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LE MAITRE E. S. DE

sonnage ou sur un groupe. S'il offre à notre admiration la Vierge sur le croissant lunaire [B. 33], il détaille les fleurettes du champ sur lequel elle apparaît ; il ne nous fait pas grâce des broderies de la robe dont les bourreaux ont dépouillé saint Sébastien [B. 77]. Presque jamais le cadre n’est effacé, ni subordonné : il faut qu'il décrive le jardin où la Vierge trône parmi huit saintes [P. 150], celui où sainte Catherine et sainte Marguerite entourent la divine mère [P. 148], le palais où la Sibylle annonce à Auguste IaNativité [B. 8], celui où Salomon rendla justice [B. 7]. Son œuvre la plus connue, Marie d'Einsilden [B. 35] présente l’intérieur d’une cathédrale gothique, une tribune d’architecture riche, de multiples personnages au costume compliqué. De tout cela, au reste, rien n'est frivole, car partout apparaît la bonne foi.

Le Maître de 1466 est gêné par son inexpérience, par le caractère des sujets sacrés où il est presque cantonné, mais le sentiment de la réalité perce sous toutes ces contraintes. Ses personnages ont peu de beauté, mais ils ont du caractère, il les voit près de lui : il nous présente avec bonhomie des Apôtres qui portentbésicles [B. 55] et ont l’air de braves gens méditatifs et fatigués. Déjà apparaissent ces gueux qui vont occuper dans l'art, allemand une si large place : ils viennent à l'étable de Bethléem [B. 13]. Ils regardent la Sibylle et Auguste. Les animaux, les oiseaux, les fleurs sont portraiturés avec minutie et donnent un intérêt particulier au jeu de cartes qu'il a composé, dont les figures sontélégantes et spirituelles. Parfois se devine l'amour de la vie matérielle, parfois même de la grossièreté. Enfin, ce qui donne à cet art tout son prix, c’est qu’il associe à la vérité de l’observation la profondeur du sentiment. Les yeux qui s’ouvrent grands sur le monde ne troublent pas l’âme dans sa méditation. Les scènes de piété sont vraiment religieuses, elles sont mystiques, humaines et candides. Rien de plus délicieux, de plus ingénu que l’estampe où le maître nous montre l’enfant Jésus baigné par une servante, tandis que la Vierge assise poursuit une lecture commencée [B. 85] (fig. 21). Nulle contrainte dans cette jolie page. Le Maître de 1466 n'est un primitif que par comparaison : on sent qu'il vivait en un temps de floraison artistique et l'embarras, qu’il manifeste souvent, tient presque uniquement à la nouveauté du langage qu'il a adopté.

L'influence du maître E. S. de 1466 fut énorme. Les Allemands prétendent la retrouver jusqu’en Italie chez Baccio Baldini. D'une façon plus certaine, il fut immédiatementen Allemagne imité de toutes parts ; peut-être groupe-t-on dans son œuvre des pièces de ses meilleurs émules.

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