JOHN SMITH
diacres, tantôt passables empruntées à l’Italie et aux Flandres et Isaac Beckett (1653-1719) montrait une fécondité presque égale, avec un souci plus élevé d’art. Enfin John Smith (1652-1742) fermait cette première période et donnait à la manière noire ses lettres de maîtrise.
John Smith tranche avec ses prédécesseurs d’une façon matérielle, parce qu’il renonce aux formats restreints employés couramment avant lui, pour s’élever à l’ampleur de l’in-folio; il diffère d’eux davantage par l’envergure de son talent. Ses copies d’après Baroche, Parmesan. Van Dyck, Titien ont un agrément, une vivacité, auparavant fort rares. Mais, et c’est là un point essentiel, tandis que de semblables travaux étaient les occupations ordinaires de ses prédéceseurs, John Smith se consacre surtout au portrait, et oriente ainsi la manière noire dans sa voie définitive.
Les portraits il les dessine parfois lui-même; il en fait de très fions sur des originaux de Schalken, ou de Peter Lely, mais il est excellent qüand il interprète Kneller dont il a été T élève, dont il reste l’ami, d’après lequel il grave plus de cent trente planches et qui a sur lui une action analogue à celle que Reynolds exercera sur la prochaine génération. Remarquables surtout les portraits d’hommes, parfois présentés à la française dans un encadrement ovale simulant un œil-de-bœuf, parfois, plus rarement, sur un fond de paysage. Le nom seul des modèles soutiendrait l’intérêt : tout ce que l’Angleterre a compté alors de célébrités est ici réuni : Pope, Locke, Newton, Lely, Kneller, Wren, parmi d’autres. John Smith porte, avec vaillance, le poids de ces grands noms. Ceux qui l’inspirent le mieux ne sont pas, au reste, les plus illustres. Les effigies de femmes sont plus inégales : il est moins soutenu par Kneller; son métier est quelquefois un peu triste, embarrassé. Mais il a aussi des pages légères gracieuses, excellentes, des inspirations délicieuses [Mrs Eleonore Copley ou Lady Copley) ; les portraits des duchesses de Grafton , de Malboroagh , de Saint- Albans de Lady Howard et de la comtesse d’Essex ouvrent dignement la galerie merveilleuse que nous allons bientôt visiter.
VL — Cette galerie dit le mérite des graveurs qui travaillèrent dans la seconde moitié du xvme siècle; elle proclame aussi la gloire et l’inffuence prépondérante de Reynolds. Reynolds a agi sur la manière noire comme Rubens avait agi sur les graveurs de son temps. Il n’a pas seulement fourni aux artistes d’admirables modèles ; il leur a inspiré la recherche des qualités séduisantes, le goût des effets faciles et larges, le