CHAPITRE III
LA GRAVURE EN ALLEMAGNE AUX XV' ET XVIe SIÈCLES
I. Le cuivre au xve siècle. Le maître E. S. Martin Schongauer. — IL Le bois au xve siècle. Wohlgemuth. — III. Le xvie siècle. Albert Dürer. — IV. Les illustrateurs de Maximilien. — V. Holbein. — VL Contemporains de Durer : Baldung Grün, Altdorfer, Lucas Cranach. — VIL Les petits maîtres. Progrès de l’eauforte. — VIII. Débuts de la décadence.
I. — En Allemagne, la gravure avait à peine dépassé cette période obscure de gestation dont les manifestations mal connues n’intéressent jusqu’à ce jour que les érudits, lorsque, dans la deuxième moitié du xve siècle, elle prit un essor splendide et s’éleva en quelques années à un parfait épanouissement. Cette poussée magnifique s’explique en partie par le caractère populaire de l’art nouveau. L’Allemagne, plus encore que l’Italie, avait besoin d’images de piété, et elle en fit une consommation plus considérable que sa voisine ; les orfèvres et les artisans allemands demandaient aux artistes de leur fournir des modèles, les désœuvrés des jeux de cartes. Mais, avant tout, il se trouva que l’imagination germanique rencontrait dans la gravure l’instrument d’expression le plus conforme à son génie.
Les Allemands avaient à un faibJe degré le sens de la beauté plastique qui se déploie dans la sculpture; ils n’étaient pas assez extérieurs pour entendre parfaitement les harmonies colorées. Ni peintres nés, ni sculpteurs, la gravure leur permit sans détour, sans contrainte, de manifester tout ce qu’ils voulaient dire. Aussi la place de la gravure dans l’histoire de l’art allemand est-elle plus considérable que dans n’importe quel autre pays : on pourrait assurer qu’elle y est prépondérante : la plupart des peintres allemands ont gravé ; Albert Dürer, Holbein furent des graveurs plus encore que des peintres ; du moins c’est à leurs estampes que ces maîtres ont dû, hors de l’Allemagne, leur célébrité, et c’est par ce