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LES PRÉCURSEURS

1. Caractères généraux de la période contemporaine. — 11. La Révolution française et la gravure. — 111. Goya. — IV. Initiateurs anglais : Gillray, Rowlandson, Blake.

I. — La Révolution française, qui a bouleversé le monde, a agi sur la gravure comme sur toute chose. Cette action n'a été ni directe, ni subite : aucune forme d'expression nouvelle n’est immédiatement apparue, et les graveurs de la période révolutionnaire ont dû s’exprimer avec le langage usuel sous l’ancien régime. Cette action n’a pas, d’ailleurs, été destructrice : aucun procédé ancien n’a disparu. L’évolution s’est faite, progressive et profonde; elle a suivi le mouvement de reconstruction de la société contemporaine : les bouleversements politiques et sociaux, la diffusion des notions intellectuelles, le développement rapide des sciences et leur application à la vie économique, tout ce qui a, depuis un siècle influé sur notre existence matérielle et morale a eu sur la gravure son contre-coup.

La gravure avait été protégée par les grands seigneurs et par les rois. Tous les gouvernements contemporains, quelle que soit leur forme, lui on conservé la même faveur. Elle profite de l’appui accordé à tous le s beaux arts et justifie le zèle des princes, parce que dispensatrice de popularité.

La noblesse ruinée, amoindrie ou disparue, a compté moins de mécènes, mais les successeurs des financiers du xviii6 siècle se sont multipliés. Ceux que le commerce, l’industrie, la banque ont enrichis, dépensent facilement la fortune facilement ou rapidement conquise; leurs goûts, comme le sentiment public, les improvisent collectionneurs. Jamais tant

l’estampe a l’époque contemporaine

d’argent n’a été consacré aux productions de l’art: jamais l’estampe de luxe n’a trouvé milieu plus favorable. L’estampe ne serait d’ailleurs pas menacée, si ses acheteurs millionnaires venaient à disparaître, parce qu’elle se trouverait en présence de collectivités chez lesquelles se développent chaque jour davantage le sentiment et le besoin de l’art. L’extension progressive dans tous les états du globe de l’instruction publique, crée dans les classes moyennes un besoin de beauté auquel les estampes répondent de la façon la plus apte. Les masses populaires désirent, à leur tour, des images ; la propagande religieuse, politique, économique s’exerce, par l’image, auprès d’elles, et les placards populaires mêmes dépouillent peu à peu leur grossièreté. Le journal à un sou est illustré, ainsi que la publication de luxe. La vertu éducatrice de l’image est reconnue chaque jour davantage : l image orne le livre de l’écolier, elle décorera bientôt le mur de la classe. 11 n’est pas dans les États civilisés actuels d’individu qui ne concoure de quelque façon à l’existence de la gravure; cette participation universelle devient, sous nos yeux, de .plus en plus -effective.

Les sources d’inspiration se sont, en même temps, multipliées. La foi religieuse s’est généralement affaiblie, mais les périodes de proscription religieuse ont été exceptionnelles, les pratiques pieuses continuent à être observées, il y a des convictions profondes, exaltées même ; des graveurs en ont donné l’exemple. L’imagerie religieuse continue à fournir un commerce actif et la pensée religieuse, traditionnelle ou rajeunie, continue à se manifester en œuvres remarquables. D’autres convictions, d’autres exaltations s’expriment en formes plastiques ou en symboles, et la gravure ne se dérobe à traduire aucun idéal. La diffusion du sens historique permet au graveur original, comme à tous les artistes, de chercher des thèmes dans les siècles écoulés, de plus elle laisse au graveur de reproduction le choix de ses modèles dans toutes les périodes de l’art. La vie présente ne fut jamais si complexe, si passionnée. Mille choses nous intéressent autour de nous et notre regard se porte aussi aux extrémités de la terre. Chaque minute fait surgir des motifs nouveaux pour le peintre de mœurs ou le curieux de pittoresque. L’artiste, de plus, n’est pas uniquement un spectateur : citoyen, il peut intervenir dans la lutte politique, dans les crises morales. Maniée par des esprits combatifs et puissants, la satire dessinée que l’on nomme, faute d’un terme plus précis, caricature, a donné des pages de génie.

Pour répondre à tant d’objets divers, la gravure ne devait abandonner

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