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LE MAITRE E. S. DE 14G

côté que le génie allemand, si difficilement intelligible, s’est le mieux communiqué.

Les premières pages gravées sur cuivre qui s’offrent à nous ont un caractère énigmatique et nous rendent plus sensible notre ignorance des débuts véritables. Près de la Passion de 1446, dont nous avons déjà parlé, le maître des Jeux de cartes , qui appartient certainement à la première partie du xve siècle1, se présente, non seulement avec un joli talent, un sens très fin de la grâce dans les draperies et dans les types, mais aussi en possession d’un métier léger, élégant, timide sans doute et restreint, mais très sûr de lui-même.

Le maître aux banderoles, ou de 1464, est un ouvrier moins expérimenté ; il doit une originalité tranchée aux banderoles qui flottent autour de ses personnages et à l’aspect grisâtre de ses estampes. Une Descente de croix qu’il agravée présente unecomposition identique au tableau de Roger van der Weyden que l’on voit au Prado à Madrid. Il est fort probable, sans qu’on puisse F affirmer, que c’est le tableau qui a dicté l’estampe. Bien souvent des gravures quenous croyons originales ont été inspirées par despeintures disparues ou mal connues et, par là, peut s’expliquer le contraste entre une ordonnance savante et une exécution rudimentaire.

Tout de suite, avec le Maître E. S. de 1466, nous sommes en présence d’un grand artiste. Son nom nous est inconnu, mais sa personnalité est forte, et dans son œuvre nombreux, — cari! fut fécond — se dessinent déjà les traits dont se caractérisera la figure générale des graveursgermaniques.

Son métier est timide, mais on y sent un effort de variété : tailles parallèles, piquées, pointillés, une sûreté naïve et délicate, une probité et une attention dont ses successeurs ne se départiront pas. Ici, l’artiste -sera tout d’abord un excellent ouvrier. 11 éprouve à conduire les lignes, à les briser, à les courber, à faire jouer les rinceaux et les entrelacs un plaisir spécial, une joie graphique. Il les varie comme des arabesques; véritable calligraphe qui s’amuse aux caprices des formes, avant de se soucier de leur signification.

Il compose un alphabet et, pour former les lettres, il associe de la façon la plus bizarre des personnages, des animaux, des fleurs; telle lettre représente un tournoi [B. 101] ; telle autre, saint Georges ; un troisième, saint Christophe [B. 105]. Cette imagination tourmentée paraît sereposer

1 On trouve dans des manuscrits de 1446, 1448, 1454, des miniatures qu'il a inspirées.

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