HOLBEIN
la gouge ne fut maniée avec plus de précision ou de délicatesse, jamais le poirier creusé ne donna image plus nette ; mais, et c’est par là que Holbein nous appartient, jamais artiste ne se préoccupa avec tant de sollicitude de préparer la tâche à son traducteur. Rien de plus simple et plus approprié que les images de la Bible. L’esthéticien relève la richesse, la variété de composition de ces images minuscules, la noblesse de la conception, la pureté du dessin, la vie partout répandue; il admire leur
Fig. 30. — Holbein. Les simulacres de la mort.
caractère classique et universel presque entièrement dépouillé de particularisme de pays et d’époque ; lé graveur s’étonne de la lisibilité absolue de l’image, de la science dépensée à renfermer tant de choses en un cadre si réduit, du choix de la ligne décisive et de l’indication compréhensive. Pour citer un seul de ces petits chefs-d’œuvre : quelle composition plus pleine que celle ou, près d’Eve qui allaite Caïn, Adam bêche la terre, escorté par la Mort.
Le drame de la mort, on sait la place qu’il tint dans les imaginations du xve et du xvie siècle. Les arts répétaient à l’envi ce thème inépuisable, développé par les prédicateurs, que les coups de la Gamardè frappent à l’improviste les imprudents séduits par les plaisirs du monde et oublieux de leur salut. Ces avertissements inscrits sur le Campo Santo de Pise comme au charnier des Innocents, Holbein les voyait peints au cimetière de Bâle en 1441. L’écho du Carnaval de Florence de 1511, ou