ITALIE. CONCLUSION
D. Egusquiza a interprété sur cuivre les légendes wagnériennes ; M. Ricard o Baroj a trace de puissantes scènes populaires.
L'Italie enfin a eu dans la première partie du xixe siècle une école brillante de burinistes. Nous avons déjà nommé, après Rapb. Morghen, ceux d’entre eux qui passèrent les Alpes : Calamatta, dont l’importance fut européenne, et Mercuri. D’autres demeurèrent sur le sol natal, tels Longhi (1766-1831) et P. Toschi (1788-1854) qui vécut à Parme et se consacra principalement à traduire Corrège. Dans la seconde partie du siècle, des artistes agréables ou séduisants ont pratiqué l’eau-forte originale avec une souplesse, un éclat, une furia, des qualités spécieuses et par malheur superficielles, Got. Ségantini, üls du peintre génial de l’Engadine, reprend sur le cuivre quelques-uns des thèmes paternels.
Arrivés au terme de ce livre, nous prions le lecteur ami de ne pas réclamer de nous une conclusion. 11 faut, pour conclure, s’appuyer sur des faits scientifiquement établis, et le souci de conduire notre enquête jusqu’à l’heure présente nous a manifestement fait dépasser la période des faits contrôlés et classés. On conclut sur un cycle achevé et l’avenir seul reconnaîtra si nous nous trouvons aujourd’hui au début, à l’apogée, au déclin, ou à la fin d’une évolution.
Nous ne nous permettrons donc que quelques réflexions brèves. La gravure, à son apparition, a été une technique mise au service de l’activité humaine. A ce point de vue, elle a été sans cesse s’enrichissant, et nulle époque n’a été plus ingénieuse que la nôtre. Aucun des procédés valables des siècles passés n’est abandonné sans retour, nous usons à l’heure actuelle de modes d’expression très variés, dont le nombre s’accroîtra sans aucun doute, parmi les progrès quotidiens de toutes les sciences.
La gravure, dès son origine, a donné à l’artiste des moyens nouveaux de développer sa pensée. Elle a sollicité l’inspiration, encouragé les peintres à livrer jusqu’aux intentions du génie. Par ses mérites, elle convient éminemment à notre temps épris du métier savoureux, et curieux, plus que ne le fut aucun autre, de pénétrer dans l’intimité de la pensée créatrice.
La gravure, d’un autre côté, fut toujours un moyen de diffusion des œuvres d’art et un instrument d’éducation esthétique. A ce but non plus elle ne cesse de répondre, et son rôle se développe à mesure que deviennent plus nombreux ceux qui vivent d’une existence totale.
La gravure, a, enfin, à côté de son caractère artistique et en deîiors de ce caractère meme, un rôle social. Dès son apparition, elle a secondé les curiosités scientifiques, tout aussi bien que les passions nationales ou religieuses. A mesure que l’existence sociale se fait plus raffinée ou plus complexe, il se crée pour elle de nouvelles applications.
Certaines formes de la gravure peuvent donc subir des crises, perdre leur prééminence, se voir réduites à végéter temporairement, mais la gravure elle-même répond à trop de nécessités pour qu’il soit possible de révoquer en doute sa vitalité. S’il n’était pas imprudent d’engager l’avenir, nous formulerions même l’espoir d’enricbissements esthétiques prochains. Les civilisations anciennes, nouvelles, ou rénovées qui viennent d’être conquises pour l’estampe, ont d’abord subi l’influence prépondérante des maîtres qui les avaient instruites. Leur personnalité transparaîtra quelque jour; les États-Unis, l’Europe orientale et septentrionale ne demeureront pas longtemps les clients des capitales actuelles de l’art. La gravure se développera en Australie, dans l’Amérique du Sud, dans l’Afrique même. Sous les formes que nous lui avons données, elle ira en Asie rejoindre les techniques précieuses de cet Extrême-Orient où a fleuri un art magnifique, art dont l’étude demeurait en dehors de ce livre, mais dont nul ne saurait méconnaître la beauté intrinsèque et les indications fécondes.
La gravure est étroitement associée à la civilisation même et le moment serait inopportun de se lamenter sur elle, lorsque tant de signes lui préparent, en regard de ce qu’elle a été, un magnifique et large épanouissement.
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