‹ La gravureChapitre 23 sur 278 · PARMESAN · texte numérisé non relu

PARMESAN

Historiquement, avec le Parmesan, l'eau-forte reprit en Italie le rôle auquel le burin, depuis Marc-Antoine, s’était dérobé; elle réintégra la gravure de peintre, la gravure originale. Elle revêtit d’ailleurs un caractère particulier, caractère qu’elle devait conserver longtemps. Parmesan lui confia des dessins rapides, des griffonnages primesautiers qu'il traçait avec une désinvolture géniale ; il ne se soucia ni de puissance, ni d’effet. L’eau-forte italienne, réseau ou trame de traits légers et souples qui effleurent à peine le papier, s'oppose ainsi à l’art intense que pratiqua Rembrandt.

L'œuvre du Parmesan est des plus restreints. Il compte environ quinze pièces, mais ce sont des pièces rares, d’une invention délicate, d’un charme exquis et direct. Corps féminins palpitant sous des draperies ténues, groupes librement esquissés; on y surprend un sens intime, sensuel et fin, de la forme. Peu de ferveur dans les pièces religieuses, mais une intelligence profondément humaine. L 'Annonciation [B. 2], la Vierge à V enfant [B. 4],. Sainte Thaïs toute prud’honnienne [B. 10] (fig. 17), le délicieux Berger 12] dont le chien est indiqué avec une probité et une maîtrise rares : il y a dans ces feuilles une fraîcheur que les siècles n’ont pas fanée, pour l'art, une acquisition précieuse.

Un disciple de Parmesan, Meldolla, le Schiavone (1522-1582), s'il n’eut pas, au même degré, le sentiment délicat des formes, rivalisa avec lui par la légèreté de la pointe, la vivacité du métier. Dans son œuvre nombreux, certaines pièces ont la douceur d’un dessin légèrement ombré; d'autres, où la planche a été à peine égratignée, ont une sympathique hardiesse, telles la Fuite en Égypte [B. 9], ou ce Prophète lisant [B. 83] si menu et si neuf. Parfois même, dans le Mariage de sainte Catherine [B. 56], on a l'impression de la lumière, qui irradie et spiritualise toute chose. Meldolla s'est hasardé à transcrire des tableaux de Raphaël, et le burin n’aurait pas rendu d’une façon plus complète la Pêche miraculeuse [B. 20], ou Hélioclore chassé du temple [B. 67], que ne le font ces rapides interprétations.

Ces exemples inspirèrent le Guide (1575-1642) . Ceux que glace la correction emphatique et fade de l’illustre bolonais feuilletteront avec surprise et sympathie son œuvre gravé ; ils y verront des copies libres de ses propres tableaux ou de ceux des Carrache, copies dans lesquelles ces cadavres sont un peu galvanisés, mais surtout des conceptions originales et librement rendues. Plus d’un visiteur du Cabinet des Estampes, admire Y Enfant Jésus et saint Jean [B. 13] qu’on y voit exposé et est bien éloigné

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