SIMON VOUET ET SON GROUPE
le cèdent en tout à celles de sa première manière. Des relevés d'architecture, des plans, des scènes de ballet (les Plaisirs de Vile Enchantée) complètent un oeuvre dont l'intérêt historique est inestimable et grande la valeur d'art h
Tandis que les dessinateurs tiraient de si riches ressources de la réalité, les peintres ne connaissaient qu'idéalisme pieux ou païen. Ils appelèrent le concours de la gravure, soit pour traduire leurs œuvres peintes, soit pour lui confier des conceptions originales. Les procédés dont leurs interprètes se servirent ou qu'ils utilisèrent eux-mêmes étaient empruntés, comme ceux de Callot ou de Silvestre, à l'Italie; de loin ou de près ils furent tous, pour la technique, les disciples du Guide. Ils usèrent, d'ailleurs, de la pointe avec liberté et l'on trouve ordinairement plus de vivacité, plus de vie spontanée dans leurs estampes que sur leurs toiles.
On sait que Simon Youet, avant de tomber dans l'oubli profond qui depuis l'a couvert, fut, jusque vers 1640, tenu pour le peintre le plus considérable de la France. Il ne grava lui-même que par exception, mais l'on s’empressa autour de lui de populariser ses compositions. Pierre Daret (1610-1680?) le traduisit d’un burin ennuyeux et fidèle ; les deux gendres de l'artiste, Michel Dorigny (1617-1666?) et François Tortebat (1626 P-1690) l'interprétèrent à l'eau-forte avec plus de bonheur. Dorigny, surtout, dont la pointe ferme était souvent dure, brutale, sans souplesse mais énergique et vivante, défend Youet contre la postérité.
La plupart des peintres, autour de Youet, tentèrent l'expérience de la pointe, les uns, sans s’y attarder : Eustache Le Sueur, dans sajeunesse, fit au moins une eau-forte selon la formule du moment, et Le Brun en signa sept. D'autres eurent plus de persévérance et laissèrent un œuvre plus considérable, tels Louis de Boulogne (1609-1674), Sébastien Bourdon (1616-1671)1 2 et Laurent de La Hyre (1606-1656). Tous, ils gravèrent à l'italienne et surtout des sujets de sainteté. Le plus intéressant comme graveur et le plus fécond est La Hyre dont la pointe est alerte et colorée et l’inspiration très variée3. Que saurions-nous de Mauperché (1602 ?-l 686) peintre, en son temps célèbre, qui fît pour Fontainebleau jusqu'à qua-
1 Parmi les émules de Silvestre, le meilleur est Gabriel Perelle, très fidèle observateur, mais fort médiocre artiste. Dominique Barrère, de Marseille, a gravé différentes vues de la mer (1646) avec froideur, mais non sans justesse.
2 Entre autres le Baptême de l’Eunuque [R. D. 30].
3 La Hyre a gravé, comme ses émules, des scènes religieuses Sainte Famille LR. D. 3], Saint Paul [R. D. 15], des épisodes mythologiques, de jolis amours [R- D. 19] et des paysages à la fois composés et libres [R. D. 29].
BRÉBIETTE
torze tableaux, s’il n’avait pratiqué beau-forte? Mauperché dont les compositions n’ofïrent pas un grand attrait, eut un métier original, sut faire jouer les lumières et donner aux horizons un extrême moelleux \ Ce goût pour les jeux de lumière que nous relevons chez Mauperché, on ne le soupçonnerait pas chez les Français de ce temps, à ne les juger que par leur peinture. Il apparaît, cependant, plus marqué encore chez un maître ignoré, Claude Vignon (1593 ?-1670), quia gravé, dès 1619, une
Fig. 79. — Brébiette. Les funérailles du satyre.
extraordinaire Adoration des Mages [R. D. 2] où il se révèle, par l’audace du dessin et l’outrance de l’effet, précurseur de Rembrandt2. L’imagination la plus capricieuse et la plus délicate sejoue dans l’œuvre d’un aquafortiste trop dédaigné, Pierre Brébiette (1598 ?-1650 ?), qui fait le plus grand honneur à l’art français. Brébiette a beaucoup et, sans doute, trop gravé. Comme tous ceux qu’emporte leur humeur, il est terriblement inégal et il serait facile de le condamner sur ses mauvaises pages. Ce serait se priver du plaisir des morceaux exquis. Lorsqu’il est inspiré, sa pointe légère, menue, qui couvre la planche de griffonnages insoucieux de correction, prend un accent rare. C’est un Saint Jérôme , un charmant Saint Nicolas ; ce sont d’extraordinaires’ Évangélistes, un étonnant Martyre de sainte Catherine . Les vertus et les vices, surtout les Vertus (1636) le mettent en verve. La
1 Regarder la Visitation [R. D. 17] et la Nativité [R. D. 18].
2 On regardera encore ses Miracles du Christ, esquisses théâtrales et familières, — des Martyrs dessinés avec une fougue remarquable [R. D. 23],. — le Sommeil des apôtres, 1620.
Vignon eut un élève, Pierre Le Maire, qui grava en 1637 les Aventures de Paris avec facilité et non sans grâce.
Il serait curieux de rechercher l’influence de Rembrandt sur les aquafortistes du xvne siècle. Le Saint Paul de La Hyre [R. D. 15] semble la marquer. Gochin l’ancien a copié plusieurs petites pièces de maître. Sébastien Leclerc l’a imité dans un saint Jacques pèlerin. De La Mare a fait un recueil de Différentes testes imitées de Rembrandt. Joseph Parrocel a été fortement influencé (voir p. 193, n° 1). — Gomme coïncidence curieuse, on notera un frontispice de Léonard Gaultier représentant une leçon d’anatomie et datée de 1628.