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PIRANESI

Tiepolo a, le plus ordinairement, gravé d’après les dessins de son père : il l’a fait avec une éloquence véhémente, parfois sauvage. Son frère Lorenzo (1736-après 1772) a, lui aussi, gravé parfois et avec la même verve intense.

Nous retrouvons le calme auprès d’Antoine Canal, le Canaletto (1697- 1768). On sait la vision précise, discrète, colorée de l’illustre chantre de Venise. Tel il apparaît dans ses eaux-fortes, un peu sec parfois dans sa manière, toujours large et calme d’impression. Vues où grouillent des foules minuscules, esquissées avec la rapidité que Callot et Silvestre ont connues, mais avec un sentiment nouveau de plein air, de tons chauds, de poésie; description de monuments illustres, palais des doges, procurâmes ; larges regards jetés sur des panoramas dont aucun détail ne retiendrait la vue, mais où tout se combine en un ensemble pittoresque ; la sensibilité de Canaletto s’arrête aux spectacles rares et s’intéresse aussi aux coins ignorés (fig. 127).

De cette délectation sobre et raffinée aux vertiges de Piranesi, il y a un abîme.

Depuis la Renaissance, tous les artistes, tous les esprits cultivés regardaient avec révérence, avec admiration les ruines antiques. Ils les considéraient comme des témoignages précieux du passé, ils exerçaient leur imagination à en deviner la splendeur première. Parfois un artiste sensible au pittoresque avait perçu l’heureux accord d’un édifice délabré avec les lignes d’un paysage. Mais s’éprendre de ces ruines pour elles-mêmes, les aimer parce qu’elles étaient mutilées et lépreuses, saisir la beauté des végétations parasites qui les rongent et les couronnent, rêver dans l’indécision de leur forme, le colossal et le monstrueux, ce fut le privilège de Gio Baptista Piranesi (1707-1778).

Cet architecte érudit qui dissertait sur les problèmes de l’archéologie classique, cet homme d’action qui collaborait à l’œuvre de Winckelmann et pesait sur le goût de ses contemporains, en leur proposant des modèles de cheminées à la grecque ou à l’égyptienne, subissait, en présence des monuments romains, un charme magique, était pris de véritable hallucination. Devant lui les colonnades brisées, les arcades décomposées des aqueducs, les voûtes trouées des temples et des thermes, les murailles écroulées, les enceintes éventrées envahissaient l’espace, usurpaient sur l’horizon. Les pierres usées revêtaient une grandeur formidable» La pointe outrancière, impatiente, avec une largeur inouïe, un usage admirable des noirs profonds, traduisait ces visions héroïques.

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