‹ La gravureChapitre 106 sur 278 · L IMAGERIE POPULAIRE · texte numérisé non relu

L IMAGERIE POPULAIRE

factice, unique jusqu’à ce jour, conservé au Cabinet des Estampes [Ed. 5g rés] sous le titre, d'ailleurs peu approprié, de Figures de la Bible (fig. 73) présente 270 placards qui furent publiés, les uns isolément, les autres par suites de deux à dix pièces, par différents éditeurs en 1566, 1572 et 1574. Nous apprenons ainsi, qu'il y avait à Paris, particulièrement rue Montorgueil, plusieurs marchands d’images. Leur commerce devait être florissant et s’étendre jusqu’à l'étranger, à en juger par certaines pages à légendes anglaises, espagnoles et italiennes sorties de leurs presses. Ils employaient des artistes de valeur inégale, mais dont quelques-uns avaient un talent distingué et dont aucun n’était mauvais absolument; la taille du bois était presque toujours très soignée et le tirage parfois excellent. Leur production, au moins à en juger par ces exemples miraculeusement conservés, se maintenait à un niveau fort élevé et il est probable qu'ils s'adressaient à une clientèle choisie, bourgeoisie, petite noblesse, et non à la foule ignorante et pauvre.

Le goût des larges encadrements était alors général, et point de pièce qui ne s’enveloppe d’une riche bordure. Le style est presque toujours celui de l'École de Fontainebleau ; pourtant quelques placards sont directement imités d’estampes italiennes et d’autres, fait plus curieux, sont presque littéralement copiées d’originaux allemands, de Cranach en particulier. Le choix des sujets est non moins intéressant : ce sont, on le devine, avant tout, les scènes religieuses, mais les suites de l'Ancien Testament ( Histoires de Joseph, Moïse, Samson, David, Esther , Job , etc.) y occupent une place considérable ; ce qui semble indiquer une clientèle protestante. Il y a, de plus, des séries profanes : Histoire de Priam , les Travaux Hercule, des Triomphes à /’ Italienne , des allégories de la Paix (au lendemain de la Saint-Barthélemy), de la Mort, et enfin une estampe satirique. Religion, mythologie, allégorie, satire, n’est-ce pas, à peu près, tout ce qui pouvait intéresser un homme moyen de ce temps-là ?

Dans les guerres qui déchiraient la France, protestants et catholiques traduisirent leurs passions dans des images de propagande. Deux artistes, dont nous ne connaissons que les noms, Périssin et Tortorel, signèrent, ensemble, une suite de quarante placards où ils relevaient, du point de vue protestant, les événements accomplis de 1559 à 1570. Leurs dessins, gravés parfois simultanément sur bois et sur cuivre, escortés d’un texte, soit français, soit allemand, soit latin, ont un très faible intérêt artistique et par contre une grande valeur documentaire. Racontant l’assassinat de

LA GRAVURE AU XVIIe SIÈCLE

François de Guise, Périssin et Tortorel poussent le fanatisme jusqu'à glorifier Poltrot de Méré, et les ligueurs à leur tour, feront bientôt l’apothéose de Jacques Clément [C. 812] .

Y. — Les guerres de religion, dans le désordre effroyable qu’elles amenèrent, suspendirent, en France, toute existence policée. L’art subit une éclipse presque totale. Lorsque le calme fut revenu et qu’Henry 1Y eut rétabli l’ordre, l’art se releva à son tour. Aucune crise ne devait désormais en interrompre l’évolution.

Pour la gravure, les conditions générales se trouvèrent très sensiblement modifiées. La gravure sur bois disparut d’une façon presque totale. Elle fut supplantée dans l’illustration, qui avait été son domaine, par le cuivre et tout au plus employée pour des images de colporteurs. Cette révolution s’accomplit surtout sous l’influence des praticiens flamands. Désormais, les Flandres eurent une part très grande dans la formation des graveurs français. L’Italie ne cessa pas d’agir, mais son action se modilia. L’École de Fontainebleau s’éteignit, fine vint plus d’Italiens en France, mais des Français allèrent en Italie, y vécurent plusieurs années et s’inspirèrent à la fois de l’art des Carrache et des spectacles que leur donnaient la société et la nature italiennes. Enfin la France emprunta à l’Italie l’usage de l’eau-forte.

Le xvne siècle français se divise pour la gravure, comme il le fait pour la civilisation, pour les lettres, pour tous, les arts, en deux périodes distinctes : l’une précède le règne personnel de Louis X1Y, l’autre est sous l’influence du « Grand Roi ». La date de 1660 les sépare sans rigueur.

Dans la première partie du siècle, il y a plus de liberté : les artistes expriment leurs sentiments personnels sur la nature ou la société, ils interprètent la religion et la mythologie. Leur instrument favori est l’eauforte et, s’ils n’ont ni la familiarité ni la richesse des Hollandais, leur fantaisie est délicate, leur pointe légère ; ils parcourent la gamme des expressions, du rire au sublime.

Yienne Louis-le-Grand, le ton change; il se guindé, avec un souci nouveau de dignité, de noblesse et d’emphase. L’eau-forte cède la place et le burin lui succède. La gravure restreint son rôle, elle se subordonne à la peinture, à la sculpture dont elle traduit les productions; elle ne garde qu’un domaine propre restreint, mais très brillant, le portrait.

Parmi les graveurs dont s’illustre la première partie du xvne siècle, tous aquafortistes, tous imbus des leçons de l’Italie, il est permis de dis-

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