainsi se recommandent les Blasons de vertus dans lesquels Jean Chartier d’Orléans a gravé des allégories féminines. René Boy vin d’Angers (1530 ?-l 598?) grava, non sans prétention, d’après Raphaël, Jules Romain et Rosso. D’après Léonard Tiry il traça Y Histoire de Jason en une suite fastidieuse de 24 pièces où l’on ne saurait louer que le goût etla richesse des bordures. Étienne Delaune (1519-1583), insipide dans les grandes estampes, fut plus à son aise dans les vignettes qu’il couvrait avec la précision d’un myope, de travaux nets, précis, secs et d’une extrême ténuité. Son imagination était riche ; son goût très sûr se manifesta dans les grands encadrements dont il rehaussait quelques pièces, les mois par exemple et surtout dans de remarquables modèles pour orfèvres.

C’est encore en ce groupe qu’il faudrait classer Léonard Limousin. Mais les quelques planches tracées par le génial émailleur sont d’un métier si fruste et si âpre qu’elles ajoutent bien peu de chose à sa gloire. Il me paraît difficile aussi de louer comme graveur l’illustre architecte Jacques Androuet du Cerceau (1515 ?-1584 ?), tant son dessin est sec, froid, dénué d’accent, tant il paraît préoccupé, dans la presque totalité de son œuvre, d’un souci purement didactique.

Nous retrouvons ici Jean Cousin, il devrait dominer les artistes, nourris de l’Italie, si son œuvre était plus nombreux ou plus sûrement connu. On perçoit son style en mainte page : personnages élancés sans mesure, aux cheveux dessinés par boucles, paysages composés où se dressent des arbres à frondaison caractéristique, près de fabriques en ruine ou de statues mutilées. Mais son nom ne peut êtro appliqué à presque aucune. Il est vrai qu’il suffit de la Conversion de saint Paid et surtout de Y Ensevelissement (fig. 72) pour le classer très haut*

Woeriot a gravé en bois pour les Antiquités de Josèphe des vignettes nettes et élégantes.

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