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LUCAS CRANACH

qu'il glorifie Saint Christophe [B. 53 et 54] ou Saint Georges [B. 55],. soit qu'il raconte la Décapitation du Baptiste [B. 52].

Lucas Cranach (1470-1553), le peintre des électeurs de Saxe, a manié exceptionnellement le burin, mais il a beaucoup travaillé pour le bois et y a déployé tout son génie, un des plus rares et des plus particuliers qui aient jamais été. La Pénitence de saint Jean-Chrysostome (1509) [B. l| gravée sur cuivre, est un hommage presque direct rendu à A. Dürer, mais fait regretter par sa virtuosité technique que l'artiste n'ait pas persévéré en cette voie. Les bois sont le jeu magnifique d'une verve exubérante et saine qui vivifie toute chose, soit qu’il s’exprime par le dessin seul, soit qu’il emprunte le concours du camaïeu.

Adam et Eve (1509) [B. 1], entourés de tous les animaux de la création, chantent un hymne à la vie universelle. La ronde délicieuse que les anges forment autour de la sainte Famille dans le Repos en Égypte [B. 3 et 4] (fig. 33), sujet deux fois repris avec le même bonheur, a la même vibrante allégresse. Par contre, dans une suite de la Passion (1509) [B. 6 20]^ malgré quelques belles pages, Cranach reste souvent au-dessous du drame et ne parvient pas à illuminer la figure du Christ ; mais voici une suite d’ Apôtres [B. 22-36] bien simples dans leurs larges tuniques, bien graves et surtout pleinement germaniques. Un Saint Georges superbe [B. 61] a pris ressemblance du prince Jean le Constant. La férocité d'une époque rude se satisfait à décrire les Supplices des martyrs [B. 37-48], série dont se rapproche la plus extraordinaire Décollation du Baptiste [B. 61], où, sous le regard curieux de Salomé et de ses compagnes, le mangeur de sauterelles a genoux attend impassible que son bourreau, lansquenet massif, ait dégainé. Aux légendes de son temps, Cranach emprunte l’aventure éV Alfred III de Murcie (1508) [B. 114] ; il effraye les petits enfants avec Y Homme sauvage [B. 115] qui dévore petits et grands. Mais il sent fort peu l’antiquité et sauf une Vénus (1508) [B. 118], dans laquelle il exprime son idéal de beauté, il ne lui emprunte rien qui vaille. C'est qu'il est un des plus fervents adepteset artisans de la Réforme, qu’il fait à la fois œuvre d'art et de piété. A maintes reprises, par le cuivré [B. 5 et 6] (1520 et 1521), par le bois [B. 147-152] il popularise l'effigie de Luther; il fait connaître aussi Melanchthon [B. 153 et 154].-;

VIL — Admirable époque et unique dans l'histoire de l’art allemand que celle où Albert Dürer, Holbein, Baldung Grün, Cranach, produisaient h l’envides chefs-d’œuvre, où le cuivre, le bois, étaient portés à leur perfec-

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