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LES MISÈRES DE LA GUERRE

représenter la prise de Nancy par les troupes royales. Il se refusa avec noblesse et simplicité « à rien faire contre l'honneur de son prince et de son pays ». Le Siège de Bréda,le Siège de Ré, le Siège de la Rochelle , avec leur exactitude topographique obligée, leur caractère officiel, sont des tours de force véritables. Callot y applique les connaissances exactes sans lesquelles l’entreprise eût été irréalisable, il conserve partout où elle peut s’appliquer, sa verve observatrice. Ce sont des chefs-d’œuvre, mais dans lesquels une part trop grande revient à la difficulté vaincue, et la pensée de l’artiste y reste étrangère.

C’est dans Nancy humiliée que Callot en 1633 dessina les pièces qui ont le plus contribué à sa gloire : les Misères de la guerre [M. 557-573]. Rien, dans son œuvre antérieur, ne le montrait capable de philosophie ou de sensibité. Mais le moyen de rester insensible devant les maux qui accablaient alors la Lorraine comme les provinces de l’Est. Ilne songe plus à rire des gentillesses des brigands. Sous la forme qui reste menue, nette et sèche, c’est avec émotion ou indignation qu’il raconte les paysanspillés et torturés, les couvents envahis, les campagnes dévastées. Et c’est avec une verve vengeresse qu’il énumère les supplices par lesquels sont châtiés les maraudeurs, pourchassés par la maréchaussée : pendus* abattus à coup de mousquets ou brûlés devant leurs camarades (fig. 75). Il a d’ailleurs exprimé son sentiment dans une pièce sinistre où il a ras" semblé tous les supplices alors en usage : seul frein des scélérats, écrit-il ( sappliciam sceleri frenummM. 665], et cela paraîtrait étroit et féroce* si l’on ne songeait aux atrocités commises en ce temps.

Callot songeait à retourner à Florence, et c’est peut-être sous l’impression de ce désir qu’il reprit, pour l’agrandir, et l’amplifier, une planche gravée cinq ans auparavant sur les bords de l’Arno, la Tentation de saint Antoine [M. 138 et 139]. La pièce est belle, dans l’encadrement fantastique que l’artiste lui a donné, elle serait moins célèbre si les diableries de Jérôme Bosch et de Breughel étaient plus connues. Pour le public elle représente à elle seule un genre dont, en réalité, elle n’est qu’une des multiples expressions.

Quand il acheva la Tentation , Callot était très malade et cette année même (1635), il mourait en pleine maturité, en pleine activité créatrice. Toute sa vie, il avait gravé des sujets religieux ; il leur avait consacré plus de loisirs dans les dernières années. Bien qu’il ait parfois, en ce genre, fait d’admirables choses, le Massacre des innocents -{M. 5] ou, surtout, le Martyre de saint Sébastien [M, 137] (fig. 76), son génie réaliste y

Fig. 76. — Callot. Le martyre de Saint-Sébastien. [M. 1B7.

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