LE CHEVALIER ET LA MORT
[B. 42], J a Vierge à V oiseau (1503) [B. 34] Sont, précisément, celles où ce sentiment s’est le mieux manifesté. Dans le drame de la Passion, ce qui le tom che surtout, c’est la persécution contre le juste : rien de plus profond que l’amertume du regard du Christ mené devant Caïplie [B. 6] dont la satisfaction pharisaïque est, aussi, merveilleusement rendue. La piété de Dürer n’est pas seulement attestée par les développements populaires qu’il a tracés sur bois des livres saints et que nous retrouverons tout à l’heure, elle s’affirme par tant de pages graves consacrées à la Vierge, aux saints, à Saint Georges , à Saint Jérôme, comme h Saint Antoine et Saint Eus tache . Mais l’artiste, qui accepte les légendes avec une fraîcheur enfantine, a en meme temps une conscience réfléchie et raffinée. Il sait le prix de la méditation appuyée sur l’étude et il célèbre la dignité et la paix du travail de l’esprit. Saint Jérôme dans sa cellide (1514) [B. 60] s’absorbe dans les joies de l’in tellectu alité pure ; seul le crucifix sur la table affirme que la raison ne s’écarte pas de la foi, et les sièges préparés pour des amis ou des disciples attestent que cette raison n’est ni hautaine, ni égoïste. Dans cette chambre spacieuse, confortable, où un Italien — tel Carpaccio — aurait réclamé un peu d’élégance et d’art, se préparent les forces qui conduiront le monde. Ces forces ne sont pas aveugles ; du moins Dürer, dans la pièce que nous appelons la Grande Fortune [B. 77] et qu’il avait, lui, dénommée la Némésis, affirme sa foi dans la. Justice sereine et réfléchie qui plane sur les vallées et les collines où s’agitent les hommes.
Ici la pensée a pris une élévation singulière : la voici qui s’entoure de replis et devient presque inaccessible. Sans doute, Ko n a essayé d’interpréter le Chevalier et la Mort [B. 98] (fig. 25) et la Mélanclolie [B. 74] (fig. 26), les deux plus hautes expressions du génie de Dürer. LJne division psychologique courante classait alors les hommes entre quatre divers tempéraments. Dürer avait adopté ce système et il en a donné une illustration célèbre dans les Quatre Apôtres du musée de Munich, qui furent son testament de peintre. Il est vraisemblable qu’il aura songé à traduire aussi par le burin ces aspects multiples de l’activité humaine et que le Chevalier et la Mort et la Mélancolie sont, avec le Saint Jérôme dans sa cellule, des pages de ce cycle demeuré inachevé. Mais définir le thème général de ces œuvres ne les dépouille pas de leur profondeur mystérieuse et géniale. Le chevalier qui, sans se laisser effrayer par la Mort qui l’assaille, par le diable qui le suit, s’engage dans la route qu’il s’est assignée, imperturbable, sûr de son cheval, de son chien, de sa lance, est, sans doute, une image de la résolution inébranlable, peut-être celle du devoir