‹ La gravureChapitre 123 sur 278 · G. EDELINCK · texte numérisé non relu

G. EDELINCK

table noblesse. Nanteuil est bien plus à son aise quand il s’agit d’un personnage tout en façade, d’un fils de famille comme l’abbé Jacques-Nicolas Colbert , comme le Dauphin lui-même.

On se lasse assez vite, quand on parcourt cette galerie d’une égale et monotone perfection ; il faut se souvenir de l’admiration qu’elle provoqua parmi les contemporains, des éloges prodigués par Boileau et y chercher, plus encore qu’une satisfaction esthétique, une leçon, très parlante, d’histoire.

Antoine Masson (1636-1700) dont le métier, très recherché, est moins personnel et moins sûr, dont le talent est inégal, a trouvé parfois des accents plus pénétrants que Nanteuil. Il a gravé tantôt sur ses propres dessins, tantôt d’après Mignard et nous citerons dans le premier groupe les portraits de Lefebore d’ Ormesson, de Lamoignon , dans le second, surtout celui d 'Anne d'Autriche où il a dépensé toute son habileté, qui était grande. François de Poilly (1622-1693), qui s’illustra dans le même temps, avait reçu les leçons de Pierre Daret et séjourné six à sept ans à Rome. Sa facture était moins affinée et plus forte1. Les portraits de Fabert, de Fermât, de Mazarin (1660) d’après Mignard et plus encore celui de Fouquct attestent l’influence qu’il eut sur le grand émule et successeur de Nanteuil, Gérard Edelinck (1640-1707).

Edelinck, à la différence des artistes précédents, n’a jamais dessiné lui-même les portraits qu’il gravait, il n’est donc qu’un interprète ou un praticien, mais c’est un praticien de génie. Sa main est d’une légèreté extraordinaire ; bien qu’il se serve du burin pur, il évite presque constamment l’éclat métallique et obtient parfois une douceur presque immatérielle. Il a une rare souplesse, accommode sa manière aux peintres qui le guident et, selon qu’il s’appuie sur Philippe de Champagne, sur Rigaud, sur Largillière ou sur Coypel, il se fait grave, solennel ou séduisant. Parfois il a le moelleux de Nanteuil, parfois il pousse son travail et rivalise par le burin avec la manière noire, désireux de montrer, sans doute, l’inutilité d’un procédé mécanique, ainsi dans le portrait de P. de Montarsis. Moins uniquement courtisan que Nanteuil, il l’emporte franchement sur lui par la fermeté de son travail et la pénétration de son esprit. Chez lui point de monotonie, nulle fadeur. Il regarde ses modèles à fond2

1 Poilly a été aussi un très habile traducteur : le Mariage mystique , d’après Mignard, la Nativité, d’après Le Guide, la Vierge au diadème , d’après Raphaël, sont des morceaux très sûrs.

2 Citons, presque au hasard, les portraits de Daniel Huet (1686), de Huyghens, de Parent, d’après Tortebat, de Le Brun , d’après Largillière, du musicien Mouton, d’après de Troy; le portrait de La Page, d'après Coypel, dans un décor allégorique délicieux.

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