LES GRAVEURS ET LA RÉVOLUTION
accrue dans son fond et dans ses formes. Les artistes se sont multipliés, et comme les disciplines se sont trouvées de moins en moins pesantes, les moindres parcelles d’originalité se sont manifestées. Telles sont les conditions générales dans lesquelles s’est développée et se développe la gravure dans la période contemporaine.
II. — La Révolution fut saluée avec enthousiasme par quelques graveurs et servie par le plus grand nombre d’entre eux. Après la destruction de l’Académie, la Société populaire et républicaine des arts fut fondée surla proposition de Sergent, et Bervic en fit partie.
Les graveurs partagèrent donc les passions qu'ils essayèrent de traduire, mais quelle que fût leur ardeur, ils ne surent pas trouver pour s’exprimer un langage adéquat. Lorsqu’on parcourt l'histoire figurée de la Révolution, dans les volumes de la collection Hennin1 par exemple, on est frappé de l’écart entre la richesse, le sublime ou l’horreur de ce qu’ils voulurent dire et la façon médiocre dont ils l’ont dit. Que Moreau le jeune emploie pour célébrer Y Ouverture des États Généraux le style dont il avait illustré le Sacre de Louis XVI, il en résultera quelque froideur, mais la convenance est certaine. La dissonance commence à paraître lorsque Sergent use de l’aquatinte en couleurs pour noter l’agitation populaire : les groupements sont spirituels, mais grêles, l’impression est trop jolie (fîg. 130). Le contre-sens est au comble dans l’estampe où Descourtis, pour glorifier un émule de Bara et de Yiala, le Jeune Derudder, garde la langue correcte, élégante et froide qu’il employait à traduire Sehall (fig. 131).
Duplessis-Berteaux (1747-1818) s’était, avant 1789, fait une spécialité des types militaires; les scènes qu’il a dessinées et gravées à l’eau-forte pour les Tableaux historiques de la Révolution , qu’elles soient de dimension grande ou petite, indiquent un artiste habile à grouper des milliers de petits personnages, à agencer une scène. En vain lui demanderait-on quelque furia ; et pourtant Duplessis-Bertaux, membre du club des Cordeliers, était un ardent révolutionnaire.
Il y a pis : le point illé cher aux Anglais vient d’être importé en France et c’est par ce procédé mou et mièvre que l’on popularise le portrait des conventionnels ou les journées sanglantes ; bien mieux, on se sert du
1 Le chevalier Hennin (1777-1863) avait recueilli, au jour le jour, des estampes relatives à l’histoire de France et aux événements de son temps ; il légua au cabinet des Estampescette collection qui forme en 14807 numéros le plus précieux commentaire à l'histoire, de 481 à 1831.
Fig. 132. — J. Leroy. La déclaration des Droits de l’homme (très réduit)
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304 l'allégorie révolutionnaire
pointillé en couleurs, avec les chairs en rose. D'aucuns conservent, avec leurs routines de dessin, le bagage suranné de leurs allégories décoratives. Incapables de se débarrasser de leurs élégances acquises, ils enguirlandent la Déclaration des droits de l’homme de fleurs et d'amours (fig. 132) ; ils représentent Y Amour sans cidotte !
C'est pourtant par l'allégorie, l'allégorie inspirée des souvenirs antiques et conçue selon le style de David, que l'art s'est Je mieux mis au
Fig. 133. — Choffard. Insigne des membres de la Commune des Arts, d’après Moreau le jeune.
ton de la Révolution. La Liberté 9 la Loi, YÉgalité, figurées par des femmes drapées à la romaine, les attributs qui précisent leur signification, le niveau , le bonnet phrygien , les faisceaux , la cocarde (lig. 133) sont pour nous des images mortes et froides. Elles avaient une réalité intense, majestueuse ou terrible, à l’heure où elles furent traitées parle crayon de Boizot, de Cochin, de Marillier ou de Moitte.
Les en-têtes de papiers officiels, dessinés par Naigeon ou Gatteaux, gravés par Tardieu ou Roger, ont une remarquable convenance et devancent dignement les chefs-d'œuvre que Prudhon a signés. Les brevets de civisme ou de garde nationale fournissent d'ingénieuses compositions. Les assignats sont gravés par Tardieu. La Fédération, la Mort
l’alléoorie révolutionnaire
de Mirabeau , la Lutte contre l’Europe se traduisent immédiatement pour leurs contemporains en allégories.
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Si Ton veut chercher dans les estampes révolutionnaires quelque ciiose de cette véhémence qu’y porterait un dessinateur de nos jours, ce
Les trois ordres (placard anonyme)