‹ La gravureChapitre 114 sur 278 · ISRAËL SILVESTRE · texte numérisé non relu

ISRAËL SILVESTRE

quatrains moraux et plats qu’il s’est cru obligé de graver au-dessous du cadre orné dont il entoure soigneusement ses estampes. Contentons-nous d’admirer ces personnages si naturels, dans un décor si adroitement agencé, ces costumes, ces airs de fetes, ces tentures, ces meubles, ces objets qui caractérisent une époque (fig. 77). Il nous offre des documents non moins précieux, non moins vivants quand il nous montre les artisans à leur établi et l’aquafortiste en son atelier.

Désirons-nous, à présent, connaître les paysages, les places et les rues familiers aux gueux de Callot et aux bourgeois d’ Abraham Bosse ? L’œuvre d’Israël Silvestre épuisera, sans la fatiguer, notre curiosité i.

Israël Silvestre a eu le génie de la vie pittoresque : monuments, terrains, nature, personnages s’harmonisent pour lui en un tout unique. Sa précision pour fixer les monuments est aussi précieuse que remarquable. A une époque où le gothique était méprisé et inconnu, il en a vraiment le sentiment, soit dans les silhouettes de cathédrales (Notre-Dame de Paris), soit dans des détails d’architectures, fenêtres flamboyantes par exemple. Il décrit les paysages d’une façon sommaire et large, creuse avec sûreté les horizons et étend les points de vue. Quant aux personnages, il ne les introduit que pour animer les jardins et les places et ne leur donne qu’une vie extérieure. On peut analyser les costumes et les attitudes, mais on ne devine jamais chez ces héros minuscules ni passions ni sentiments.

Israël Silvestre a parcouru toute la France, notant les résidences royales ou princières, mais surtout sensible aux vues de villes ou de jardins (vues de Grenoble ). Il s’est complu aux parcs : Fontainebleau , les Tuileries , V aux-le-V icomte . Il a été particulièrement heureux analyste de Paris, et les bords de la Seine, Notre-Dame, le Pont-Neuf, le Louvre sont ses triomphes (fig. 78). Au contraire les vues d’Italie et particulièrement de Rome montrent combien il était mal préparé à traduire la majesté antique ; sa pointe y paraît grêle et son esprit mesquin. Seules, quelques vues de Yenise pourraient échappera cette condamnation.

La carrière de Silvestre s’est étendue sur deux périodes bien distinctes. Dans la première, autour de 1650, il grave à l’eau-forte de petites pièces d’une pointe très légère, fine, libre, spirituelle, peut-être sans imprévu. C’est sa meilleure époque. Vers 1670, entraîné par le mouvement con-

1 On veut qu’il ait été précédé par Claude Chatillon qui, aux conlins duxvi0 et du xvne siècle, dessina et grava des vues de monuments et de villes, d’une exactitude contestable et d’un intérêt artistique nul.

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