BEWICK. — LES BOIS ROMANTIQUES
parurent, elles étonnèrent par leur perfection relative. Un dernier progrès, l'usage systématisé du bois debout (les fibres perpendiculaires à la surface de la planche) augmenta singulièrement la résistance de la matière et acheva révolution. J1 fut désormais possible de demander au bois une précision, une souplesse et une finesse dont il avait, pendant des siècles, paru incapable.
Thompson, appelé par Didot en 1817, importa en France la méthode nouvelle. D'autres praticiens anglais le suivirent. Us rencontrèrent bientôt des émules français, ainsi Brevière qui, en 1815, avait gravé une marque pour un imprimeur de Rouen. Dès la Restauration furent publiés des livres avec gravures sur bois, et Thompson travailla successivement à un Rabelais (1820), un La Fontaine (1826), un Béranger (1827).
Le bois cependant n’apparaissait encore que comme un procédé économique et imparfait pour remplacer le cuivre, lorsqu'en 1829 Tony Johannot fît entailler par Porret une vignette pour le journal La Mode. Cette image où la fantaisie du dessinateur avait été très intelligemment interprétée par des tailles sommaires et des oppositions très simples de noir et de blanc, témoignait la valeur artistique du bois et ouvrait au romantisme un champ nouveau (fig. .162). F histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux , de Charles Nodier, publiée en 1830 par Delangle avec cinquante vignettes de Tony Johannot et de Porret, affirma cette brillante alliance. Ce volume édité avec un soin remarquable tranchait par son aspect seul avec la tradition du livre illustré. A l'habitude constante des figures hors texte, habitude nécessitée par le cuivre ou la lithographie qui ne se prêtent pas au tirage typographique, se substituait une illustration incorporée intimement dans la page imprimée. Changement aisé, puisque le bois se tirait en même temps que le texte, changement extrêmement heureux, puisqu’il fait de l'image le commentaire immédiat des développements écrits.
IJ histoire du roi de Bohême était un ouvrage de luxe ; il se vendit d'ailleurs très mal et ruina son éditeur. Il suggéra la possibilité d’entreprises à grand tirage et à bon marché. De là le lancement en 1833 du Magasin Pittoresque. Le bois servit ainsi à vulgariser l'image. En 1835 le Gil Blas, illustré par Jean Gigoux avec une profusion et une verve inouïes, eut un succès énorme. Plus audacieux que Johannot, Gigoux avait agrandi souvent le format de la vignette, il n'avait pas craint d'entasser des foules dans des culs-de-lampe minuscules. Il fut d'ailleurs servi par une armée de praticiens anglais et français qui rivalisaient de finesse.