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GÉRICAULT

Lasteyrie, Engelmann, Delpech fondent en 1816 des imprimeries lithographiques. Bientôt ils suscitent des émules, Motte, Lemercier, Gihaut, etc. ; ils expérimentent les procédés les plus divers ; tentent même la chromolithographie à plusieurs planches. Imprimeurs à la fois et éditeurs, ils imaginent, à l’imitation des keepsakes anglais, de mettre en vente des albums, et ces albums, publiés annuellement, ont un succès inimaginable. La vogue, le fait est remarquable, précède les œuvres qui vont la soutenir et la justifier.

C'est Guérin qui donna les premières pages dignes de compter : le Paresseux , le Vigilant , Y Amour au repos (1816), trois pièces d’un dessin élégant, d’une grâce presque prudhonienne, et tenues dans une tonalité grise et nacrée. Girodet s’essaya en passant (1818) ; Ingres donna une odalisque (1825).

L’avenir de la lithographie n’était pas de ce côté; elle n’avait rien à gagner à demeurer exsangue, et le crayon gras, sur la pierre, visait vainement à la pureté absolue de la ligne.

Des croquis un peu lâchés de Gros (1817), des fantaisies grêles et sans autorité de Carie Yernet et d’Horace Vernetne laissaient pas davantage soupçonner les ressources réelles de la lithographie. Géricault (1791-1824), le premier, avec une remarquable puissance, montra ce qu’il fallait attendre du procédé nouveau. Il se servit du crayon, de la plume, du lavis , il a parfois marié la plume et le crayon, il a imprimé sur papier à deux teintes. Curieux des nouveautés, il a dessiné sur le papier préparé, que Senefelder, lui-même voulait substituer à la pierre, à cause de sa légèreté, et auquel on a renoncé très vite, parce qu’il donnait des tirages médiocres. Il est admirable surtout quand il use de la méthode la plus simple et se contente du crayon.

Son instinct de large notation, son goût pour la netteté et la force se donnent libre cours. Le trait s’écrase avec sûreté, les ombres massées poussent le relief. La lithographie s’affirme comme un moyen libre et complet d’expression peu favorable aux virtuoses de la ligne, mais savoureuse, avec ses noirs caressants et énergiques, ses passages de lumière et ses beaux blancs.

Géricault a surtout lithographié des chevaux (fig. 146) ; il y était entraîné par un goût passionné et les éditeurs l’encourageaient dans un genre qui jouissait de la faveur du public. Il a représenté des chevaux de course, des chevaux de trait surtout, des bêtes fortes, des percherons. Il a, avec le soin d’un homme de sport, caractérisé les formes des

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