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TENDANCES DIVERSES DE L EAU-FORTE

Cette poursuite de l’effet intense devait amener à une technique d’une extrême souplesse. L’artiste multiplie et varie les morsures, associe l’aiguille, le burin, la pointe sèche, la roulette, introduit l’aquatinte. Dans cette recherche nul n’est allé plus loin que M. Waltner, dont les estampes, avant d’obtenir un succès populaire, ont arrêté les artistes par leur virtuosité extraordinaire, leur liberté et leur nouveauté de facture.

Contre ces planches prestigieuses, fortement saucées une réaction était inévitable. On reprocha à des artistes secondaires, d’escamoter les difficultés, de trop escompter le concours de l’imprimeur. On s’était insurgé contre les burins froids, on protesta contre les eaux-fortes sales.

Dès le début, quelques artistes distingués ou timides avaient surtout demandé à l’eau-forte des effets élégants ou mièvres. Ils désiraient une sorte de convenance extérieure, on dirait mondaine. Ils furent surtout appréciés comme illustrateurs.

Un effort plus important a été tenté : d’aucuns se sont avisés de traiter l’eau-forte avec sévérité et n’ont demandé que des effets patiemment voulus à un art habitué aux hasards heureux. Leur pointe a pris les scrupules et presque la lenteur du burin et, comme le burin, de son côté, s’est affranchi des tailles régulières, il devient parfois impossible, aujourd’hui, de distinguer, par leur aspect esthétique, la taille et la morsure. Au reste, le buriniste use d’une préparation à l’eau-forte, l’aquafortiste termine souvent au burin. Les deux domaines se confondent à leur limite1. En rapprochant le Vieux Rabbin de Waltner d’après Rembrandt, telle eauforte de Lalauze, et la Vierge aux raisins de Gaujean, on se rendrait un compte exact des trois tendances divergentes auxquelles ces pièces répondent.

Peu de graveurs ont marché constamment dans une voie unique ; la divergence des modèles a conduit nécessairement à des divergences d’exécution. L’œuvre de Waltner même offre plus d’une page sévère, et il est, semble-t-il, impossible de répartir les aquafortistes traducteurs en catégories rigoureuses.

Notre embarras est grand en présence de ces hommes de talent, trop nombreux pour être tous nommés et parmi lesquels il est dangereux et prématuré de tenter un classement. Comment choisir sans injustice et comment aussi discerner parmi des milliers d’œuvres, celles que la postérité retiendra comme dominantes vraiment et caractéristiques?

1 Lire, à cc sujet, les piquantes réflexions de M. Béraldi dans Les graveurs clu XIXe siècle. IV, p. 51 note.

M. WALTNER

Entre ceux qui visèrent surtout à l’accent, à la vigueur faut-il préférer Courtry, M. Lefort, Le Rat ou Rajon? Courtry (1846-1897) dont la pointe véhémente dédaignait le fini, obtint des succès populaires : Milton aveugle dictant à ses filles (1878) et Les Relevailles (1881), d'après Munkaczy, Y État-major autrichien devant Marceau (1877) d’après J. -P. Laurens. Des pages moins ambitieuses : la Fontaine, d’après Henner (1880), le Guitariste d’après Manet, un Lion d’après Barye marquent mieux l’outrance de sa manière.

Le Rat (1849-1892) fin, nerveux, rendit dignement le Doge Lorédan de Jean Bellin, Y Homme à la fenêtre de Meissonier (1888) et interpréta avec sûreté Fromentin. Rajon (1840-1888), élève, ainsi que les précédents, de Léon Gaucherel, traducteur de Meissonier ou de Gérôme, se recommanderait par une seule œuvre : le Car dînai Newman, d’après Ouless (1881).

Auprès d’eux, parmi les morts d’hier ou parmi ceux qui sont en pleine activité, Champollion (1848-1901), MM. Coppier, Géry-Bichard, A. Gilbert (f 1899), Greux, Lionel-Lecouteux, Mongin, Monziès, Mordant, Vion, bien d’autres encore, ont signé ou signent des pages excellentes auxquelles le passé ne saurait rien opposer. Nous avons dit la position typique qu’a prise Waltner, au terme d’une tendance (fig. 144). Des succès énormes, le Christ devant Pilate (1882) , la Cène d’après M. Dagnan-Bouveret (1897) ont donné à son nom une notoriété exceptionnelle. Depuis le jour où il signait en 1876, la Comtesse de Barck d’après Henri Régnault, il a multiplié les pages prestigieuses, étincelantes, parmi lesquelles on hésite à choisir, Sarah Bernhardt (1879) d’après Bastien-Lepage, ou Bégina (1888), d’après Henner (1888) ; fort inégal d’ailleurs, capable d’accidents malheureux. Son élève M. Koepping (1848), Allemand et retourné depuis à Berlin, s’est assimilé la science de son maître; d’un métier très savoureux, très raffiné, très léger et très fort il a traduit Rembrandt (Saskia à sa toilette ), les Syndics (1887), Franz Hais, Gainsborough ou Munkaczy.

Après avoir interprété les scènes bretonnes ou révolutionnaires de Leleux, Ed. Hédouin (1820-1889) eut, peut-être, un trop vif souci de l’élégance et de la grâce, et le talent fin et souple de Lafauze (1838-1906) ne sut pas toujours se garder de l’afféterie.

Aucun des maîtres que nous venons de citer ne s’est, à aucun moment, contenté de travaux hâtifs ou incomplets, mais le plus souvent la conscience de l’interprétation s’est dissimulée, chez eux, sous la séduction de l’effet. D’autres artistes ont montré une sévérité plus apparente. Un graveur un peu froid, tel M. Laguillermie, a signé des pages de

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