L IMAGERIE POPULAIRE
LA CARICATURE
n’est pas aux artistes qualifiés, enchaînés par leurs traditions et leurs habitudes esthétiques, qu’il faut nous adresser. Quelques eaux-fortes apparaissent, de dimensions exceptionnelles, d’un aspect fruste, poussé au noir, l’époque de Louis XV les eût proscrites; le peintre Hennequin en a signé quelques-unes et, bien que ce soient encore des allégories, elles ont une chaleur, une outrance indéniables. Pour faire des images plus fortes on se sert parfois de la manière noire.
L’imagerie populaire intéresse au plus haut degré l’historien ; elle permet de suivre les fluctuations de l’opinion, de doser, à chaque instant, les passions. Quand elle ne se contente pas de contrefaire les estampes plus soignées, elle témoigne souvent d’une grande ingéniosité. La composition est très claire, la légende qui l’accompagne, typique. Particulièrement heureuse, l’intention des images consacrées à associer ou à opposer les trois ordres (fig. 134). Malheureusement, du point de vue esthétique, ces placards méritent moins d’éloges. Pauvrement gravés au trait, ils sont colorés d’une façon plus plate encore. Une main débile a trahi les intentions de l’artiste.
Un regret plus vif encore s’attache à la caricature. Une grande pièce ingénieuse, le Convoi du noble seigneur des abus (chez Sergent, avril 1789), inaugurait de la façon la plus digne la satire politique. Elle semblait annoncer un essor qui ne s’est pas produit. Bénigne, les premiers jours, la caricature, dès la prise de la Bastille, s’est montrée inexorable, féroce. Elle ne pouvait guère avoir un autre esprit, mais elle aurait dû s’exprimer par d’autres moyens. Des menaces et des injures, des plaisanteries ordurières sont ses allures ordinaires. Quand elle y renonce, c’est pour se perdre en laborieuses allégories. Elle s’élève rarement au-dessus de l’imagerie la plus indigente. Dans la période de tourmente, il ne s’est pas trouvé un seul artiste pour donner à la caricature un caractère d’art véritable. C’est seulement après la Terreur, sous le Directoire, que s’est produit l’avènement non plus, il est vrai, de la satire politique, mais de la satire des moeurs, avec les Incroyables et les Merveilleuses de Carie Vernet gravés par Darcis.
Enfin, un effort remarquable a été fait dans la gravure sur bois pour rénover les cartes à jouer. Les compositions de Dugourc ont assez de style pour avoir été souvent attribuées à David (fig. 135).
En résumé, la Révolution n’a pas reçu de la gravure le concours et l’éclat immédiats que les sculpteurs et les peintres lui ont donnés. Il est équitable d’ajouter qu’elle a placé les artistes en présence de problèmes
Fig. 135. — Dugourc. Cartes à jouer révolutionnaires.