RIBERA
les scènes religieuses, jouant avec des thèmes macabres {les médailles de la mort), observateur avisé qui pressent dans les ruines de Rome la poésie qui inspirera Piranese. Près de lui Pietro Testa (1611 650) se
perd en des pièces religieuses ou mythologiques ambitieuses et médiocres.
Voici, à présent, des artistes auxquels l’exemple de Rembrandt ou leur tempérament propre suggèrent un maniement plus hardi, plus varié de la pointe.
A Gènes, Castiglione (1616-1670) s’excerce dans le goût du maître hollandais, sur le thème de la Résurrection de Lazare (1645), mais il sait aussi se libérer et d’une fougue personnelle incorrecte, avec un vif sentiment naturaliste il trace l’allégorie de Y Etude ou des Bacchanales d’une jolie intention païenne et d’une facture alerte (fig. 19).
Au sud de l’Italie, après Caravage (1569-1609) qui a ébauché sur le cuivre un saisissant Reniement de saint Pierre, Rome (1603), avant Luc a Giordano (1632-1705) qui gravera d’inconsistantes et parfois spécieuses improvisations, Salvator Rosa (1615-1670) déploie à Naples dans l’eauforte sa fantaisie inégale, grandiloquente et romantique, signe des pièces mythologiques, des scènes où il présente à grand fracas les philosophes grecs, un Jason [B. 18] d’une belle furia. Dans une suite de Caprices , il s’amuse à dessiner d’un trait un peu sec des personnages, surtout des soldats dont l’équipement singulier ou les attitudes le touchent plus que les sentiments.
Ribera (1588-1656)domine ce groupe napolitain. Espagnol de naissance et certes aussi de tempérament, il doit être étudié ici pour avoir vécu presque toute sa vie en Italie et surtout pour avoir, comme graveur,, emprunté aux Italiens ses procédés d’expression. Puissant, véhément, concentré, il porte dans la gravure son tempérament âpre et ce besoin de vérité qui garde aux conceptions artistiques une actualité éternelle. Le Martyre de saint Barthélemy [B. 4], Saint Jérôme en prière [B. 6], sont présentés avec une exaltation sauvage; mais la pensée de l’artiste se repose en une fantaisie païenne, Silène (1628) [B. 13], pleine de sève et d’intelligence antique. Une pièce capitale domine son œuvre : le Poète [B. 10], figure d’une intensité inouïe où il a su exprimer l'inspiration surhumaine du génie (fig. 20). La dernière planche gravée par Ribera est un remarquable portrait de Don Juan (P Autriche (1648).
Tandis que les aquafortistes affirmaient la rivalité persistante do l’Italie, un artiste archéologue, P. Santo Bartoli (1637-1700), avec le double concours de l’eau-forte et du burin, reproduisait les vestiges an-