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LE LIVRE CONTEMPORAIN

(l'intransigeant. En affirmant avec M. Bracquemond la prééminence du bois dans l'illustration, les praticiens qui ont collaboré à Y Image , Tony Beltrand, Clément Bellanger, MM. Dauvergne, Florian, Rulfe, etc., et M. Lépère lui-même, n’ont affiché aucune formule exclusive. C'est dans ce même et large esprit que sont conçues les illustrations des livres édités chez Pelletan.

Le bois détrône l’eau-forte, mais ne la supprime pas. La lithographie renouvelée affirme, à son tour, des droits, et Fantin-Latour marque une date en illustrant successivement les livres d'A. Jullien sur Richard Wagner (1886), sur Hector Berlioz (1888) et les Poésies d ’ André Chénier .

La couleur impose sa séduction. M. Alexandre Lunois décore de lithographies en couleurs Carmen en 1901. M. Maurice Denis commente de camaïeux délicats la Vitci nuova (1907 jmZadig a été illustré par Félicien Rops à l'eau-forte en couleurs à plusieurs planches ; les aquarelles de M. Carlos Schwabe pour Les fleurs du mal ont été reproduites par le même système. Autre fait plus important. Les procédés mécaniques n'ont pas seulement donné à l’illustration du livre usuel, manuel de classes, livre scientifique, ouvrage de vulgarisation, une extension inouïe, ils n'ont pas seulement rendu possible l'illustration du journal quotidien : leur valeur esthétique s’est imposée. Les revues d'art, la Gazette des Beaux-Arts , la Reçue de Y Art ancien et moderne (fondée en 1898) réclament leur concours. U Art et les artistes (fondé en 1905), les Arts (fondés en 1902), les revues d'art décoratif en font un usage exclusif ou presque exclusif. Les journaux humoristiques, illustrés en noir ou en couleurs, le Courrier frangeas, le Rire, etc., ne connaissent pas d’autre auxiliaire. Des éditeurs emploient la machine pour des publications de grand luxe. C'est par des procédés mécaniques que sont imprimées les aquarelles lavées pour la Bible par James Tissot et les compositions de M. Grasset pour Les Quatre fils A y mon ( 1883). Les bibliophiles ne redoutent plus l’intrusion de la machine, persuadés qu'elle peut être un instrument docile, sous la direction d’un artiste.

Enfin le goût des beaux livres, auquel se mêle parfois une arrière-pensée de spéculation, s'est singulièrement développé. Une série de Sociétés se sont instituées : Sociétés de propagation des livres d’art , du Livre moderne , du Livre contemporain, Bibliophiles français, Cent bibliophiles. Amis des livres à Paris, Société normande du livre illustré. Société des amis des livres de Lyon , etc. Toutes se proposent pour objet l’impression d'ouvrages édités sans préoccupation commerciale, avec la seule recherche

CONCLUSION

de la perfection typographique. Les ouvrages publiés par ces Sociétés, tirés à un nombre très restreint d'exemplaires, dont le plus souvent aucun n’est mis dans le commerce, ne peuvent avoir d’influence directe sur le goût public, mais ils contribuent indirectement à l'orienter. L'émulation des bibliophiles provoque d’autre part des efforts d'ingéniosité qui menaceraient de ruine rapide un commerçant. On veut que chaque ouvrage nouveau ait un aspect inédit. De là des tentatives imprévues : ainsi la Loïe Fuller de M. Roger Marx enrichie de gypsographies dans le texte par M. Pierre Roche1 (1904). De toutes ces expériences sortira, nous l’espérons du moins, une formule susceptible de relever l'illustration courante. Déjà des tentatives heureuses ont été faites en ce sens.

Nulle époque, sans doute, n’a publié autant de livres illustrés que la nôtre ; aucune n'en a publié de pires, aucune n'en a vu apparaître de plus variés ni de plus beaux.

BIBLIOGRAPHIE

Les ouvrages généraux indiqués dans la Bibliographie générale.

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