LA SIMILI-GRAVURE
la deuxième partie du xixe siècle que les expériences se sont multipliées. Le nombre des procédés expérimentés, employés avec succès, abandonnés parce que relativement coûteux ou lents, repris avec des modifications successives, est extrêmement considérable, et s'augmente tous les jours. Cette multiplicité nous oblige à renvoyer le lecteur à des traités spéciaux. D’ailleurs, l'examen minutieux de ces techniques intéresse plus le praticien ou le chimiste que l’amateur.
Plusieurs procédés sont en partie secrets, tous comportent des tours de main que l’on ne saurait exposer et dont dépend, dans une large mesure, la réussite de l’entreprise. Il suffira, — pour comprendre ce que l’on en peut attendre, J — de les ramener à leurs types essentiels.
Une première classe de procédés donne des clichés en relief. Un dessin ou une épreuve photographique étant reportés sur une plaque de métal, particulièrement de zinc, on transforme ce dessin en cliché par deux systèmes diamétralement opposés. Ou bien on nourrit l’encre du dessin avec des poussières ou des dépôts métalliques, de façon à lui donner un relief convenable, — ou bien, et c’est là la technique presque universellement adoptée aujourd’hui, on attaque la plaque de zinc par un acide et l’on escompte l’immunité relative conférée par l’encre aux parties de métal qu’elle recouvre. Par des manipulations très délicates et complexes, le cliché en relief se dégage.
L’emploi du zinc, l’invention d’une technique pratique appartiennent à Gillot, dont les brevets datent de 1850 et, qui depuis lors, a présidé à la plupart des perfectionnements. Le « gillotage » a fait la fortune de l’illustration mécanique et est resté le mode typique d’illustration du livre, de la revue, du journal à bon marché.
Tout d’abord on ne put reproduire que des dessins au trait : les lignes venaient très distinctement, mais les modelés, ombres légères ou noirs profonds, donnaient uniformément des placards noirs. Le champ d’application du procédé se trouvait ainsi très restreint. Pour rendre les ombres, on a ensuite imaginé de décomposer les taches de l’original en un pointillé qui retient plus ou moins l’encre. Pour obtenir ce pointillé, on photographie les originaux, en interposant une trame d’un réseau plus ou moins serré, dite grille américaine . Sur l’épreuve, le pointillé n’est pas visible sans le secours d’une loupe ; mais l’image prend forcément un aspect flou. Les deux systèmes : au trait et en fac-similé sont employés concurremment, selon les besoins. Tous deux ont été utilisés dans ce livre. Les ligures 1, 3, 17, etc., sont au trait , les figures 4, 11, 20, etc., en fac-similé.
HELIOGRAVURE.
PHOTOTYPIE
Une seconde classe de procédés fournit des clichés en creux. Ces procédés dérivent plus ou moins directement de la photographie, et les noms sous lesquels ils sont connus : hélioglyptie, héliotypie, héliographie et héliogravure, rappellent cette intervention nécessaire du soleil. Il s'appuient tous sur un même phénomène scientifique : certaines substances impressionnées pau la lumière solaire acquièrent des propriétés nouvelles : elles cessent, par exemple, d'être solubles dans l'eau. Nicéphore Niepce avait fait, dès 1815, cette observation pour le bitume de Judée. On l'a renouvelée plus tard pour la gélatine mélangée de chromate de potasse. Ceci connu, supposons qu'une plaque de cuivre recouverte de gélatine chromatée soit soumise à la lumière à travers un cliché photographique, comme une feuille de papier sensible ordinaire. Rentré dans le laboratoire, à la lumière rouge, si on lave la plaque à l'eau pure, la gélatine non impressionnée se dissoudra; le dessin qui a été protégé contre la lumière disparaîtra donc seul. La plaque ressemblera, à ce moment, à la planche de cuivre vernie que l’aquafortiste a découverte avec sa pointe, et l'on obtiendra, en la faisant mordre par un acide, un résultat analogue à celui qu'obtient un aquafortiste. Tel est le principe, en somme fort simple, qui préside aux opérations, dans la pratique, très minutieuses et très complexes par lesquelles on obtient une héliogravure.
