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ABRAHAM BOSSE

apparaît le plus souvent embarrassé : les apôtres empruntent l’allure des gueux, et Ton s’étonne involontairement de ne pas voir aux juifs rassemblés autour du Christ les chapeaux de feutre et les bottes à revers des mousquetaires. Presque toute cette partie de son œuvre est périmée1.

Callot est sans doute, parmi les graveurs, le seul qui ait conquis la popularité. Les aventures romanesques qu’on lui a attribuées, la fantaisie pittoresque, le caractère vivant, l’importance historique de son œuvre ont contribué évidemment plus que sa supériorité technique à lui assurer ce privilège. Mais il ne l’aurait ni conquis ni conservé, sans P assentiment des connaisseurs. Son génie si clair, si précis, si direct et, tout ensemble, si menu, si grêle, sans au-delà, sans envolée, répond par ses qualités et par ses défauts à notre esprit national ; formé en Italie, il est profondément français. L’influence de Callot a été extrêmement étendue; l’eau-forte française dépend en grande partie de lui. Il agit aussi sur les Italiens et nous avons déjà nommé son élève, Stefano délia Bella.

Abraham Bosse (1605-1678) ne se compare pas avec Callot, mais s’il n’a ni génie, ni imprévu, il a un beau et solide talent. 11 doit une part de sa renommée aux témoignages précis qu’il a portés sur ses contemporains, mais il la mérite par la vivacité de son dessin, l’esprit de ses compositions, le sens de la réalité. Théoricien de l’eau-forte, auteur d’un traité demeuré classique, il se montre plus soucieux de correction que d’originalité, et essaye trop volontiers de donner à la pointe l’allure mesurée du burin.

Son exécution est sage et limpide comme son esprit. Son domaine propre est la peinture de la vie moyenne. Il ne connaît pas les gueux et, lorsqu’il s’avise de les représenter, on le devine mal à l’aise. S’il nous montre la cour, c’est sur les dessins de son confrère Saint-Igny et rien de plus curieux que cette suite : la Noblesse française à l'église , prétexte singulier et inconsciemment irrévérencieux, à caractériser les modes nouvelles. Il est, avant tout, le peintre de la bourgeoisie et l’on sent que lui-même est profondément bourgeois. La jactance espagnole ne lui inspire pas d’admiration, mais excite sa raillerie. Il est pieux, d’une piété étroite, matérielle et s’efforce à composer des allégories enfantines ou

1 Dans ces lignes trop rapides, nous avons été obligés d’omettre des séries célèbres : les Péchés capitaux [M. 157-163], les Varie Figure [M, 730-746] composées ainsi que les Fantaisies [M. 868-881] à l’usage des écoliers ; la Noblesse [M. 673-684], les Gueux [M. 685-709] ; — de belles vues de Paris [M. 712-714] et de Nancy :1a Carrière [M. 621], le Parterre [M. 622], la Foire de Gondreville [M. 623]; — le Miracle de saint Mansuy [M. 141]; — le Grand rocher , pièce allégorique [M. 616] ; — enfin le magnifique portrait de Deruet [M. 505],

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