LE GUIDE ET CANTARINI
d’en deviner l’auteur. Le Guide, enfin, s’est servi de l’eau-forte pour un album de modèles de dessin, yeux, nez, têtes, mentons ; procédé péda-
gogique détestable, dont on connaît la fâcheuse fortune et auquel la gravure a donné un concours qu’on ne saurait trop regretter.
Un disciple du Guide, Simone Cantarini (1612-1648) mania comme
Fig. 18. — S. Cantarini. L’Enlèvement d’Europe. [B. 30. l| (réduit).
l/EAU-FORTE AU XVIIe SIÈCLE
son maître Feau-forte et le fit avec délicatesse et originalité. Ses estampes donnent cette impression de spontanéité, de fraîcheur, si rare dans la peinture de ce temps. Il renouvelle les sujets traditionnels, Adam et Eve [B. 1], Repos en Egypte [B. 2], reprend les sujets mythologiques un instant abandonnés au moment delà lutte contre la Réforme, mais tolérés comme inoffensifs, et dont les graveurs vont tirer désormais des fantaisies charmantes. Il anime d’une verve facile X Enlèvement d' Europe [B. 30] (fig. 18):,. Mercure et Argus TB. 31] ou l’allégorie de la Fortune [B. 34].
Cependant, autour du Guide et de Cantarini, l’eau-forte devient de pratique courante au xvne siècle. Par sa rapidité elle convient à l’impatience générale, au goût des brillantes improvisations. Tandis que le burin prend un caractère banal, commercial, tombe au-dessous du niveau de Fart véritable, elle garde l’étincelle sacrée. Elle préserve du dédain total une période qu’accable aujourd’hui un profond discrédit.
Guerchin (1590-1666) ne signe que deux estampes. Saint Antoine de Padoue et Saint Jean-Baptiste, mais elles sont remarquables. Lanfranc (1580-1647) s’efforce, en collaboration avec Badalochi, de traduire les Stanze de Raphaël et grave ses propres compositions dénuées de correction et de vigueur. Maratta (1625-1713) trace quelques scènes religieuses d’une grâce molle. Ces trois maîtres continuent à manier Feauforte comme Fa fait le Guide, c’est-à-dire sans aucun souci d’effet propre au procédé, avec le seul désir de fixer un croquis. Leurs estampes ont l’aspect de dessins à la plume. Et c’est encore de cette façon que procède Giulio Carpioni (1611-1674) pour exprimer une pensée dans laquelle des tendances naturalistes se mêlent aux directions traditionnelles.
A Florence, Feau-forte sert à Canta Gallina pour conserver le souvenir des fêtes publiques et des inventions de l’ingénieur-architecte Giulio Parigi. Callot, nous le verrons plus tard, est associé à des travaux semblables ; il suit l’exemple de Canta Gallina et d’un autre graveur, Tempesta (1555-1630), artiste médiocre et fécond, auteur d’une suite de martyrs et illustrateur du Tasse. Plus tard, quand son génie s’est affirmé, il agit à son tour sur ceux-là mêmes qui Font formé et rencontre à Florence un excellent disciple : Stefano délia Bella, connu en France sous le nom d’Etienne de la Belle.
La Belle (1610-1664) a dans sa facture peu d’originalité; souvent il n’est que le clair-de-lune de Callot, dans la suite il s’inspire aussi de Rembrandt. Mais c’est un esprit délicat, animant d’une verve charmante
Castiglione. Bacchanale. [B. 17].