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CHAPITRE V

I. Besoins nouveaux. — II. La science appliquée à la gravure. — 111. Les procédés mécaniques. Caractères essentiels. Héliogravure. — IV. Craintes vaines. Définition des domaines. — V. Valeur d'art des procédés mécaniques.

I. — L'invention de la gravure, nous l’avons vu au début de ce livre, procéda surtout d’un besoin social. Sous l'influence de la Renaissance, les hommes s'éveillèrent plus nombreux à la vie intellectuelle et morale ; ils désirèrent des images : les procédés techniques surgirent alors.

Un phénomène analogue s'est produit depuis la fin du xvme siècle. La Révolution et le mouvement immense qu’elle a provoqué à travers le monde ont appelé et appellent progressivement tous nos contemporains à l'humanité véritable. Le nombre de ceux qui réclament des images s'est ainsi indéfiniment accru. D’autre part, la fièvre de notre existence actuelle nous amène à exiger des représentations figurées des objets, des événements et des hommes auxquels s'attache la curiosité du moment. Pour l'estampe comme pour le livre, nous voulons de l'actualité. Enfin cette orientation scientifique qui nous dirige de plus en plus, non seulement dans la science proprement dite, mais dans l'histoire, dans les œuvres d'imagination même, nous conduit à réclamer des images d'une fidélité, d'une précision absolues et qui soient, avant tout, des documents. En résumé, pour le journal, pour le livre d'instruction et d’érudition, il nous faut des images en nombre infini, d’un prix très accessible, produites très rapidement et d'innombrables documents figurés.

Devant cette situation nouvelle, les graveurs, avec leurs procédés traditionnels, se sont trouvés débordés, ainsi que l'avaient été, par rapport à leurs contemporains, les miniaturistes du xive siècle, et, de même qu'à cette époque, des découvertes ingénieuses avaient permis de rétablir

l’aciérage. LA PHOTOGRAPHIE

l'équilibre, de même, près de nous, la science a ouvert une phase nouvelle dans la production et la diffusion de l'image.

II. — Cette activité a tout d'abord élargi le champ d'action de la gravure proprement dite : la lithographie, nous l'avons vu, a été inventée. Plus tard, l'usage des papiers de report en a rendu la pratique plus aisée ; on a parfois substitué le zinc à la pierre lithographique, sans que le travail de l'artiste ou l'aspect de l'image en fussent modifiés. Les clichés sur cuivre recouverts, par l'opération d'aciérage, d'une pellicule protectrice d’un métal résistant, qui n'altère pas les travaux les plus délicats \ se prêtent à des tirages presque sans limites. Pour faciliter et rendre plus rapide la mise en place de son dessin sur le cuivre, plus d'un graveur de reproduction se sert d'une épreuve photographique1 2. Mais, malgré ces secours, la gravure reste insuffisante, et la science lui a ajouté comme succédanés les procédés mécaniques.

III. — La photographie produit une image et en multiplie les épreuves-, sans le concours ni d’un dessinateur, ni d'un graveur. Vers le milieu du xixe siècle, on voulut imprimer, par une méthode semblable, des dessins originaux. Dans le procédé Guvelier, on recouvrait une feuille de verre d'une couche de noir d'imprimerie sur laquelle on tamisait du blanc de céruse. L'artiste dessinait avec une pointe sur cet enduit, que son travail enlevait et la plaque servait à donner des épreuves comme un cliché photographique ordinaire. Malgré l'exemple de Corot qui fit un très grand nombre de ces clichés sur verre, l’usage en a été très rapidement abandonné.

L'ingéniosité s'est surtout appliquée à obtenir, sans l'intermédiaire d'un graveur, des planches véritables, planches en relief susceptibles d'impressions typographiques, comme la gravure sur bois, planches en creux analogues aux eaux-fortes, ou aux burins.

Les essais remontent au début du xix° siècle. En l'an XIII Duplat obtenait un prix d'encouragement pour des clichés en relief sur pierre. En 1840 Tissier parvint à des résultats intéressants. C'est surtout depuis

1 L’aciérage a été tenté, pour la première fois, sur la planche de la Joconde de Calamatta. Beraldi, Les graveurs du XIX0 siecle, IV, p. 57.

2 Vers 1786 Chrétien (1754-1811) avait imaginé un appareil, application ingénieuse du pantographe, qu’il app lait le physiono trace, et grâce auquel il obtenait rapidement, avec une exactitude mécanique, les traits d’un portrait qu’il gravait ensuite. Exploité par Chrétien et par Quénédey, le physionotrace jouit d’une grande vogue, jusqu’au jour où il fut délaissé pour le portrait lithographié, puis pour la photographie.

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