Une troisième classe de procédés est enfin formée par la phototypie. La phototypie, inventée par Poitevin, est l'impression directe, aux encres grasses, d’un cliché photographique. Une épreuve positive obtenue sur gélatine bichromatée est susceptible, par un traitement convenable, d'acquérir un relief léger suffisant pour accrocher l'encre et permettre un tirage analogue à celui d'une lithographie. Ce procédé, délicat et coûteux, d'un résultat hasardeux, donne, quand il réussit, des documents d'une fidélité extrême.
Il est le seul qui ne comporte pas de retouches. Tous les autres procédés ne demandent pas seulement à être conduits par des praticiens habiles; les clichés obtenus sont toujours imparfaits par quelque côté, ils ont besoin d’être mis au point. Le retoucheur intervient avec le burin, la pointe sèche, la roulette, etc., et son travail a une importance capitale.
Tous les procédés mécaniques peuvent servir à obtenir des images en couleurs : soit avec un seul cliché, par le coloriage à la poupée, ou par l’emploi d'un patron ou pochoir, soit par l’emploi de plusieurs planches. C'est Gillot qui, en 1878, a fait les premiers essais typochromiques, en
reproduisant des aquarelles de Grasset pour le Petit Nab publié par Baschet. En 1883, il est arrivé à une rare perfection d'exécution dans les Quatre fils Aymon illustrés également par Grasset.
L'étude des combinaisons des couleurs spectrales et la possibilité d'obtenir des épreuves successives d'un même objet par des plaques sensibles uniquement l'une au rouge, l'autre au jaune, la troisième au bleu, a conduit au procédé de la trichromie ou des trois couleurs. Trois clichés encrés avec des encres très fluides donnent par superposition une gamme extrêmement étendue.
On conçoit que les clichés en relief, les héliogravures et la phototypie participent des mérites spécifiques qui se sont toujours attachés à la gravure en relief, à la gravure en creux et à la lithographie, qu'ils aient chacun leurs mérites et leurs limites, partant des applications distinctes.
IV. — L'apparition de ces procédés, leur développement très rapide, leur succès ont provoqué des alarmes et des doléances qui renouvellent les plaintes des miniaturistes dépossédés au xve siècle. On a dit et répété que la photographie tuerait tous les arts du dessin, que la gravure mécanique ferait disparaître la gravure. Si ces prophéties étaient véritables, le rôle de l’historien se réduirait à en constater la réalisation ; les doléances, les regrets ne sauraient prévaloir contre les faits. Mais, assez d'années se sont déjà écoulées depuis le jour où se sont produites ces manifestations redoutables, pour qu’il soit permis de les envisager avec sang-froid et pour qu’il soit possible d'affirmer que ce progrès, loin de menacer la cause de l’art, ne peut qu’être favorable à son extension.
Les procédés mécaniques s'exercent souvent dans des domaines où le graveur n'est pas supplanté, puisqu’il ne saurait y rivaliser avec eux. Sans procédés mécaniques, il faudrait renoncer absolument à illustrer les journaux quodidiens. Sans procédés mécaniques, aucun graveur ne saurait donner des documents archéologiques ou scientifiques d'une exactitude indiscutable. La machine seule a permis d'illustrer abondamment les livres pédagogiques ou de vulgarisation. Ce livre, consacré à la gravure, doit à la machine ses images nombreuses et fidèles.
Dans bien des cas, d'autre part, où le graveur s'est vu évincé par la machine, il est impossible de regretter son éviction. ïi n'est pas nécessaire qu'un artiste consacre son effort à préparer une carte postale illustrée, la reproduction d'un tableau médiocre, l’illustration d’un fait divers. En se substituant au graveur en ce point, la machine répond à la grande