‹ La gravureChapitre 124 sur 278 · GÉRARD AU DR AN · texte numérisé non relu

GÉRARD AU DR AN

point nécessaire de les nommer. Iis forment tous une même famille et se recommandent par des mérites analogues. Leurs portraits sont souvent médiocres, parfois excellents, très rarement personnels.

VIII. — En même temps que portraitistes, Nanteuil et Edelinck furent d'excellents traducteurs. Ils secondèrent ainsi les vues de Le Brun, qui ne voyait dans la gravure qu'un procédé pour reproduire les chefs-d'œuvre des maîtres et ses compositions propres. Nous pouvons déplorer l’étroitesse de ces vues et leur influence durable. Il faut, du moins, reconnaître que ces traductions furent utiles et qu'elles sont demeurées remarquables. Sans comparer ceux qui les ont exécutées avec les artistes créateurs, il convient de reconnaître leur mérite. Le burin d'Edelinck quand il copie la Sainte Famille de Raphaël, les statues de Versailles ou les médailles frappées en l'honneur de Louis XIV, a une fermeté, une légèreté, une souplesse intelligente indéniables.

Sans répéter les éloges dithyrambiques que l’on a souvent adressés à Gérard Audran, tout en avouant même qu'à nos yeux une eau-forte originale a plus de prix que tout son œuvre, nous ne déprécions pas son talent. Gérard Audran (1640-1703) dans son chef-d’œuvre, les Batailles d' Alexandre (fig. 85) d’après Le Brun, comme dans le reste de sa production, a adopté une manière brève, expéditive qui demande une très grande habileté, un coup d’œil très juste. Il se soucie moins du détail que de l'impression totale : une préparation à l'eau-forte, des tailles espacées lui suffisent : l'estampe garde un aspect léger, les blancs y dominent. On dirait qu’il ne s'exagère pas l’importance de son intervention et qu'il s’efface devant ses modèles. On nous fera grâce de l’énumération des noms de ses émules et de ses élèves, qui furent très nombreux.

Bien que le xvne siècle ait publié beaucoup de livres illustrés et un plus grand nombre encore de livres avec frontispices, et bien que le dessin en ait été souvent demandé à d'illustres peintres1, l'illustration ne joue, en somme, qu’un rôle secondaire dans l’art du siècle. De semblables travaux ont été souvent bâclés par des artistes pressés de produire. En feuilletant un de ces œuvres volumineux et médiocres, on peut, tout au moins, se rendre compte des applications variées qu’un habile homme savait trouver de ses talents. Prenons par exemple François Chauveau (1620-1676). C’était un dessinateur fort habile, quelquefois excellent. Il

1 Le frontispice des Jardins de Rapin par François de Poilly, sur un dessin de Le Brun, est urie charmante pièce.

avait dessiné le célèbre Mazarin dans son cabinet que grava Nanteuil (1659). Mais, très à la mode, il ne sut pas résister aux commandes et gâta sa main. Accablé de travail, d'une imagination très facile, il gravait une partie de ses compositions et occupait pour les autres toute une armée

Fig. 83. — G. Audran. Entrée d’Alexandre à Babylone, d’après Le Brun. [R. D. 60] (fragment).

de burinistes. Il a illustré la Jérusalem délivrée , le Virgile de Marolles (1649), Alaric, le Grand, Gyrus , les Fables de La Fontaine, le Clovis de Desmarets, Y Histoire de France par tableaux , et de ces vignettes régulières, d’une exécution froide, il n’en est pas une qui fasse vraiment plaisir. Il a composé un grand nombre de frontispices pour les Œuvres de Molière par exemple (1666). Plus curieux sont les titres ornés, les

Page 1