‹ La gravureChapitre 239 sur 278 · MEISSONIER · texte numérisé non relu

MEISSONIER

Horace Yernet le Napoléon de Laurent de T Ardèche (1839). Daubigny, depuis 1842, travaille pour les éditeurs. Deux noms dominent : ceux de Raffet et de Meissonier. Raffet et Meissonier, traduits par Lavoignat, produisent d’incomparables chefs-d’œuvre. C'est, par Raffet, le Napoléon de Norvins (1839), l’admirable Journal de l’Expédition des Portes de Fer (1844) ; par Meissonier, qui a déjà donné en 18381a Chamnière indienne , Lazarille de Tormès (1846) et les Contes Rémois de M. de Chévigné (1858). L’enthousiasme qu’inspirent les compositions savantes et spirituelles de Meissonier, les raccourcis épiques de Raffet, doit s’étendre aussi à leur interprète. Il est impossible d’être plus scrupuleux ou plus sobre. On n’imaginerait pas que le bois pût se prêter à cette finesse (üg. 163).

III . — L’art du bois semblait arrivé à son apogée; il n’était qu’au terme d’une première évolution. Jusqu’alors les praticiens s’étaient avant tout proposé, en taillant le bois, de 'dégager les traits d’un dessin. Ils essayaient de conserver la sensation du dessin même, ou, selon un mot consacré, taillaient en fac-similé. Cependant il leur était arrivé parfois, en présence d’un dessin trop compliqué ou incomplet, d’être obligés à une interprétation. A mesure qu'ils devinrent plus habiles, ils eurent plus de tendance à s’enrichir d’effets nouveaux et à traduire par des équivalents ce qu’ils ne pouvaient directement rendre. Enfin ils s’enhardirent à copier des compositions qui n’avaient pas été dessinées à leur usage, à interpréter des tableaux peints. A la taille en fac-similé, se substitua la taille en teinte ou d’interprétation. L'Histoire des peintres de toutes les écoles , de Charles Blanc, marqua cette évolution (1849-1876). Gustave Doré comme dessinateur, Héliodore Pisan (1822-1890) comme praticien, affirmèrent l’attitude nouvelle. Gustave Doré dessinait au pinceau, les formes surgissaient, dans son imagination, irradiées de lumière ou enveloppées de ténèbres profondes ; épiques ou bouffonnes, les fantasmagories qu’il improvisait se définissaient mal par des contours et vivaient par leurs masses. Il proposa aux imagiers des dessins que l’on eût à peine essayé jadis de traduire par des camaïeux. Les praticiens acceptèrent la gageure; Rabelais (1854), le Juif Errant (1856), les Contes Drolatiques de Balzac (1856), Y Enfer de Dante (1861) (fig. 164), Don Quichotte (1863), la Rible (1865), montrèrent par leur succès retentissant qu’aux yeux du public, ils avaient réussi. L’art de Lavoignat fut tué.

Héliodore Pisan, les artistes qui se groupèrent autour de lui, ceux

Page 1