JULES JACQUEMART
haute aliure : Marie-Louise de Taxis d’après Yan Dyck (1898) ou ['Homme à Fépèe d’après Franz Hais. Un maître du tempérament le plus souple, Boilvin (1845-1899) capable de traduire les Bibliophiles de Fortuny, a rendu la pensée alambiquée d’un Burne-Jones ( Vespertina Quies). Et c’est un élève de Waltner, Eug. Gaujean (1850-1900), dont la pointe précise, serrée, sévère, a tracé la Vierge aux raisins d’après Gérard-David, la Vierge du chanoine Paele de Yan Eyck, la Flora de Burne-Jones, avec une sûreté que l’on croyait réservée au burin. Les travaux de Jazinski (1862-1901), de M. Lamotte mériteraient d’analogues remarques.
Parmi ces noms une place d’honneur doit être réservée àM. Bracquemond. Le grand artiste dont nous analyserons tout à l’heure l’œuvre original est un interprète hors ligne : Boissy d' Anglas au 1er Prairial d’après Delacroix, la Rixe (1886) d’après Meissonier suffiront à rappeler sa maîtrise et sa souplesse.
Quelques graveurs se sont spécialisés. Maxime Lalanne (1827-1886) paysagiste lui-même, avait surtout traduit des paysages, et c’est en ce genre que s’est faite la réputation de M. Th. Chauvel (1831) dont la pointe hardie, sûre et décisive a surtout servi Corot. Dans un genre où il n’avait pas été précédé, Jules Jacquemart (1837-1880), pour la reproduction des objets d’art et de curiosité, avait conquis, dès ses premières œuvres, une réputation exceptionnelle. On fut surpris de la fidélité avec laquelle il rendait non seulement les formes, mais les matières, les patines ; on fut surtout étonné de l'intensité d’art qu’il joignait à tant de précision (fig. 145). Les planches qui accompagnaient Y Histoire de la porcelaine (1862), les Armes de la collection Nieuwerkerke (1869), surtout les Gemmes et joyaux de la Couronne (1868) édités par Barbet de Jouy, constituent un ensemble unique. Jacquemart, qui fit d’excellentes reproductions de tableaux et dont le Bourgmestre de Leyde et sa femme [Gonse, 283] d’après Yan der Meer suffirait à sauvegarder la mémoire, conserve la primauté dans le genre qu’il inaugura. Les travaux distingués de Buhot, d’Ed. Lièvre, soulignent cette supériorité. Seul Henri Guérard, par sa sympathie compréhensive pour les œuvres d’extrême-Orient qu’il interpréta, se soutient près de lui.
De nos jours enfin, des essais s’accomplissent pour la reproduction en couleurs. La chromolithographie a donné au moins une œuvre de premier ordre, le portrait de Sarah Bernhardt d’après Bastien Lepage. Gaujean et Lalauze ont gravé à l’eau-forte à plusieurs planches. On édite des planches à l’êau-forte coloriées à la poupée dont le succès dépasse le
CONCLUSION
mérite intrinsèque. Enfin, en 1908, M. Coppier, avec le Condottiere d’Antonello de Messine gravé à trois planches repérées, a repris avec autorité la technique de Le Blond.
La gravure de reproduction, surtout sous la forme d’eau-forte, a subi depuis vingt ans une crise provoquée par le progrès des procédés mécaniques. Cette crise, nous le montrerons dans un prochain chapitre, n'est pas essentielle : des signes nombreux en annoncent, dès à présent,
la fin.
BIBLIOGRAPHIE
Les ouvrages généraux indiqués dans la bibliographie générale.
1. — A. Vitalis. Vie et œuvre de B. Roger , in-8°, Montpellier, 1900.
IL — Galichon. P. A. Tardieu. Gazette des Beaux-Arts, 1863.
Gustave Planche. Le vœu de Louis XIII de M. Calamatta d'après M. Ingres. Revue des Deux Mondes, 1838.
Georges Sand. La Vierge à la chaise de Raphaël, gravure de M. Calamatta. Revue des Deux Mondes, 1863.
Charles Blanc. Calamatta. Gazette des Beaux-Arts, 1869.