JACQUES CALLOT
tinguer deux groupes : les uns, dessinateurs, ont porté surtout leur observation ou leur fantaisie sur la vie de leur temps ; les autres, peintres, pour lesquels la gravure ne fut souvent qu’une distraction, ont porté sur la planche les sujets qu’ils préféraient sur la toile : religion et mythologie, paysage historique. Callot domine le premier groupe; Claude Lorrain, le second.
Callot est né à Nancy en 1592. Nous n oublions pas que la Lorraine était alors un duché indépendant, qu’elle ne devint pas française avant la seconde moitié du xvme siècle. Mais dès lors elle était nôtre de langue et de culture, et l’usage nous paraît légitime d’adopter pour la France Callot, ainsi que Claude Lorrain. On sait que Callot, après avoir reçu quelques leçons de dessin à Nancy, conçut un désir invincible d’étudier en Italie. Il s’enfuit de la maison paternelle, fut obligé en route d’accepter les bons offices d’une bande de bohémiens, qu’il devait immortaliser plus tard en une suite de quatre estampes [Méaume. 667-670]. Reconnu à Florence par des marchands lorrains, ramené de force en son pays, il s’échappa une seconde fois : poursuivi et découvert à Turin, il se serait évadé de nouveau, si ses parents n’avaient pris le paidi sage de céder à son inclination. Callot partit donc, pour la troisième fois, avec l’aveu paternel et arriva à Rome en 1609 ; il avait seize ans.
Il y avait alors à Rome un brave homme de français nommé Thom as s in qui tenait un commerce achalandé d’images. Il éditait des scènes religieuses, des compositions édifiantes, et ses planches taillées suivant les préceptes de Cort étaient le plus souvent mauvaises, sans s’élever jamais au-dessus du médiocre. C’est dans son officine que Callot entra : il apprit le maniement du burin, collabora à d’obscurs travaux où n’entrait jamais le souci de l’art. Fort heureusement pour lui, il se brouilla assez vite avec son maître et quitta Rome pour Florence, où il fut accueilli avec faveur par le grand-duc Cosme IL
Il était, dès ce moment, buriniste fort habile, et il le prouva en gravant, d’après B. Pocetti qui le protégeait, une immense composition, le Purgatoire [M . 153] et en publiant la suite connue sous le nom impropre de Batailles des Médicis [M. 534-549]. Son burin était sûr, très élégant, très léger ; mais l’artiste n’était encore qu’un excellent ouvrier. L’architecte Giulio Parigi, au service duquel il se mit, comprit qu’il était capable d’autre chose. Ce Parigi, était un homme à talents : mathématicien, architecte, ingénieur, surtout organisateur des fêtes ducales pour lesquelles il déployait la plus étourdissante imagination. Il reconnut les extraordinaires